Aller au contenu principal

Chapitre 8

Chapitre 8 - Je prépare mon divorce dans les règles

20 octobre 2026 ~9 min · 1 704 mots

« Tu sais... Depuis que je suis devenue marchande, pour la première fois de ma vie, j'ai un "rêve d'avenir". »

C'est ce que Rishe avait confié autrefois à un ami qu'elle s'était fait dans ce pays-là.

« Jusqu'ici, je n'existais qu'en tant que "fiancée du prince héritier" ou "fille unique de la maison ducale". Ce que je devais devenir, c'était une personne digne de ces titres. ... Mais en voyageant avec tout le monde dans la caravane, en découvrant les paysages de pays inconnus, j'ai eu pour la première fois envie de réaliser quelque chose. »

« Ah oui ? Et c'est quoi ? »

Le roi du désert le lui avait demandé avec son sourire si avenant. Alors, Rishe lui avait répondu en souriant elle aussi.

« J'aimerais aller dans tous les pays du monde. Parcourir leurs villes de mes propres pieds, voir leurs marchés, et voir sourire les gens qui y vivent ! »

Ce souvenir lui semblait aujourd'hui remonter à une éternité.

***

« ... ! »

Rishe ouvrit les yeux d'un coup et, en garde, tira à moitié du fourreau l'épée qu'elle serrait contre elle.

Assis en face d'elle dans le carrosse se trouvait Arnold, son ennemi dans une vie passée.

La main qu'il s'apprêtait à tendre vers elle s'était figée devant la lame à demi dégainée.

« ... Qu'est-ce que c'est que cette main ? »

S'écartant de lui autant qu'elle le pouvait, Rishe fixa la main qu'il avait tendue vers elle.

Cela faisait aujourd'hui cinq jours qu'ils voyageaient vers l'Empire de Galkhein.

Le convoi comptait cinq voitures en tout : des chevaliers occupaient la première et la dernière, les serviteurs d'Arnold la deuxième.

L'avant-dernière transportait le personnel et les bagages, et celle du milieu était le grand carrosse réservé à la famille impériale.

Destinée, bien malgré elle, à devenir l'épouse du prince héritier, Rishe devait voyager dans le même carrosse qu'Arnold, que cela lui plaise ou non.

C'est pourquoi elle avait bien insisté : « Surtout, ne me touchez pas, pas même du bout du doigt. »

Qu'un prince héritier ne puisse pas toucher sa promise posait un sérieux problème, mais Arnold, qui avait promis de « faire tout ce que Rishe demanderait », avait accepté.

Et voilà qu'il rompait sa parole avec une telle désinvolture.

Rishe le foudroyait du regard, mais Arnold arborait un air parfaitement serein.

« Ne me regardez pas avec ce mépris. Je voulais seulement reprendre ce que vous m'avez pris. »

« ... ? »

À ces mots, elle baissa les yeux sur l'épée : ce n'était pas la sienne. À vrai dire, une fille de duc comme Rishe ne pouvait pas posséder d'épée à elle.

Un fourreau laqué de noir, une sobre ornementation dorée. Une poignée gravée aux armes de Galkhein. Cette épée, c'était...

« Kyaa ! »

Elle laissa échapper un cri et la lui rendit aussitôt.

« Je, je, je vous demande mille fois pardon !! »

« Pff, hahaha... Non, je me demandais bien ce qui se passait. Vous dodeliniez de la tête comme quelqu'un qui a sommeil et, tout à coup, vous vous êtes emparée de mon épée. Et vous avez dormi à poings fermés, roulée en boule, avec elle pour seul appui. C'est admirable. »

Arnold reprit l'épée en riant et l'appuya à côté de lui. Rishe pressa sa main sur sa robe, à l'endroit où son cœur battait à tout rompre, et prit une profonde inspiration.

'Qu'est-ce que j'ai fait... Me servir comme oreiller de l'épée qui m'a transpercé le cœur...'

Avoir une épée à portée de main la rassurait un peu dès qu'elle était tendue ou sur ses gardes, sans doute un reste de sa vie de chevalier. Mais que l'épée attrapée sans y penser soit celle d'Arnold, c'était le pire des scénarios.

« Vous dormiez si profondément que je comptais vous retirer l'épée et vous allonger. Mais que vous l'ayez senti sans même que je vous touche... »

Arnold sourit, intrigué, et appuya sa joue sur sa main droite, le coude posé sur le rebord de la fenêtre.

« Pour en arriver à ce niveau, vous avez dû vous entraîner au combat sans relâche. Vous n'avez sans doute guère eu le loisir de mener une vie de jeune fille de bonne famille, n'est-ce pas ? »

« C, c'est cela. »

Elle pouvait encore moins lui avouer qu'elle avait vécu non pas en jeune fille de bonne famille, mais carrément en homme.

« Cela dit, vous ne vous consacrez pas uniquement à l'escrime : il semblerait que vous aimiez aussi les fleurs. »

Rishe suivit le regard d'Arnold jusqu'au bagage posé sur la banquette, à côté d'elle.

Sur un mouchoir, elle avait disposé des fleurs, petites et ravissantes.

Elle les avait cueillies en chemin, au bord de l'eau, pendant les haltes où l'on faisait reposer les chevaux près d'un lac, par exemple. Celles du jour étaient encore fraîches, mais celles qu'elle avait mises à sécher cinq jours plus tôt seraient bientôt à point.

« Je ne les ai pas cueillies pour les admirer. »

« ? »

Rishe, toute réjouie, en prit une et la porta à son visage.

Un parfum légèrement sucré l'emplit de contentement. La senteur douce et tendre des herbes sauvages du printemps.

