Aller au contenu principal

Chapitre 4

Chapitre 4 : Les harpies

16 octobre 2026 ~10 min · 1 988 mots

... Le monde bascula, et le paysage d'une forêt étrange s'imposa aux yeux de Dante.

Les arbres étaient assez espacés, mais ce qui les rendait étranges, c'est qu'ils portaient tous des feuilles rouges et blanches.

Le sol lui-même était tapissé de ces feuilles mortes et, sous la lueur du soleil couchant, tout le paysage prenait une beauté inquiétante, irréelle.

Les feuilles sèches crissèrent sous les bottes de Dante quand il fit un pas en avant, avant de se retourner vivement pour voir ce qu'il y avait derrière lui.

Sans surprise, au lieu d'un obélisque, il découvrit un arbre gigantesque, si haut qu'on le voyait dominer de loin la canopée. Il était plus grand et plus imposant que les autres arbres de cette forêt. Et contrairement à eux, qui portaient des feuilles rouges et blanches, celui-ci n'avait que des feuilles blanches.

'Cet arbre est sans doute la porte qui mène hors du labyrinthe', pensa Dante.

D'après ce qu'il savait, les portes des labyrinthes n'en étaient pas vraiment : c'étaient des anomalies du décor qui servaient de passages spatiaux.

Il y réfléchissait encore quand Thalia se mit à gémir.

« Argh ! J'ai le dos en compote ! Pourquoi je suis la seule à trimballer tout ce barda ?! »

Elle portait sur son dos les bagages de Dante et ceux de Lucian, et semblait à deux doigts de s'effondrer sous le poids.

Dante sourit et se pencha pour la taquiner. « Tu veux que moi, "le jeune maître", je les porte à ta place ? » Il tendit la main. « Donne-les-moi, alors. Ça ne me dérange pas. »

Thalia le fusilla du regard.

Elle savait bien sûr qu'il ne le proposait que pour se moquer d'elle et qu'il ne lèverait pas le petit doigt.

Après s'être mordu la lèvre de frustration, elle souffla et s'éloigna à grands pas rageurs en maugréant entre ses dents.

« Hmph ! »

Dante entendit distinctement des choses comme : « Puisses-tu te prendre les pieds dans tes propres jambes et t'étaler ! » et « J'aurais dû rester au domaine ! »

Il gloussa. 'Je vois de la fumée lui sortir de la tête. Pauvre Thalia.'

Il secoua la tête et rejoignit Lucian, qui étudiait une carte. Apparemment, avant de venir, le chevalier avait acheté des cartes de ce labyrinthe. Celle qu'il tenait ne semblait concerner que l'étage où ils se trouvaient.

Arrivé à sa hauteur, Dante demanda : « Vous êtes déjà venu dans ce Labyrinthe ? »

Lucian le regarda, puis acquiesça et répondit poliment : « Oui, Signore. Je suis venu ici plusieurs fois, en effet, mais il y a longtemps. Il y a... vingt ans, pour être précis. »

'Vingt ans ?' Dante était sidéré. 'Tu as l'air d'avoir la vingtaine. Comment c'est possible ?'

Inconscient de son trouble intérieur, Lucian poursuivit avec aisance : « À l'époque, ce Labyrinthe était classé Violet. Je me souviens encore que, même au premier étage, certains habitants étaient vraiment coriaces. »

Il se tourna pour voir l'expression de Dante et, prenant la perplexité du garçon pour de la peur, ajouta vivement : « Oh, vous n'avez rien à craindre. C'était il y a longtemps, et les Purificateurs et les Apôtres ont exterminé la plupart de ces créatures. Comme l'a dit la Grande Prêtresse, même si nous croisons des créatures dans les trois étages que nous allons explorer, ce seront sans doute des créatures de bas rang, comme les singes-loups. Rien que je ne puisse gérer. Je vous protégerai. C'est promis. »

'Bien sûr.' Dante hocha la tête en souriant et se tapota la poitrine.

Ils poursuivirent leur marche en admirant ce paysage vraiment magnifique. Au bout de quelques minutes, Thalia se mit même à remercier la Déesse, car il faisait doux ici, contrairement au froid hivernal du monde extérieur d'où ils venaient.

Plusieurs mètres devant eux, le groupe de Purificateurs bavardait et riait lui aussi.

