« Allons-y. Je vais t'aider à le retrouver.
- Vraiment ? »
Je savais déjà que, pour Ha Cheolryeong, Baekseol était comme un membre de sa famille. Quoi qu'il arrive, je voulais l'aider à le retrouver. Dans ces montagnes isolées, son seul soutien était son grand-père. S'il perdait aussi son chat blanc, un ami sans pareil, Ha Cheolryeong connaîtrait une solitude insupportable.
« Indique-moi seulement la direction. »
Je pris Ha Cheolryeong sur mon dos et m'élançai dans la direction qu'il m'indiquait.
À environ deux heures du sommet, à mesure que nous montions, nous arrivâmes devant une falaise.
« C'est là-bas, de l'autre côté de cette falaise, que j'ai vu Baekseol pour la première fois.
- À mon avis, il doit avoir un repaire quelque part près de cette falaise. Je pense qu'on va vite le trouver, alors ne t'inquiète pas. »
Une fois de l'autre côté de la falaise, je me mis à chercher de petits trous dans les environs.
Je cherchais une ouverture par laquelle le chat blanc pouvait entrer et sortir.
« Il y a des poils, ici. »
Je trouvai des poils blancs accrochés à une branche, dans les épais fourrés à droite de la falaise.
« Il n'est pas loin. »
Cheolryeong cria, plein d'espoir à l'idée de retrouver Baekseol.
« Baekseol ! »
Il appela son nom plusieurs fois, mais seul l'écho lui répondit : Baekseol ne se montra pas.
« Avant, il apparaissait toujours quand je l'appelais d'ici. »
Il avait l'air déçu, et je lui tapotai la tête.
« Ce n'est rien. Il est sûrement sain et sauf. On dirait qu'il est tout près, alors cherchons encore un peu. »
En me frayant un chemin à travers les broussailles, j'aperçus un gros rocher. Sous un petit interstice à sa base, je vis encore des poils blancs.
« Il est là, Cheolryeong. »
Mais le rocher était plus grand que moi tout entier, et le trou en dessous était trop petit pour qu'on puisse y regarder correctement.
J'essayai de déplacer le rocher avec toute l'énergie interne dont je disposais, mais il ne bougea pas d'un pouce.
« Même avec toute mon énergie, il ne bouge pas du tout. Si seulement je pouvais manier le Qi d'épée, je pourrais fendre ce rocher. »
Émettre du Qi d'épée était considéré comme la marque d'un artiste martial de premier ordre. Il fallait au moins un gapja, soixante ans, d'énergie interne pour y parvenir.
Ceux qui possédaient un gapja d'énergie et pouvaient libérer du Qi d'épée étaient appelés combattants de premier ordre. Mais je n'avais même pas la moitié d'un gapja : je parvenais à peine à faire chanter ma lame, alors produire du Qi d'épée...
« Est-ce que je devrais aller chercher les Deux Démons d'Épée Wook ou Maîtresse Mo ? »
C'étaient des maîtres de premier ordre, capables d'émettre du Qi d'épée. Pendant que j'hésitais, Cheolryeong glissa la main dans le trou sous le rocher.
Alors, le sol s'effondra sous lui.
« Grand frère ! Il y a un grand trou là-dessous ! »
Je regardai dans le trou : l'entrée était étroite, mais à l'intérieur, elle semblait s'ouvrir sur une caverne naturelle assez vaste.
« C'est le plafond de la caverne ? »
Je sentis un courant d'air monter d'en bas. Cela voulait dire qu'il devait y avoir une salle de bonne taille en dessous.
Pendant que je réfléchissais à ce qu'il fallait faire, Cheolryeong se glissa dans le trou.
« Cheolryeong, c'est dangereux ! »
Nous ne savions même pas ce qu'il y avait dans cette caverne, et il y était entré sans la moindre précaution. Je criai après lui.
« Ça va, grand frère ! La caverne est spacieuse ! »
Avant que j'aie pu l'arrêter, il s'était enfoncé loin à l'intérieur. Je n'eus d'autre choix que de le suivre.
« Grand frère, il y a encore des poils de Baekseol ici ! Je crois qu'il est quelque part là-dedans ! »
Cheolryeong criait de joie.
« Fais attention. La caverne pourrait s'effondrer d'un instant à l'autre. »
C'était une caverne naturelle, mais si ancienne que la moindre secousse pouvait la faire s'écrouler.
Tap !
En posant le pied sur le sol de la caverne, je sentis une brise fraîche venir des profondeurs.
'Il y a une sortie ou un passage au fond de cette caverne.'
« Cheolryeong. »
Je l'appelai, et sa voix me revint en écho depuis l'intérieur.