Elle tourna ensuite les yeux vers la fenêtre : dans la forêt qui menait à Galkhein fleurissaient quantité d'espèces rares dans son pays à elle.

Elle aurait aimé descendre du carrosse pour les cueillir aussi, mais elle ne pouvait pas retarder le voyage pour un caprice.

Pourtant, à regret, elle ne pouvait s'empêcher de couver l'extérieur d'un regard mélancolique.

Arnold, qui l'observait en silence, dit alors, comme s'il venait de s'en souvenir :

« Au fait, j'ai fait envoyer un messager à cheval par mes serviteurs. Il est chargé de prévenir la maison de commerce que vous avez désignée qu'elle doit venir négocier les fournitures de la cérémonie de mariage. »

« Je vous remercie. Je suis ravie que vous ayez accédé à mon caprice. »

« C'est une maison récente, dont on commence à parler ces temps-ci. Vous en étiez déjà cliente ? »

« Non. Mais une amie m'a dit qu'ils se procuraient des articles d'excellente qualité. »

Arnold semblait décidé à tenir parole, et Rishe en fut soulagée.

D'ordinaire, une famille royale a ses fournisseurs attitrés. Leur demander de s'en passer pour recourir à une autre maison de commerce était une requête plus délicate qu'il n'y paraissait.

'Mais dans cette vie aussi, je veux nouer contact avec "eux" le plus tôt possible.'

La maison que Rishe avait désignée était celle qui l'avait recueillie dans sa première vie et avait fait d'elle une marchande accomplie.

Fondée deux ans plus tôt par son chef, Tully, elle n'était encore qu'une troupe en pleine croissance. Mais d'ici quelques années à peine, elle deviendrait la plus grande maison de commerce du monde.

Dans sa vie d'apothicaire aussi, pour diffuser le nouveau remède qu'elle avait mis au point, elle avait réussi tant bien que mal à entrer en contact avec eux et à bénéficier de leur aide.

À l'époque, l'apothicaire qu'elle était avait eu bien du mal à gagner leur confiance, mais cette fois, les choses iraient beaucoup plus facilement.

'Je ne crois pas une seconde que ce mariage puisse bien tourner, alors je dois me tenir prête à fuir à tout moment, au moindre problème. Pour cela, je me servirai de tout ce que je sais, et de ma position d'épouse du prince héritier.'

Elle ignorait ce qu'Arnold avait en tête, mais elle n'avait pas l'intention de se contenter d'être utilisée. Quitte à préparer un divorce ou une fuite, autant que ses journées soient bien employées.

Tout cela pour survivre au-delà de cinq ans et mener une vie paisible à paresser.

Animée de cette résolution, elle le regarda fixement.

« Qu'y a-t-il ? »

« Ugh... »

Devant ce visage d'une perfection absolue qui soutenait son regard, Rishe ne put s'empêcher de grimacer.

Comment dire... Elle avait presque l'impression qu'à le regarder en face, ses yeux allaient brûler. Une beauté aussi démesurée avait, sans exagération, une force de frappe redoutable.

D'autant plus pour quelqu'un qui, par le passé, avait été tuée par l'homme qui portait ce visage.

« Non, ce n'est rien du tou... »

À cet instant, un hennissement aigu retentit.

« Halte ! Hé, arrêtez le carrosse ! »

Des cris montèrent de la voiture de tête. Les chevaliers qui escortaient le carrosse à pied, de part et d'autre, se précipitèrent vers l'avant.

« Qui êtes-vous, misérables... Aaargh ! »

Une situation d'urgence. Rishe, qui l'avait compris, voulut se précipiter dehors, mais Arnold, épée en main, descendit du carrosse avant elle.

« Ah ! »

« Vous, restez ici et tenez-vous tranquille. »

Arnold verrouilla la portière de l'extérieur et partit en direction du tumulte.

'Avec tous ces chevaliers, le prince héritier va de lui-même au-devant du danger ?!'

Oubliant qu'elle-même s'apprêtait à bondir dehors, Rishe était stupéfaite.

Le convoi devait être attaqué par des brigands ou quelque chose de ce genre.

Ce carrosse possédait deux serrures distinctes, une à l'intérieur et une à l'extérieur de la portière, et Arnold avait fermé celle de l'extérieur. Autrement dit, son but était d'empêcher Rishe de sortir.

'Pour que je ne m'enfuie pas ? ... Il m'a dit de me tenir tranquille, mais...'

Ce carrosse serait sûrement la cible principale. Même si elle fermait docilement le verrou intérieur et restait enfermée là, il suffirait de briser la vitre et de l'en arracher pour que tout soit fini.

Et pourtant, verrouillée de l'extérieur, elle ne pouvait pas non plus quitter le carrosse.

Tout en voyant du coin de l'œil les cochers s'enfuir au fond de la forêt, elle chercha autour d'elle quelque chose d'utile, et son regard s'arrêta sur l'épingle de l'ornement qu'elle portait dans les cheveux.

'... Ça me rappelle des souvenirs.'

Elle retira l'ornement et, tout en tordant l'épingle dans l'interstice de la portière, eut soudain un regard lointain.

'Quand j'étais femme de chambre, Mademoiselle détestait étudier et s'enfermait à clé dans sa chambre à tout bout de champ, alors je forçais souvent la serrure comme ça...'

Grâce à l'épingle ainsi façonnée, la serrure sommaire du carrosse céda aussitôt.

Fin du chapitre 8
PrécédentCh. 7
Vous êtes à jourLe prochain chapitre sortira à 18h00. Le planning indique les jours de sortie.Retour à la fiche
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.