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Chapitre 12

Chapitre 12 - Fillette survivante (10)

6 novembre 2026 ~7 min · 1 212 mots

Petite et sans force comme je le suis maintenant, je ne me vois pas grimper aux arbres dont les fruits poussent tout en haut, alors qu'une plante grimpante, il suffit de la tirer jusqu'au sol pour ne pas avoir à monter.

Pour voir, j'en arrache une par la racine, mais la tige ne casse pas en route et, même avec ma force d'enfant, je la sors facilement jusqu'au bout de la racine : ce n'est apparemment pas une variété à racine comestible.

Enfin bon, même si elle ne vaut pas l'actinidia, une tige un peu solide pourra toujours me servir de corde.

Celle-ci est souple, mais elle ne casse ni quand on la plie ni quand on tire dessus, alors elle devrait faire l'affaire, non ? Tout en y réfléchissant, j'agrippe une des tiges et je pèse de tout mon poids pour la faire descendre.

Avec mon poids plume, je fais tout juste jeu égal avec la résistance de la plante, et j'ai l'air d'un singe qui s'amuse à se balancer.

Non, je ne m'amuse pas, je me donne même beaucoup de mal.

« ... Hein ? C'est quoi, ça ? »

On le distingue mal sous le feuillage touffu de la plante grimpante, mais on dirait qu'un objet fabriqué de main d'homme est enfoui là-dessous, aussi gros qu'une petite colline aux yeux de la minuscule personne que je suis.

En écartant les feuilles, je découvre une planche de bois, noire, au toucher de laque, salie par les traces de pluie et la poussière de terre incrustée.

Ce n'est pas une planche toute plate, mais une surface au galbe légèrement bombé.

Façonner une planche pareille à la main demande une grande technique, et sans doute beaucoup d'argent et de temps.

Peut-être que je vais trouver de quoi m'aménager un lit.

J'arrache la plante grimpante à grands bruits de feuilles, je fourre la tête dans les trous de feuillage où il semble y avoir de la place, et je finis par trouver un espace à l'intérieur du rideau végétal, du côté opposé à la planche.

En levant les yeux vers ce qui fait office de plafond, je comprends ce que c'est, « ça ».

« ... C'est... »

Ce qui ressemblait à un plafond sous les plantes grimpantes, c'est une grande roue en bois, couchée sur le côté.

Autrement dit, c'est un carrosse renversé, en morceaux.

Vu sa position par rapport à la roue, la planche laquée devait être le toit du carrosse.

Qui pouvait bien voyager dans un carrosse verni de noir, d'une tout autre facture que les chariots que j'ai vus en ville ?

Un carrosse plus large qu'un chariot à un cheval, ce serait une voiture de luxe à deux chevaux, non ?

Je sens les ennuis arriver à plein nez, et la réponse qui s'impose, c'est que ce carrosse transportait sans doute quelqu'un de haute naissance, un noble par exemple.

Et c'est normal, un carrosse comme ça, abandonné en morceaux au fin fond de la forêt ?

« Au-dessus de cette falaise... il y a une route, peut-être ? »

Une chute du haut d'une falaise de vingt mètres ? Impossible que les passagers s'en soient sortis indemnes.

Est-ce que je devrais jeter un œil à l'intérieur ? Il vaudrait peut-être mieux vérifier, mais je ne suis pas du genre à jouer les badauds par curiosité morbide.

Si ça fait assez longtemps pour que les plantes grimpantes aient poussé à ce point, dans le pire des cas, il y a peut-être des squelettes qui dorment là-dedans ?

... Est-ce que je devrais prévenir quelqu'un ?

M-mais... si c'est quelqu'un de haute naissance, on a dû le rechercher quand il a disparu, non ?

Une petite vagabonde qui vient signaler le squelette d'un noble introuvable...

Je repense aux regards méprisants qu'on m'a lancés en ville, comme à une vermine.

Je ne pense pas que quelqu'un imagine qu'une petite vagabonde comme moi ait un rapport avec un accident, ou avec un crime, mais on risque de me tuer moi aussi pour avoir vu ce qu'il ne fallait pas voir, histoire d'effacer les preuves, et ce serait aussi facile que de prendre un bonbon à un bébé.

« ... Il vaut mieux ne pas regarder, hein... »

Sur ce murmure, je décide de m'en aller.

Je repasse sous le rideau de plantes grimpantes pour sortir et je reprends mon souffle. Mon cœur bat la chamade : j'étais drôlement tendue, on dirait.

Je suis allée en montagne plus de fois que je ne saurais le compter depuis que je suis petite, mais je n'étais jamais tombée sur le lieu d'un accident où dorment peut-être des squelettes, alors ce n'est pas étonnant.

Par principe, je joins les mains devant le carrosse et j'observe une minute de silence avant de tourner les talons.

Au moment où je me mets en marche, mon pied nu écrase quelque chose de dur.

Avec appréhension, j'écarte les feuilles mortes qui recouvrent ce « quelque chose ».

Un « quelque chose » brun-rouge, plat, en forme de croix, aussi long que mon bras.

« ... Oh... »

C'est la première fois que la tête me tourne sous le coup d'un choc.

Long comme un bras d'enfant poignée comprise, ça ne fait guère plus qu'une serpe.

Il est terriblement rouillé et cassé net en son milieu, mais aucun doute possible : c'est une épée.

... C'est sûr, ce n'est pas un accident, c'est un crime.

La situation qu'on peut imaginer, c'est un assassinat... je suppose.

Mais grâce à ça, je peux faire du feu. Les épées occidentales produites en série étaient coulées, si je me souviens bien, alors ce serait du fer doux ? En tout cas, avec toute cette rouille rouge, c'est forcément le morceau de fer que je cherchais.

En regardant le sol autour de moi, je repère, à cinq mètres environ du carrosse, un tas de feuilles mortes qui fait une bosse pas naturelle.

Avec l'épée cassée que je tiens toujours à la main, je balaie le tas.

« ... Je m'en doutais... »

Mêlés aux feuilles mortes en train de pourrir en humus, apparaissent de longs cheveux humains, blonds, on dirait.

Les cheveux humains, ça met des années à être décomposé par les bactéries.

Alors que la chair, à moins d'être en région aride, pourrit vite et se liquéfie.

Je déglutis et je prends mon courage à deux mains. En écartant encore un peu de feuilles, je découvre un os blanchâtre et arrondi.

Quand on dépèce le gibier pris à la chasse, c'est le genre de chose qu'on a l'habitude de voir.

« ... C'est la première fois que j'en vois un d'humain, qui n'est pas une maquette de squelette. »

En plus, il y a une grosse entaille au sommet du crâne, profonde, faite par une lame.

C'est sûrement cette blessure qui a été fatale.

Résignée, je dégage les feuilles sur une plus grande surface : il, ou elle, avait dû tomber face contre terre, et portait une sorte d'armure de métal à l'occidentale.

Je ne vois pas quelqu'un s'installer en armure dans l'habitacle d'un carrosse de luxe, alors ce devait être un garde chargé de l'escorte.

Bon, du coup, il y a encore plus de chances qu'il y ait des corps dans le carrosse aussi.

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