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Chapitre 6

Chapitre 6 - Une offrande de sang et de cœur

30 octobre 2026 ~9 min · 1 689 mots

« Qu'est-ce qu'il fabrique ? » marmonna Thalia, les sourcils légèrement froncés, les yeux posés sur un gros rocher d'un blanc grisâtre devant elle.

Dante devait la suivre de peu, mais il ne s'était toujours pas montré.

« Il ne disait pas qu'il voulait juste refaire ses lacets ? » Elle déglutit et se tourna vers Lucian, derrière elle, qui semblait se crisper un peu plus à chaque seconde, à en juger par sa main qui se resserrait sur la poignée de son épée.

Puis, tout à coup, il se rua vers le rocher et le traversa. Un instant plus tard, le paysage du premier étage s'offrit à sa vue. Il regarda aussitôt autour de lui et, en quelques secondes à peine, son œil unique se posa sur une enveloppe abandonnée par terre.

Elle portait le sceau de la famille Fioravanti, une élégante empreinte figurant un serpent à deux têtes enroulé autour d'une épée. À cette vue, Lucian se pencha aussitôt pour la ramasser, l'ouvrit en hâte et se mit à lire la lettre qu'elle contenait.

« Lucian,

Je sais que vous vous demandez sans doute où je suis passé. Je crains de ne pas pouvoir vous le dire, et je m'excuse pour le tracas. Mais ne vous inquiétez pas. Attendez-moi à l'entrée du deuxième étage. Je vous rejoindrai bientôt, à moins de tomber sur quelque malheur. »

Lucian haussa un sourcil. « ... Ne vous inquiétez pas ? »

Il serra les dents. « S'il vous arrive quoi que ce soit, votre mère aura ma tête. Non, la mort serait encore le moindre de mes soucis. »

Un moment, il parut contrarié et froissa la lettre dans son poing. Mais il comprit qu'il n'y pouvait rien. Dante n'avait pas dit où il était allé, et il ne pouvait pas se mettre à errer pour le chercher. Ce Labyrinthe était vaste et dangereux.

Lucian renversa la tête en arrière pour contempler le ciel et poussa un profond soupir, puis il murmura, le regard vitreux : « Je vous en prie, ne vous faites pas tuer, mon garçon. J'ai une famille qui compte sur moi. »

***

Après avoir lu les mots gravés dans le sol, Dante plongea la main dans la sacoche accrochée à sa hanche. Ce n'était pas une sacoche ordinaire, mais plutôt un artefact spatial : bien qu'il ait nagé pour arriver jusqu'ici, rien à l'intérieur n'était mouillé, ce qui n'avait rien d'étonnant.

Il fouilla dedans et en sortit une boîte d'allumettes, puis alluma une à une les bougies qui entouraient la statue. Après quoi il s'agenouilla devant elle, joignit les paumes et baissa la tête, comme pour prier.

'Tant que je suis dans un temple, je devrais pouvoir deviner ce que je dois faire et ce que je dois offrir pour parler à cette Déesse, grâce à mon trait, Harmonie divine.'

D'après ce qu'il savait, pour s'adresser directement à un Dieu, un Grand Prêtre devait payer un prix ou faire une offrande. Pour l'instant, Dante devait découvrir laquelle. Même s'il ne l'avait pas sur lui, il lui suffisait d'en connaître les conditions pour pouvoir tenter la communion de retour chez lui.

Les yeux fermés, il répéta la formule encore et encore. « Gloire à Evelyn, Mère du Cœur, du Sang, des Désirs charnels et de l'Épouvante. »

Quelques secondes plus tard, une odeur de sang lui monta aux narines. Elle fut aussitôt suivie d'une vision fugace : un hexagramme unicursal.

Dante rouvrit les yeux : il avait compris quoi faire. Il plongea de nouveau la main dans sa sacoche et en sortit un petit couteau. Puis il serra les dents et, après quelques respirations pour se calmer, il s'entailla la paume.

Le sang goutta sur le sol. Au bout de quelques secondes, sans prendre la peine de s'occuper de la douleur, Dante traça du bout d'un doigt taché un hexagramme unicursal inscrit dans un cercle, avec son propre sang.

Cela fait, il joignit de nouveau les mains et pria. « Parlez-moi, ô Mère Evelyn. »

À cet instant, une rafale de vent s'engouffra dans la salle et fit vaciller les flammes des bougies, qui se stabilisèrent aussitôt. Dante eut soudain très chaud, un malaise l'envahit, comme si son sang se mettait à bouillir.

Comme il n'entendait toujours rien au bout de quelques secondes, son cœur se mit à battre plus vite encore, et l'angoisse le submergea.

Mais alors, dans le silence de l'ancien temple, des pas résonnèrent tout près. Et peu après, la plus belle voix qu'il ait jamais entendue parvint enfin à ses oreilles.

