« Alexandra. Si, après l'avoir rencontré en personne, il t'a déplu, dis-le sans hésiter, d'accord ? J'ai fait ce que je devais vis-à-vis de Sa Majesté le roi, mais ces fiançailles peuvent être rompues à tout moment. »
Dans la voiture qui nous ramène au manoir après mon entrevue avec Son Altesse Harold, Père répète sans cesse les mêmes mots.
Je savais depuis le début que Père n'était guère enthousiaste à l'idée de ces fiançailles.
Ce n'est pas étonnant.
Dans le royaume de Dehauvalds, la réputation de Son Altesse Harold, que l'on raille sous le surnom de « prince vaurien incapable », est connue de tous les nobles. Et comme Père a un faible pour moi, il va sans dire qu'il ne peut supporter qu'un tel homme soit mon fiancé.
Pourtant.
« Père, l'auriez-vous oublié ? Ces fiançailles avec Son Altesse Harold, c'est moi qui les ai souhaitées. Je tiens absolument à les accepter. »
« Qu… ! ? B-bon… Si c'est ce que tu dis, je n'y peux rien… »
À ma réponse, Père se penche en avant, l'air de vouloir dire quelque chose, puis il se rassoit et s'efforce désespérément de reprendre contenance.
Lui qui laisse si rarement paraître ses émotions, il les montre aujourd'hui sans retenue.
Mais… mon vœu le plus cher va enfin se réaliser.
Je vais pouvoir passer ma vie aux côtés de Son Altesse Harold, à qui je pense sans cesse depuis ce jour-là.
« Cela dit, puisque Son Altesse Harold va devenir ton époux, il ne pourra plus se conduire comme il l'a fait jusqu'ici. J'insisterai tout particulièrement là-dessus auprès de Sa Majesté. »
« Oui. »
Autrement dit, s'il continue à se comporter ainsi, Père obtiendra de Sa Majesté la promesse de rompre ces fiançailles.
Mais je crois que ce souhait-là ne se réalisera pas.
Car… il me l'a promis.
« Trois ans… Accordez-moi trois ans ! D'ici là, je deviendrai un homme digne de vous ! »
L'image que Son Altesse Harold m'a montrée dans le jardin intérieur du palais.
Lui, qu'on aurait peine à croire prince de ce royaume, s'est prosterné sans la moindre honte devant quelqu'un de rang inférieur et m'a suppliée.
Hi hi… C'est tout à fait lui, avec son caractère sans artifice.
Et c'est justement pour cela que je ne comprenais pas.
Pourquoi Son Altesse Harold s'était-il conduit jusqu'ici avec tant d'arrogance…
Même le réseau d'informateurs de la maison ducale de Chevalier n'a pas permis d'en connaître la raison. Tout ce que j'ai appris, c'est qu'un jour, il y a trois ans, il est soudain devenu tel que le décrivent les rumeurs.
Il a sûrement vécu quelque chose qui l'oblige à jouer un faux personnage… et je veux à tout prix en connaître la raison.
Justement parce que je sais que le vrai Harold est l'homme le plus merveilleux du monde, plus gentil et plus travailleur que quiconque.
« Alexandra ? »
« Ah… N-non, ce n'est rien. »
Il ne faut pas. À force de penser à lui, j'ai fait naître le soupçon sur le visage de Père.
« Hum… Quoi qu'il en soit, n'oublie pas que tu es la fille de la maison ducale de Chevalier… ma fille chérie. Et selon la manière dont ils réagiront, je leur ferai payer le prix qu'il faudra. »
« Oui, je le sais bien. »
Oh, Père. À le voir ainsi, on dirait qu'il serait prêt à déclarer la guerre au royaume tout entier.
Si Son Altesse ressemblait aux rumeurs, je comprendrais, mais avec Son Altesse Harold, il n'y a vraiment rien à craindre…
« Pff… J'aurais dû, à l'époque, ravaler mon orgueil et poursuivre les pourparlers avec Son Altesse Cardis ou Son Altesse Raphaël, que l'on dit si brillants… »
« Père. Soupirez si vous le voulez, mais je vous prie de ne pas citer ces deux princes en passant par-dessus Son Altesse Harold, qui va devenir mon fiancé. »
« Ugh… P-pardon… »
Son Altesse Cardis, le premier prince, et Son Altesse Raphaël, le deuxième prince, sont les frères aînés de Son Altesse Harold.
Son Altesse Cardis obtient, paraît-il, des résultats remarquables à l'Académie royale où il étudie, et se distingue grandement comme président du conseil des élèves.
Son Altesse Raphaël, qui y étudie également, n'a rien à envier à son aîné en matière de résultats. Quant à la magie, alors qu'une personne ordinaire n'a d'affinité que pour un seul élément, il serait capable d'en manier trois. C'est tout à fait exceptionnel.
On dit que, dans le royaume, une lutte acharnée pour la succession se livre déjà en coulisses pour savoir lequel des deux sera le prochain roi.
« … Pourtant, Père, vous ne dites rien non plus de Son Altesse Wilfred. »
« Évidemment. Même si Sa Majesté avait voulu qu'Alexandra devienne sa fiancée, je m'y serais opposé de toutes mes forces. Quitte à me soulever contre la couronne. »
Le quatrième prince, Wilfred Well Dehauvalds.
Le « prince souillé », le plus vil et le plus misérable de toute l'histoire du royaume de Dehauvalds.
Vu ses origines, c'est un être que la maison ducale de Chevalier, la plus grande maison noble du royaume, ne saurait en aucun cas accepter.
… Et quand bien même, je refuserais jusqu'à mon dernier souffle d'être liée à une telle ordure.
« Soyez tranquille. Même si le monde devait périr, jamais je ne voudrais d'un autre fiancé que Son Altesse Harold. »
« … Ce qui, en soi, ne me plaît pas non plus. »
Père, vexé, détourne le visage.
Grâce à quoi je peux penser à mon bien-aimé tout le reste du trajet jusqu'au manoir, et j'en suis comblée.
Par la vitre, je regarde le palais s'éloigner peu à peu, et je presse doucement ma poitrine qui bat fort, pleine de la joie de voir mon vœu exaucé et de l'espoir que m'inspirent les efforts à venir de Son Altesse Harold.
En serrant doucement le mouchoir brodé d'un dragon qu'il m'avait offert autrefois.
