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Chapitre 7

Chapitre 7 - Est-ce vraiment un entraînement raisonnable ? (1)

3 novembre 2026 ~15 min · 2 960 mots

Le lancer de dague est l'un des passe-temps traditionnels de l'Empire de Valdrain.

Justement parce qu'il est traditionnel, ceux qui ne le pratiquent plus sont aujourd'hui bien plus nombreux que ceux qui s'y adonnent encore.

Pourtant, c'était autrefois un loisir apprécié des nobles comme des roturiers, et il lui arrivait de revenir à la mode chez certains élèves, comme maintenant.

'C'est plus dur que ça en a l'air.'

Draco, qui tenait le stand et occupait le poste de vice-président du « Club de recherche des amoureux de l'épée », ricana intérieurement à l'idée d'avoir ferré un pigeon de plus aujourd'hui.

Tous les jeux d'argent fonctionnent ainsi.

Certains échouent une ou deux fois puis s'en vont sans regret, tandis que d'autres retentent leur chance encore et encore, sans remarquer que leur bourse se vide, par regret de l'argent déjà dépensé.

'À voir sa tête, il est clairement du deuxième genre.'

Draco tendit à Ziel trois dagues dont seule la pointe était affûtée.

« Trois lancers par partie. »

« Et si je touche les trois ? »

« Ça fait 6 sel. »

1 sel la partie.

En théorie, toucher les trois cibles rapportait 6 sel, six fois la mise.

Le problème, c'est que la plupart des gens ne récupéraient même pas leur 1 sel de départ, alors gagner 6 sel...

Pour qui n'avait jamais lancé de dague, surtout, atteindre cette cible placée à plus de trente mètres relevait presque de l'impossible.

La cible n'était même pas grande : à peu près la taille d'une paume.

« Si vous visez prudemment les cibles extérieures, c'est 1 sel et 5 riom, et on vous donne un lot même si vous ratez. »

« Quel lot ? »

« Vous voyez le stand bleu, là-bas ? On peut l'échanger contre de petites décorations. »

Des décorations bon marché, évidemment.

'Puisque c'est un professeur, il doit avoir de l'argent.'

À vrai dire, ce club ne cherchait pas sciemment à plumer les élèves.

Il ne s'agissait que d'1 sel, tout au plus.

Combien pouvait-on vraiment gagner en plumant les gens pour si peu ?

Bien sûr, pour certains, c'était une grosse somme, mais la plupart des élèves de l'École de l'Épée étaient des nobles.

Autrement dit, des gens qui pouvaient débourser 1 sel sans y penser.

« Trois, donc. »

Ziel prit les dagues en main et se plaça devant la ligne de lancer.

La cible était une petite planche de bois au centre de laquelle on avait peint un cercle rouge, environ deux fois plus petit que la planche elle-même.

« Je lance d'ici ? »

« Oui. Vous lancez de là. Pas besoin de toucher pile la partie rouge. Il suffit de la toucher et de la faire tomber. »

Draco ricana.

'Ça va être dur, hein ? Le lancer de dague, c'est moins facile que ça en a l'air.'

Lancer ou tirer pour toucher quelque chose ne devient pas naturel simplement parce que le mana renforce le corps.

Cela permet peut-être de s'y habituer un peu plus vite, tout au plus.

Même en se concentrant et en lançant plus vite, quelqu'un qui lançait pour la première fois ne pouvait pas réussir d'emblée.

'À moins d'être doué pour le lancer dès le départ.'

Le lancer de dague n'était qu'un savoir-faire secondaire que seules certaines personnes pratiquaient.

Combien de fois dans une vie aurait-on besoin de lancer une dague ?

À moins d'exercer un métier où l'on en manie à titre professionnel.

« Allez, approchez, tout le monde ! Même en touchant la plus proche, vous rentrez dans vos frais ! Ratez et repartez quand même avec un lot ! Vous, là-bas, les nouveaux qui passez ! Venez donc ! Vite ! »

Tandis que Draco détournait son attention comme si l'issue allait de soi, Ziel saisit une dague.

Et, fiou...

Tchac !

La dague, lancée nonchalamment, se planta en plein dans la cible.

Au beau milieu.

Exactement au centre du cercle rouge.

« ... Hein ? »

Draco, qui avait tourné la tête sans y penser, n'en crut pas ses yeux.

La cible était tombée.

Un autre membre du club sursauta lui aussi.

« Il, il l'a touchée ? »

Au suivant.

À l'instant où ils redressèrent la cible...

Fiou, tchac !

La deuxième dague atteignit son but.

Le problème, ce n'était pas le centre de la cible.

C'était l'extrémité du manche de la première dague.

