Ex étant parti au beau milieu du sermon, le vicomte Radlich, incapable de contenir sa colère, la déversait à présent sur son majordome.
« Ce gueux ! Il ne sait lancer que de la magie de base et il se croit tout permis ! »
« Vous avez parfaitement raison, monsieur le vicomte. »
Devant l'approbation du majordome Yesman, sa colère sembla enfin retomber et il poussa un long soupir. Il appliqua un tube sur son visage écarlate ; un air frais en jaillit, qui rafraîchit ses joues en feu.
« Au fait, comment s'appelait ce gueux, tout à l'heure ? »
« Ex, monsieur le vicomte. »
Le visage du vicomte se tordit sous l'effet d'une idée perfide.
« Ne laissez pas ce gueux raté quitter le domaine. Et faites pression autour de lui pour qu'il ne puisse plus travailler, ni comme aventurier ni dans aucun autre métier. Une fois sa bourse à sec, même un gueux finira bien par comprendre son erreur. »
« Voilà une idée admirable. Je prends les dispositions sur-le-champ. »
Le majordome venait d'apposer son sceau d'approbation sur le terrible plan élaboré par le vicomte, mais tous deux se trompaient du tout au tout.
Ex n'avait pas la moindre envie de travailler.
« Kufufu. Il me tarde d'y être. Je vois déjà ce gueux venir me supplier de lui donner du travail. Cette fois, il faudra bien l'éduquer pour qu'il ne se rebelle plus. Euh... »
« Ex, monsieur le vicomte. À propos, ce tube ? »
Le majordome Yesman avait posé les yeux sur le tube inédit qui rafraîchissait le visage du vicomte depuis tout à l'heure, et le vicomte Radlich lui répondit d'un air fier :
« C'est une invention à moi : un instrument portatif auquel j'ai fait conférer par ce magicien défectueux des sorts de base de glace et de vent. »
« Oh, qui aurait cru que ce bon à rien, incapable de lancer autre chose que de la magie de base, pourrait servir à un tel usage ? Quelle clairvoyance, monsieur le vicomte. »
Le vicomte n'était pas mécontent de la flagornerie du majordome Yesman.
« N'est-ce pas ? Je lui en ai fait fabriquer cinq ; je t'en accorde un, apporte-le en cuisine. Je comptais lui en faire faire deux cents, mais ce propre à rien s'est enfui. »
« C'est trop d'honneur. Et vous avez bien raison. À propos, en cuisine... »
Profitant de ce que le vicomte avait retrouvé sa bonne humeur, le majordome prit un air embarrassé.
« Qu'y a-t-il ? »
« La jarre à eau de la cuisine s'est arrêtée. Que dois-je faire ? C'est que c'est cet Ex, celui qui s'est enfui, qui l'avait fabriquée. »
Le visage du vicomte Radlich prit une expression lasse.
« Il n'y a qu'à faire venir un autre magicien. Ou un objet magique, si ce n'est pas cher. »
« B-bien, monsieur. »
Une sueur froide coula sur le front du majordome.
Les exigences déraisonnables du vicomte venaient de se détourner du gueux pour se reporter sur lui.
Les pas de la déchéance de la maison Radlich approchaient en silence.