« Par ici, grand frère ! »
Je fus surpris de découvrir à quel point la caverne était spacieuse.
En arrivant à l'endroit où se trouvait Cheolryeong, je m'arrêtai net.
J'eus l'impression que mon souffle s'était coupé.
« C'é... C'était ici depuis le début. »
Les parois de la caverne étaient couvertes de gravures désordonnées, comme si quelqu'un les avait creusées à la force de son énergie interne. Au centre, un vieux vêtement était posé sur un rocher.
Sa signification était claire.
En voyant les caractères gravés dans la paroi de pierre, je sus aussitôt à qui ces vêtements avaient appartenu.
Ciel Profond du Taiji
Ces seuls caractères n'auraient permis à aucun des artistes martiaux vivant aujourd'hui d'en deviner le propriétaire. Mais le Sutra Céleste Profond du Taiji serait plus tard reconnu par la Secte Wudang comme la véritable essence de l'illumination de Zhang Sanfeng.
Cette reconnaissance n'aurait pas lieu avant dix ans.
Personne, à présent, ne pouvait donc le savoir.
« Grand frère, Baekseol est là. »
Le chat blanc était tapi près d'une petite mare, à droite de la robe de Zhang Sanfeng.
Il avait l'air faible, sans doute blessé.
Il semblait avoir été touché en fuyant les guerriers du clan Jaegal, puis s'être réfugié dans cette caverne.
Si mystérieux que soit ce chat blanc, il ne pouvait pas éviter entièrement l'épée d'un expert de premier ordre.
Une pensée me traversa l'esprit.
Ce chat blanc avait peut-être été autrefois le compagnon de Zhang Sanfeng en personne. En parcourant la caverne du regard, je déglutis péniblement.
'Je l'ai enfin trouvé !'
Sous le vêtement que Zhang Sanfeng avait laissé derrière lui lors de son ascension, il y avait un livret.
Tap, tap !
J'en chassai la poussière, et le titre apparut, nettement gravé : Sutra Céleste Profond du Taiji.
Cheolryeong ne remarqua même pas ma découverte : il était tout occupé à examiner l'état de Baekseol.
Je me mis à me prosterner devant la pierre.
C'était le grand salut, celui que l'on adresse à un maître.
J'estimais qu'en étudiant le Sutra Céleste Profond du Taiji, je prenais Zhang Sanfeng pour maître, et je lui rendis donc les hommages qui lui étaient dus.
« Grand frère, pourquoi tu salues ce rocher ?
- Ah, je me suis seulement dit que quelqu'un avait dû vivre ici, puisqu'il y a des vêtements. Je prie pour qu'il trouve la paix dans l'au-delà. »
Je me doutais que Cheolryeong était trop occupé par son chat pour remarquer quoi que ce soit d'autre, alors je lui donnai une excuse.
Encore innocent, il me crut sans poser de questions.
En le regardant, je pensai :
'Je me sens un peu coupable. Cet art martial aurait dû lui revenir...'
J'avais l'impression de lui avoir volé ce manuel secret. Mais je me consolai en me disant que je pourrais me rattraper autrement.
En glissant le livret dans ma robe, je dis :
« Cheolryeong, prenons Baekseol et rentrons. Il faut le soigner. »
Cheolryeong acquiesça, tenant doucement Baekseol dans ses bras.
« Il n'a plus aucune force.
- Il ira mieux une fois soigné, ne t'inquiète pas. Je m'assurerai qu'il se rétablisse.
- C'est vrai ? »
Il me regarda, le visage rayonnant, réconforté par mes paroles.
« Bien sûr. »
C'était drôle.
Je m'étais donné tant de mal pour trouver ce manuel secret, en vain, et je l'avais trouvé au moment précis où je faisais une bonne action.
Je me demandai si le vieux dicton disait vrai : le monde récompense les gens de bien.
Si j'avais renoncé et étais redescendu du mont Wudang, déçu, sans trouver le manuel, Cheolryeong l'aurait sans doute trouvé dans cette vie aussi, comme dans la précédente.
Et le moi d'autrefois n'aurait eu aucune envie d'aider Ha Cheolryeong. Je ne me serais même pas soucié d'un gamin de village perdu dans les montagnes, encore moins donné du mal pour lui.
À l'époque, je n'étais pas seulement faible de corps : j'étais aussi renfermé, incapable de faire confiance à qui que ce soit ou de me soucier des autres.
'Si je ne lui avais pas proposé de l'aider à retrouver Baekseol, je n'aurais jamais trouvé ce manuel. Dans l'avenir, Cheolryeong a dû venir ici en le cherchant, et c'est comme ça qu'il est tombé dessus et s'y est intéressé.'
D'une façon ou d'une autre, je ne pouvais m'empêcher d'être fou de joie maintenant que j'avais atteint mon but.