Elle s'y était plantée.

« ... »

La mâchoire de Draco tomba.

Et enfin.

Fiou, tchoc !

La troisième dague se planta au bout du manche de la deuxième.

Ce qui voulait dire...

Que trois dagues étaient alignées bout à bout à l'horizontale.

'C'est impossible.'

Un gémissement s'échappa de la bouche de Draco.

« Euh, euh... »

Ziel lui désigna les dagues du doigt.

« Trois touches. Ça fait 6 sel. »

« C'est... euh... »

« J'ai touché le bout d'une autre dague, mais ça devrait compter. »

Une main se tendit soudain.

« 6 sel. Je les prends. »

Un peu plus tard.

Ziel tenait cinq brochettes à la main.

Des brochettes de viande, toutes différentes.

Cinq en tout.

« La deuxième est bonne. La troisième est trop épicée. »

Ziel jugeait les saveurs avec un air plutôt sérieux et les classait à sa manière.

La plus basique, au sel, arriva deuxième.

Celle à la marinade épicée, troisième.

La plus délicieuse mettait en avant le sucré...

Draco regardait tour à tour la cible et Ziel, l'air abasourdi.

« C'est logique, ça ? »

Il avait pris l'argent pour s'acheter des brochettes.

Alors il avait lancé des dagues et touché la cible juste pour s'acheter des brochettes ?

Mais il y avait autre chose d'insensé.

« Et ça, c'est logique aussi ? »

Il avait planté une dague au bout d'une autre dague.

Autrement dit, il les avait lancées au même point, avec la même force et le même angle.

Sans le moindre écart.

'C'est dingue.'

À vrai dire, en fabriquant la cible, Draco s'était préparé à se faire insulter.

Mais ça... comment...

« Il a lancé des dagues parce qu'il n'avait rien d'autre à faire, ou quoi. »

Il existe des gens comme ça.

Des gens écartés de la course à la succession familiale qui se consacrent parfois à une seule chose.

Par exemple, Rata Rihart, quatrième dans l'ordre de succession, avait très tôt renoncé à l'héritage pour devenir le propriétaire du restaurant le plus célèbre de l'Empire.

Ce chargé de cours de culture générale était peut-être du même genre ?

'Hein ?'

Quelqu'un lui revint soudain en mémoire.

Il y a quelques années.

Un concours de lancer de lames cachées organisé dans la capitale.

Un homme l'avait remporté en plantant dix dagues d'affilée, chacune au bout du manche de la précédente.

Cet homme surgi de nulle part, dont personne ne connaissait ni le nom ni le visage, avait touché les dagues et empoché le prix.

'Non, impossible...'

À cet instant.

« Voici 1 sel. Je refais une partie. »

Quand il leva les yeux, Ziel se tenait là.

Avec cinq piques de bois à la main.

'Il a tout fini ?'

« Il faut que je mange encore. »

Le visage de Draco se décomposa, au bord des larmes.

Et ce jour-là.

La rumeur se répandit qu'un nouveau chargé de cours de culture générale avait entièrement vidé la caisse de la journée d'un stand de club.

Il se murmura aussi que le patron du stand de brochettes grillées, qui avait fait le meilleur chiffre de la journée, rayonnait de joie.

***

[Les chevaliers de la police impériale mobilisent tous leurs moyens pour retrouver « Spectre » !]

[Commandant des chevaliers de la police : « Priorité aux tentatives de fuite à l'étranger »]

[Famille impériale : « Éradication totale du groupe d'assassins pour rassurer les citoyens de l'Empire »]

Le professeur Elcanto but une gorgée de thé et sourit, satisfait.

« Ce salaud de Spectre sera bientôt attrapé, lui aussi. Oui. C'est ainsi que ça doit se passer. Mais une fuite à l'étranger... Ce serait embêtant qu'il passe chez ces salauds de Peroso. »

Peroso est un royaume frontalier de Valdrain.

Leurs relations sont déjà mauvaises, et si Spectre passait chez eux, ce ne serait pas un problème ordinaire.

« Que va devenir ce pays. Tss, tss, tss. »

L'assistant d'enseignement observa un instant, avec dédain, le professeur Elcanto qui claquait la langue.

'Sans moi, le bureau du professeur serait une décharge.'

Il aurait dû s'en rendre compte bien avant que le professeur obtienne sa titularisation.

À l'époque, il n'existait personne de plus gentil au monde.

Peut-être parce qu'ils étaient dans des situations semblables.

« Assistant. »

« Oui, professeur. »

« Ça fait à peu près une semaine, non ? Comment s'en sort maître Ziel ? »

Aujourd'hui, c'était « maître Ziel ».