Tout semblait se passer sans encombre quand... tout à coup, le cri strident d'une femme qui appelait à l'aide retentit à l'est.

La voix répétait inlassablement la même supplication désespérée. Pourtant, quelque chose clochait. La personne appelait à l'aide, mais sa voix se rapprochait du groupe à une vitesse impossible, comme si elle courait sur le vent lui-même.

Au lieu d'aller voir, tout le monde se raidit et sortit aussitôt ses armes. Même Lucian s'avança et dégaina son épée.

Voyant cela, Dante sortit aussi la sienne. Non qu'il soit doué avec, mais la tenir valait mieux que rien.

À cet instant, l'un des Purificateurs scruta la lisière des arbres. « Ce sont des harpies, sans aucun doute. »

Une autre Purificatrice, une femme qui avait déjà encoché une flèche, demanda : « Comment tu le sais ? »

« La voix a l'air de venir du ciel », répondit l'homme en pointant sa lance vers le haut.

Là-dessus, un autre homme, qui tenait un bâton d'une main et un livre ouvert de l'autre, eut un petit rire et ajouta : « Écoutez. Vous n'entendez pas des rires mêlés à cet appel au secours ? »

... En effet, comme il l'avait dit, plus les voix approchaient, plus elles semblaient sinistres.

Il ne fallut pas longtemps pour que cinq harpies apparaissent, puis fondent sur le groupe.

Elles faisaient environ la moitié de la taille d'un homme adulte. Leur buste était humanoïde, mais elles avaient de grandes plumes déchiquetées à la place des mains et, sous la taille, le corps d'un vautour.

En les voyant, la femme à l'arc visa et lâcha la corde. La flèche siffla dans l'air et se planta profondément dans le cou de la harpie de tête, dont le cadavre tomba au sol.

Deux des harpies marquèrent alors un temps d'arrêt et cessèrent d'approcher. Mais l'une d'elles se tourna soudain vers Thalia et fonça sur elle.

« Pourquoi moi ?! » s'écria Thalia en reculant de quelques pas, prête à fuir.

D'ailleurs, elle se mit vraiment à courir quand la créature fut tout près. « Pourquoi pas Dante ?! Va voir Dante ! Pitié, Déesse, aidez-moi ! »

Pendant ce temps, Lucian bondit, combla aussitôt la distance et s'élança dans les airs. Il abattit son épée et trancha net la tête d'une harpie.

Au même moment, une autre harpie qui piquait vers eux eut la poitrine transpercée par l'un des Purificateurs armés d'une lance. Voyant leurs congénères massacrées si facilement, les deux dernières harpies firent aussitôt demi-tour pour fuir, mais à cet instant précis, le Purificateur au bâton acheva de psalmodier quelques mots de son livre.

Plusieurs cercles magiques bleus, de la taille d'une assiette, apparurent autour de lui, et des boules de feu y prirent vie en vacillant. Elles fusèrent vers les deux harpies et les engloutirent alors même qu'elles tentaient de s'envoler.

Elles n'allèrent pas bien loin avant de s'écraser au sol.

Dante, qui était resté planté là, l'épée serrée à deux mains, poussa alors un soupir de soulagement et remercia la Déesse que ce soit fini.

Il remonta ses lunettes à monture carrée, puis se tourna vers Thalia et lui lança un regard impassible. « Sérieusement ? "Va voir Dante" ? »

Thalia se gratta la tête du bout du doigt et détourna les yeux, gênée. « Hé hé. Allez, tu sais bien que je ne le pensais pas. » Elle le regarda et lui adressa un sourire penaud. « Je ne te vendrais jamais. Je te le jure. »

Dante claqua la langue, l'air pas du tout convaincu, puis se tourna pour s'approcher de Lucian, qui était en train d'ouvrir la poitrine du monstre décapité.

« Pourquoi est-ce qu'elle ne poursuivait que moi ? » demanda Thalia en les rejoignant à son tour.

Sans la regarder, Lucian répondit avec aisance : « Vous portez nos sacs. Les harpies sont des voleuses, elles adorent ce qui brille, et elles essaient toujours de détrousser ceux qu'elles croisent. »

« ... » Thalia hocha la tête, comprenant, les lèvres formant malgré elle un O.