« Saigner pour moi avec un tel empressement... » Elle eut un petit rire. « Comme c'est intéressant. Dis-moi, mon enfant, pourquoi as-tu invoqué mon nom ? »

Dante, qui transpirait à grosses gouttes, rassembla son courage et répondit : « N'est-ce pas évident ? Je veux vous servir. »

« ... ? »

Il marqua une pause, puis ajouta : « Faites de moi votre Apôtre. »

La voix eut un petit rire. « Tu veux donc simplement mon pouvoir, c'est cela ? »

Dante ne mentit pas. « Oui. »

Pendant un moment, le silence retomba. Puis la Déesse reprit la parole, la voix ruisselante d'amusement. « Voilà un garçon effrontément honnête. Cela me plaît. Mais je dois avouer que je suis curieuse. Il existe un panthéon de Dieux que vous, mortels de ce monde, vénérez. Pourquoi être venu à moi ? »

L'humeur de Dante s'assombrit ; il expira avant de répondre enfin.

« Pour être honnête, je me suis rendu dans les églises de tous les Dieux orthodoxes, mais à cause de ma, euh... situation particulière, aucun d'eux n'a choisi de faire de moi son apôtre. »

C'était vrai...

Il y avait deux façons de devenir apôtre. La première : à seize ans, le Dieu de l'Ordre que l'on servait pouvait vous accorder sa bénédiction et faire de vous son Apôtre. C'était la voie la plus courante. Mais peu de gens au monde avaient cette chance, et la plupart appartenaient à des familles nobles.

Il existait pourtant une seconde méthode. Il suffisait d'accepter de changer de foi pour se rendre dans les églises d'un autre Ordre. Si la divinité le souhaitait, elle vous accordait sa faveur.

Au cours de l'année écoulée depuis ses seize ans, Dante avait bel et bien visité les églises de tous les grands Ordres, à l'exception de l'Ordre de la Lune.

Se tourner vers une Déesse maléfique n'avait absolument pas été son premier choix !

Malheureusement pour lui, aucun des Dieux n'avait choisi de le désigner. C'était pour cela qu'il s'était enfin résolu à venir trouver cette Déesse.

Elle eut un petit rire en l'entendant. Au bout d'un moment, elle songea à voix haute : « Je vois. Ce n'est pas surprenant. Après tout, tu es quelque chose d'étranger. »

« Hein ?! »

En entendant cela, Dante faillit rouvrir les yeux.

« Oui. » La voix résonna avec assurance. « Tu es une existence étrangère, entourée de nombreux mystères. Ton noyau de mana brisé en est la conséquence. Il n'est donc pas surprenant que les Dieux orthodoxes que tu as servis aient refusé de faire de toi leur apôtre. »

Dante déglutit ; une sueur froide lui couvrit le dos.

'Comment n'y ai-je pas pensé ? Il arrive que des gens aient des problèmes de noyau de mana. Mais c'était toujours un noyau trop petit, ou incapable de grandir. Personne n'avait jamais eu un noyau complètement brisé, car ce noyau fait partie intégrante de toute personne née ici.'

Bien sûr, il s'était toujours interrogé sur sa réincarnation. Mais il n'avait jamais fait le lien : son noyau brisé était la conséquence directe du fait qu'il n'était pas originaire de ce monde.

Enfin, certaines choses prenaient sens.

Alors qu'il était encore sous le choc de cette révélation, la Déesse reprit : « Dis-moi, mon enfant. Si les autres Dieux ont refusé de faire de toi leur apôtre, pourquoi ferais-je de toi le mien ? »

Dante mit un frein au tumulte de ses pensées. Pendant quelques secondes après cette question, il fut presque tenté de répondre : « Comme ça... ? »

Mais il se retint et, après un instant de réflexion, il se passa la langue sur les lèvres et répondit : « Contrairement aux autres, qui ont des apôtres à foison, vous n'en avez pas. Bien peu de gens vous connaissent, si tant est qu'il y en ait. Et donc, personne ne vous prie. Si vous faites de moi votre apôtre, je veillerai à ce que vous ayez au moins quelques fidèles de plus, qui vous serviront eux aussi loyalement. »

Un silence tomba sur le temple.

Puis la voix, si amusée jusque-là, reprit, un peu plus froide cette fois. « Vous autres mortels semblez croire que le pouvoir de tous les Dieux vient de la Foi, mais vous vous trompez. C'est votre pouvoir qui vient de votre Foi en nous, et non l'inverse. J'espère que tu t'en souviendras. »

Dante hocha la tête. « Bien sûr. »

Le silence revint, puis la voix, adoucie, eut un petit rire.

« Hahaha. Les choses vont vraiment devenir bien plus intéressantes, et je suis très curieuse. Alors... oui. Je te prendrai pour apôtre, mais en échange, je te prendrai quelque chose. »

Le cœur de Dante s'emballa. Il savait que les dieux maléfiques exigeaient parfois de leurs fidèles quelque chose d'atroce. C'était pour cela que la plupart des gens les évitaient.

'Pitié, pitié, pitié, pas ma santé mentale, ni mon âme, ni... ni ma capacité à avoir des enfants...'

À cet instant, la voix retentit de nouveau. « Je prendrai ton cœur. »

'Hein ?!'

Soudain, une douleur fulgurante lui frappa le cœur. Il gémit et se plia en deux, à l'agonie, mais son cœur ne fit que battre plus vite, comme s'il allait exploser. Il se prit la poitrine à deux mains, puis il sentit sa conscience lui échapper.

Après quelques secondes d'agonie, la dernière chose qu'il entendit fut :

« Retiens bien ceci. Quoi qu'il arrive, tu ne pourras plus jamais changer de Foi. »

Dante s'effondra sur le sol, inconscient.

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