Si je rentrais vite au clan, que j'absorbais la Fleur de Pierre du Poison Démoniaque et que je m'entraînais au Sutra Céleste Profond du Taiji, je pensais pouvoir obtenir les résultats que je visais.
Même si je ne devenais pas d'une puissance écrasante en une seule année, je pourrais au moins protéger mon cadet du danger : cela me suffisait.
***
Je soignai Baekseol avec le plus grand soin.
Je l'emmenai chez un médecin et n'épargnai aucune dépense, distribuant l'argent sans compter. Ha Deokgong comme Ha Cheolryeong m'en furent profondément reconnaissants.
Après les soins, je me précipitai dans ma chambre et fis semblant de pratiquer des techniques de respiration, uniquement pour pouvoir examiner le Sutra Céleste Profond du Taiji.
'Voilà donc l'art martial qui a fait de Cheolryeong le plus grand maître du monde.'
Ma curiosité était irrésistible. J'avais l'impression que j'allais devenir fou à force de vouloir savoir ce qu'il contenait, quelles techniques monstrueuses y étaient cachées.
Mais à mi-chemin, en tournant les pages, je poussai un profond soupir.
'Je m'y attendais, mais ce n'est pas quelque chose que je peux comprendre d'un seul coup.'
Même avec mon bagage de lettré de ma vie passée, je ne parvenais pas à saisir pleinement le sens des formules.
'Je vais devoir avancer lentement, comprendre chaque ligne pas à pas.'
Chaque verset était profond et mystérieux : il faudrait une longue réflexion pour les comprendre.
Je refermai le livre et me levai.
Rien ne servait de m'attarder ici. Je devais retourner auprès de ma famille et me consacrer entièrement à la maîtrise du Sutra Céleste Profond du Taiji.
Ma décision prise, je fis aussitôt mes adieux à tous les deux.
À Cheolryeong, attristé par notre séparation, je répétai :
« Cheolryeong, s'il t'arrive quoi que ce soit ou si tu as des ennuis, viens me trouver. D'accord ?
- Oui ! C'est compris. »
Il s'était attaché à moi en ces quelques jours, et il était évident qu'il ne voulait pas me voir partir.
Je laissai un message à Ha Deokgong.
« Si un jour vous descendez de la montagne, venez rendre visite à ma secte, je vous en prie. Cheolryeong et vous ne manquerez de rien pendant votre séjour. »
Il sourit et demanda :
« Mais pourquoi vous souciez-vous autant de Cheolryeong ? »
Au début, je n'avais traité Cheolryeong et son grand-père avec bonté que parce que j'avais un but. Mais la culpabilité ne cessait de me ronger.
Sans m'en rendre compte, je m'étais attaché à lui : il était désormais comme un membre de ma famille.
J'aurais pu les ignorer et m'en aller, mais je n'y arrivais pas.
« Comme je vous l'ai dit, j'étais faible et je passais mes journées seul au clan, à ne faire que lire. Je n'avais de vrais rapports avec personne, alors je me sentais toujours seul. Mais quand j'ai vu Cheolryeong ici, j'ai eu l'impression de me voir moi-même. Mon cœur est allé vers lui tout naturellement. Il me rappelle mon cadet. Alors je me suis dit que si vous viviez tous les deux avec moi, je ne me sentirais plus seul non plus. Pardonnez-moi si je vais trop loin. »
Ha Deokgong me jugeait comme un jeune homme poli et bon. Il pensait pouvoir me confier Cheolryeong.
Après plus de soixante ans de vie, il se fiait à son jugement sur les gens.
« Peut-être pas tout de suite, mais quand je serai trop faible, il se peut que je vous envoie Cheolryeong. Je compterai sur vous, ce jour-là. »
Il savait qu'il ne pourrait pas rester cueilleur toute sa vie, et c'est pourquoi mon offre le toucha.
Le jour où je redescendis du mont Wudang, je remis un jeton à Cheolryeong.
C'était un jeton qui prouvait qu'il était un membre direct de la famille de la Secte du Centre Céleste.
« Cheolryeong, si un jour tu as besoin d'argent ou que tu as des ennuis, apporte ça à l'un de nos comptoirs. On te donnera tout l'argent qu'il te faut et on me préviendra s'il se passe quoi que ce soit. Même si tu ne t'en sers pas maintenant, tu en auras sûrement besoin plus tard. Alors ne le perds pas, garde-le toujours sur toi. Compris ?
- Oui, grand frère ! »
Désormais, Cheolryeong me considérait comme un vrai grand frère.
Le jeton de jade portait, gravée, l'image d'un dragon prenant son envol, et Cheolryeong l'adorait.
