« N-ne vous moquez pas de moi ! Vous manquez tous de respect envers votre prince !! »
« Votre Altesse Dietrich, tout va bien ? Dame Rishe, vous êtes cruelle… ! »
« Vous tombez à pic, Dame Marie. Moi aussi, je voulais vous parler un jour ou l'autre. »
Quand Rishe se tourna vers elle, les frêles épaules de Marie tressaillirent. Inutile de faire cette tête : elle n'avait aucune intention de la dévorer.
« Vous n'êtes pas seulement charmante, vous êtes aussi très forte. Je vous ai toujours sincèrement respectée. »
« Que… qu'est-ce que vous voulez dire ? »
« Vous avez grandi dans un milieu plein de soucis, et pourtant vous ne perdez jamais votre sourire chaleureux. Vous êtes quelqu'un de merveilleux. Vous ne dressez pas de murs entre vous et les autres, et vous veillez sans cesse à ce que votre entourage se sente bien. Et maintenant encore, vous protégez Son Altesse derrière vous et vous vous dressez devant moi. »
Les yeux de Marie vacillèrent, désemparés.
Rishe choisit ses mots pour alléger, ne serait-ce qu'un peu, son sentiment de culpabilité.
« C'est pour votre famille, n'est-ce pas ? Si vous deviez épouser Son Altesse Dietrich, quitte à m'évincer. »
« Ah… »
Dans laquelle de ses vies l'avait-elle appris ?
Marie, née et élevée dans une famille pauvre, avait de petits frères qu'elle chérissait et devait protéger.
Pour qu'ils mangent à leur faim, elle avait étudié avec acharnement afin d'entrer à l'Académie, et là, il lui fallait absolument trouver un mari.
« Mais souvenez-vous d'une chose. Ce n'est pas aux autres de décider de votre vie, c'est à vous. Un homme capable de se débarrasser ainsi de la fiancée qu'il a depuis l'enfance, croyez-vous vraiment qu'il vous protégera toute votre vie ? »
Marie sursauta, comme frappée par une évidence, et se retourna vers Dietrich.
L'homme que la jeune fille protégeait derrière elle était toujours assis par terre.
« Si vous voulez saisir votre avenir, il faut que ce soit celui que vous désirez, vous, et personne d'autre. Sinon, cela n'a aucun sens. »
« Ce que je… désire ? »
« Oui. Je vous en prie, menez une vie où votre famille et vous-même pourrez sourire. »
Sur ces mots, Rishe s'inclina.
Pendant un moment, Marie la regarda, interdite, comme si elle venait d'entendre des paroles qu'on ne lui avait jamais dites.
'Ce que vous ferez ensuite, c'est à vous d'en décider.'
En réalité, dans un an, Dietrich perdrait son titre de prince héritier et tomberait en disgrâce.
Repéré pour son caractère prompt à se monter la tête, il se laisserait manipuler par ses vassaux et fomenterait un coup d'État insensé contre le roi.
Le complot serait découvert dès ses premières étapes, et l'affaire se terminerait de façon lamentable : tout le royaume en ferait des gorges chaudes.
C'est d'ailleurs en même temps que ces racontars que Rishe avait entendu parler de la situation de Marie.
« Dame Rishe, je… »
Même sans connaître son destin, Marie semblait avoir été touchée par les paroles de Rishe.
« On m'a toujours répété : "Tu es la grande sœur, alors fais des sacrifices pour tes frères." Même quand c'était dur, même quand je souffrais, je me disais que je devais tenir bon pour eux. Alors c'est la première fois que quelqu'un me dit une chose pareille… »
« Rendre vos frères heureux et être heureuse vous-même, vous devriez pouvoir faire les deux à la fois. »
« … ! »
La gorge de Marie trembla et laissa échapper un murmure au bord des larmes. Ses yeux embués étaient beaux comme des pierres précieuses.
Qu'elle est mignonne, songea Rishe. Elle ne mentait pas : elle souhaitait sincèrement son bonheur.
Mais il était temps, pour elle aussi, de se mettre en route vers sa propre vie.
« Bien ! »
Rishe afficha soudain un grand sourire, et Dietrich se raidit.
« Dans ce cas, la gêneuse va s'éclipser. »
Elle regrettait un peu sa chambre, mais elle savait que ses parents ne la laisseraient jamais rentrer à la maison. Se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir faire, Rishe leur tourna le dos.
« A… attendez, Dame Rishe… ! »
« O-oui, attends, Rishe ! Je ne te le permets pas ! Tu tiens encore à moi, et tu oses te comporter ainsi ! »
« Oh, ce que c'est pénible ! Je n'ai plus rien à vous dire, un point c'est tout ! Fin de la discussion ! »
« Hé, chevaliers ! Arrêtez Rishe ! »
Alors que Rishe s'éloignait à grands pas, les chevaliers se lancèrent à sa poursuite à contrecœur. Le travail, c'est le travail, mais eux non plus n'avaient pas la vie facile.
Elle les plaignait sincèrement. Mais au moment de tourner à l'angle, elle perçut une présence menaçante.
« Pardonnez-nous de vous importuner, Dame Rishe. Encore un tout petit instant… Waah !? »
Rishe tendit la main vers le chevalier qui accourait et saisit l'épée pendue à sa ceinture. Elle la tira du fourreau et, en se retournant, la leva au-dessus de sa tête.
À cet instant, un tintement métallique retentit.
L'épée de Rishe venait d'arrêter le coup que quelqu'un abattait sur elle.
'Arnold Hein… !'
« Tiens donc. »
De l'autre côté des lames croisées souriait l'homme qui, autrefois, avait tué Rishe.