Le titre faisait des allers-retours entre « ce salaud » et « maître ».

« Il ne semble pas y avoir de problème. D'après ce que disent les élèves. Ils ne se plaignent de rien. »

« Vraiment ? Il se débrouille bien tout seul, alors. »

Se débrouillait-il bien, ou les élèves n'avaient-ils simplement pas le temps de se plaindre ?

'Du moment qu'il n'y a pas de plaintes, c'est que tout va bien ?'

À bien y réfléchir, il n'aurait pas été étonnant que des plaintes remontent.

Envoyer un élève au tapis des dizaines de fois dès le premier cours, faire remplir des sacs de sable aux premières années et leur faire courir des tours de piste.

Il ne les avait tout de même pas menacés...

'Il enseigne bien ?'

« À propos de maître Ziel, tu as entendu des rumeurs ? »

« Quel genre de rumeurs ? »

« Tu vois bien. Ce genre de choses. Quelqu'un qui le soutiendrait... »

« Je ne sais pas. »

« Hum. Il y a forcément, forcément quelque chose, tu comprends ? C'est juste que je ne sais pas qui... Ce serait les Rihart ? Les Kundel perdent du terrain ces temps-ci. Alors peut-être que les Kundel ne peuvent rien dire non plus ? »

« L'élève Delev ne semble pas avoir prévenu sa famille. »

« Ah. Vraiment ? Hmm, alors d'où ça pourrait venir ? »

Le professeur Elcanto, qui penchait la tête, écarquilla soudain les yeux.

« Se pourrait-il que... »

« Oui ? »

« La, la famille impériale ? »

« ... »

L'assistant d'enseignement poussa un profond soupir intérieur.

'Pourquoi aller chercher si loin ?'

« Mais oui, si c'est la famille impériale, ça se tiendrait... J'ai entendu dire que la famille impériale soutenait ces derniers temps les petites et moyennes maisons nobles plutôt que les grandes. Évidemment. C'était donc ça. C'est ça, c'est la famille impériale, la famille impériale. »

« Ah, oui... »

« Assistant. »

Crac !

Le bruit de biscuits qu'on croque.

« Quand tu auras le temps, sonde discrètement maître Ziel. »

« Que dois-je lui demander ? »

« D'où il pourrait bien venir. Ah, ne lui demande pas directement. Tu comprends ? »

Pourquoi ne le faites-vous pas vous-même ?

« Oui. »

« Oh, ces biscuits sont bons. Je vais en prendre juste un de plus. »

Et je sais aussi comment ces biscuits se mangent.

'Il avait dit qu'il était au régime.'

L'assistant d'enseignement ravala les mots qu'il avait sur le bout de la langue et se concentra sur le ménage.

Il y avait particulièrement de poussière aujourd'hui.

***

Cours d'arts d'autodéfense, deuxième semaine.

Le cours du jour se tenait dans l'auditorium où ils avaient fait la course de fond.

« Ugh, j'ai encore les jambes qui tremblent. »

« Je vais vraiment crever. Cette semaine, on court encore plus que la semaine dernière. »

« Tu veux que je te dise un truc qui fait peur ? On n'a même pas encore eu le cours d'arts d'autodéfense. »

« Bon sang. »

La première semaine de cours, digne d'une tempête, et la course de fond restaient vivaces dans l'esprit des élèves.

Le problème, c'était le cours d'arts d'autodéfense.

'Delev va encore se faire envoyer au tapis aujourd'hui ?'

'On dirait qu'il n'a toujours rien dit à sa famille.'

Le benjamin de la famille Kundel envoyé au tapis des dizaines de fois.

À y repenser, ce n'était pas arrivé qu'une ou deux fois, et Delev, qui revenait sans cesse à la charge avec l'énergie du désespoir malgré la raclée, était un drôle de type, lui aussi.

Et ce Delev assistait au cours aujourd'hui encore, le regard fixé droit devant lui, en silence.

« Delev. »

À l'appel de Kus, Delev tourna la tête.

Kus tressaillit.

Il y avait dans les yeux de Delev quelque chose qui ressemblait à de la folie.

'Ce type a vraiment perdu la tête depuis le premier cours... ?'

Kus savait qu'il avait un orgueil démesuré.

Il savait aussi qu'il détestait perdre face aux autres.

Il comprenait parfaitement le fardeau que Delev portait en entrant ici.

« Delev, ça va ? »

« Ça va. »

« T'as pas l'air d'aller, pourtant... »

Delev était resté alité deux jours, non pas après le cours d'arts d'autodéfense, mais après le cours « Corps sain et endurance ».

Parce qu'il avait couru jusqu'à s'effondrer d'épuisement, sans utiliser de mana et en portant des sacs de sable.