Puis elle se tourna soudain vers Dante et demanda : « Tu le savais ? C'est pour ça que tu m'as fait porter les sacs ? »

Dante secoua la tête. « Non, je ne savais pas. »

Thalia plissa les yeux et l'examina d'un air soupçonneux, avant de finir par détourner le regard.

'En fait, je le savais. Mais mieux vaut ne pas le dire.' Dante s'essuya la sueur du front.

Il s'était renseigné avant de venir, évidemment qu'il le savait !

« C'est troublant de voir à quel point leurs visages ont l'air humains », lâcha Thalia d'un ton détaché après avoir jeté un coup d'œil à la tête tranchée sur le sol.

« Oui », approuva Dante avec aisance. « Celle-là me rappelle une certaine femme. »

Thalia le regarda en haussant un sourcil, perplexe.

Mais Dante se contenta d'ajouter en son for intérieur : 'Elle te ressemble vraiment, ma chère Caterina.'

Pendant ce temps, après une minute de dissection minutieuse, Lucian parvint à extraire de la poitrine du cadavre ce qui ressemblait à un petit cristal vert.

Il le leva pour mieux l'examiner. Une fois satisfait, il l'essuya avec un morceau de tissu tiré de sa poche, puis le tendit à Thalia, qui le fourra dans l'un des sacs qu'elle portait.

Lucian regarda ensuite Dante et lui adressa un sourire rassurant. « Ne vous inquiétez pas. L'odeur du sang des harpies servira d'avertissement : aucune d'elles n'approchera ce groupe pour le moment. Ce sont des lâches qui n'attaquent que ceux qu'elles pensent pouvoir vaincre. »

Puis il se retourna et reprit sa marche.

Dante, lui, rengaina son épée et le suivit.

***

Heureusement, pour Dante et Thalia du moins, le reste de l'exploration se déroula sans grand événement. Les deux groupes ne croisèrent aucun autre monstre.

Ils franchirent un ruisseau peu profond en sautant de pierre en pierre et, après avoir encore un peu marché, s'arrêtèrent devant un arbre gigantesque. Il ressemblait au premier arbre que Dante avait vu, celui qui servait de passage pour sortir du labyrinthe. Mais contrairement à celui-là, qui n'avait que des feuilles blanches, cet arbre n'avait que des feuilles rouges.

« Voici la porte qui mène au deuxième étage », dit Lucian en se tournant vers Dante et sa servante.

Bien sûr, c'était déjà évident, puisque les Purificateurs entraient dans l'arbre l'un après l'autre. La scène rappelait la façon dont ils avaient tous traversé l'obélisque, dehors.

« Il vous suffit de vous approcher de l'arbre en tenant la clé qu'on vous a remise », ajouta Lucian, en s'adressant cette fois à Thalia.

Il se tourna de nouveau vers l'arbre. « Je passe le premier. Vous pourrez entrer tous les deux après avoir compté jusqu'à dix. »

Thalia et Dante acquiescèrent, mais un petit sourire, presque imperceptible, effleura les lèvres de Dante.

... Comme il l'avait dit, Lucian passa le premier. Son corps traversa la surface ondoyante de l'arbre et disparut derrière.

Le silence retomba, jusqu'à ce que Thalia dise : « ... dix. Bon. On y va. »

Elle se retourna et vit Dante accroupi. Il laçait ses bottes.

« Oui, vas-y. Je te rejoins dans quelques secondes. »

À ces mots, Thalia haussa un sourcil. Mais elle ne posa pas de question, se contenta de hausser les épaules, puis se retourna et entra dans l'arbre.

C'est alors que Dante se releva. Il remonta ses lunettes et fit quelques pas vers l'arbre.

Puis il sortit de sa poche une enveloppe préparée à l'avance et la laissa tomber par terre, devant l'arbre.

Ensuite, il sortit une montre à gousset en or et l'ouvrit d'un coup sec.

'Si tout se passe bien, je devrais être de retour dans moins de trente minutes.'

Il referma le couvercle et rangea la montre dans la petite sacoche à sa hanche. Puis il s'avança pour franchir la porte. Mais juste avant de la traverser, il murmura entre ses dents : « Emmène-moi au neuvième étage. »

Fin du chapitre 4
PrécédentCh. 3
Vous êtes à jourLe prochain chapitre sortira à 18h00. Le planning indique les jours de sortie.Retour à la fiche
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.