« Kus. »

« Ouais ? »

« À propos de maître Ziel. »

« Maître ? »

Pas simplement « le prof », mais « maître », avec respect ?

« Euh... pourquoi ? »

« À ton avis, qu'est-ce qu'il faisait avant ? »

C'était une question qu'il se posait vaguement depuis un moment.

Mais avant que Kus puisse répondre, Ziel entra.

« Je fais l'appel. »

Comme toujours, une voix calme, sans la moindre intonation.

À sa vue, plusieurs élèves fixèrent Ziel, l'air rêveur.

C'étaient surtout des filles.

« Celia Rihart. »

« Oui, maître. »

« Karen Aswan. »

« ... »

« Élève Karen Aswan, vous ne vous sentez pas bien ? »

« Ah, non ! »

Ziel s'approcha et examina le visage de Karen.

« Vous avez le visage rouge. »

« C-c'est que... »

Karen sursauta alors, ferma les yeux de toutes ses forces et baissa la tête.

« Auriez-vous été empoisonnée, par hasard ? »

« ... Pardon ? »

« Dites-le-moi si vous avez besoin d'un antidote. »

Sur ces mots, Ziel reprit l'appel.

Karen se demanda ce qu'il voulait dire et tourna la question plusieurs fois dans sa tête, sans trouver de réponse.

Les autres élèves étaient dans le même cas, mais une seule élève observait la scène d'un regard étrange.

'Il ne vient pas me voir, moi ?'

C'était Celia.

« Tout le monde est présent. »

Rien de tel ne se produisit.

« Je vais vous présenter le cours d'arts d'autodéfense d'aujourd'hui. »

Suivit l'explication du cours à venir.

La concentration des élèves, qui avaient suivi deux cours de culture générale la première semaine, était exceptionnelle.

En cours d'arts d'autodéfense, il avait maîtrisé Delev des dizaines de fois avec des mouvements incroyables.

Au cours de course de fond suivant, il avait fait preuve d'une endurance qui ne lui avait pas arraché une seule goutte de sueur, alors que tous les élèves étaient épuisés et étalés par terre.

Quelqu'un avait avancé qu'il avait peut-être utilisé du mana, mais en réalité, aucun des élèves présents n'aurait pu courir aussi longtemps sans transpirer, même avec du mana.

Ce cours-là était différent.

Cette idée s'était solidement ancrée.

Un chargé de cours de culture générale dont personne n'attendait rien avait complètement changé leur regard en une seule semaine.

« Comme vous l'avez vu la dernière fois, les arts d'autodéfense sont une méthode très utile pour parer les attaques inattendues, les attaques surprises et celles qui viennent d'un angle mort. »

Ziel balaya une fois les élèves du regard et poursuivit.

« Mais réagir à une attaque surprise n'a rien de simple. Aujourd'hui, nous allons donc faire un cours pour développer vos réflexes. Placez-vous tous à cinq mètres les uns des autres, devant, derrière, à gauche et à droite. »

Les élèves suivirent d'abord les instructions de Ziel et s'écartèrent en laissant cinq mètres entre chacun.

Que comptait-il faire ?

« Ce que vous allez faire maintenant est simple. Il vous suffit de parer des attaques surprises qui viseront au hasard l'un d'entre vous, ou plusieurs. »

Pour Ziel, c'était un entraînement qu'il avait effectué des centaines de fois.

Pendant sa formation d'assassin.

Des dizaines d'apprentis assassins réunis en un même lieu s'entraînaient à parer les attaques surprises de l'instructeur.

Bien sûr, la difficulté était aujourd'hui bien moindre.

Il ne tenait pas de dague comme l'instructeur, et rater la parade ne leur arracherait pas un lambeau de chair.

« Est-ce vraiment un entraînement raisonnable ? »

Un élève leva la main.

Maris Sopen.

C'était l'élève qui s'était fait prendre à utiliser du mana pendant le dernier cours de course de fond.

Il en voulait à Ziel depuis ce jour-là.

« Élève Maris Sopen. En quoi n'est-ce pas raisonnable ? »

« Quoi qu'il en soit, on est quarante et vous êtes seul, non ? On est en première année, mais on est quand même de l'École de l'Épée. »

À la question de Maris, une bonne idée vint à Ziel.

'Stimuler l'esprit de compétition des élèves est parfois une bonne méthode, aussi.'

C'était tiré d'un livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque pas plus tard qu'hier.

« Bien. Dans ce cas, si une seule personne parvient à parer mon attaque surprise, je mets fin au cours immédiatement. »

À ces mots, le regard des élèves s'aiguisa.

« Et en prime, je lui donnerai une Carte de félicitations. » »

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