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Chapitre 14

Chapitre 14 - Le bal ne pose aucun problème non plus

7 novembre 2026 ~13 min · 2 405 mots

« Mmh... »

Dans la flaque de soleil qui entrait par la fenêtre, sa conscience refit lentement surface.

Gênée par cette clarté agréable, elle se retourna dans son sommeil, mais le mur n'était pas là où elle l'attendait.

Comprenant qu'elle dormait dans un lit plus large que d'habitude, Rishe étira bras et jambes de tout son long.

Était-ce sa chambre, dans la demeure ducale ? Ou bien le palais du roi du désert, où elle avait logé durant sa vie de marchande, ou encore le lit de paille de sa vie de femme de chambre ?

Au réveil, ses souvenirs se mélangeaient et elle ne savait plus où elle se trouvait. Après s'être longuement étirée, Rishe ouvrit les yeux.

« ... ? »

Le lit était surmonté d'un baldaquin et protégé par un voile léger couleur bleu ciel. Elle souleva le tissu, que le soleil traversait au point de laisser deviner l'autre côté, et découvrit une chambre austère, sans meubles ni tapis.

'... C'est vrai...'

Pas d'entraînement matinal, pas de jardin de simples à entretenir, pas de petit-déjeuner à préparer ni de fioles de préparation à surveiller après les avoir mises en route la veille. Et ce n'était pas non plus une des auberges où elle avait fait étape en route vers Galkhein.

Une fois cela compris, Rishe enfouit son visage dans l'oreiller avec un petit bruit mat.

« ... C'est tout moelleux... »

Elle n'avait pu retenir ce murmure, seule dans son lit.

À en juger par la hauteur du soleil, il devait être environ six heures du matin.

Et la veille, elle s'était couchée vers minuit, au moment où le jour changeait.

'Ce qui veut dire... que j'aurais dormi six heures d'affilée... ?'

Rishe n'en revenait pas.

Dans toutes ses vies précédentes, quatre heures de sommeil environ étaient la norme.

Quand elle était chevalier, ou durant sa vie d'apothicaire, il lui arrivait même de dormir moins de trois heures.

'... Et en plus, aujourd'hui, je n'ai rien d'autre de prévu que le ménage. D'ailleurs, je suis une otage, après tout. Ce qui veut dire... que je pourrais peut-être dormir encore un peu... ?'

Elle s'en sentait toute fébrile quand on frappa à la porte.

« Dame Rishe. Êtes-vous réveillée ? »

« O-oui ! »

Elle bondit hors du lit, et la voix reprit derrière la porte :

« C'est Oliver, au service de Son Altesse Arnold. Pardonnez-moi de venir si tôt. J'ai quelque chose à vous remettre. »

« Un instant, s'il vous plaît. J'arrive tout de suite. »

Rishe sortit du lit, s'habilla promptement et se prépara.

Elle referma le baldaquin du lit et ouvrit la porte : Oliver, le serviteur, lui souriait.

« Pardonnez cette visite matinale, mais c'était le seul moment où je pouvais quitter le cabinet de Son Altesse. Je suis rassuré de voir que vous étiez déjà prête. »

« Eh bien, oui, comme vous le voyez... Messire Oliver, vous n'avez pas beaucoup dormi, on dirait ? »

« Pardonnez-moi d'offrir un tel spectacle. Les dossiers s'accumulent. Mais je suis encore loin d'être le plus à plaindre. Depuis hier, Son Altesse n'a même pas pris le temps d'une sieste. »

Rishe repensa à Arnold, la veille.

Il était venu jusqu'au balcon de cette chambre, alors que s'il avait eu ce temps-là, il aurait mieux fait de dormir.

« Son Altesse est bien occupée. Pourtant, il me semblait qu'il travaillait déjà dans le carrosse, sur le chemin du retour. »

« Tout ce qu'il était possible de traiter avant le départ a été achevé pendant le voyage, à l'aller comme au retour. Ce que Son Altesse traite en ce moment, c'est le travail accumulé pendant sa visite au royaume d'Hermity. »

« Ah... »

Partagée entre compréhension et compassion, Rishe fronça les sourcils d'un air navré.

Même s'il s'agissait de l'homme qui l'avait tuée, le voir sur le point d'être englouti sous les affaires de l'État avait quelque chose de pitoyable. Rishe présenta ses excuses à Oliver.

« Je suis désolée, messire Oliver. Il a interrompu son travail pour y assister, et tout ça pour un bal pareil. »

« Pas du tout, voyons. Son Altesse, qui répétait "ne pas avoir l'intention de se marier avant longtemps", s'est enfin trouvé une épouse. »

Oliver lui adressa un sourire, un sourire franc et avenant.

Mais un détail intriguait Rishe. Elle écarta doucement les bras et lui dit :

« Je vous en prie. Ne vous gênez pas, regardez-moi autant que vous voulez. »

« ... Pardon ? »

« Vous le faites discrètement, mais vous m'observez depuis tout à l'heure, n'est-ce pas ? Si quelque chose vous intrigue, allez-y, jusqu'à ce que vous soyez satisfait. »

« Ça, par exemple. »

Oliver écarquilla les yeux, puis reprit la parole comme s'il s'avouait vaincu.

« Comme l'avait dit Son Altesse, vous avez donc le talent d'une épéiste de premier ordre. Mon manque d'expérience y est sans doute pour quelque chose, mais remarquer une présence aussi ténue... »

'... Ce n'était pas tant l'instinct de l'épéiste que l'intuition de la marchande que j'ai été.'

Ce regard qu'avait eu Oliver, Rishe l'avait vu bien des fois.

Le regard d'un noble qui vérifie que l'objet qu'on lui présente n'est pas un faux. Ou celui d'un marchand qui cherche à séparer le bon grain de l'ivraie pour ne garder que ce qui lui sera utile.

Bref, on la jaugeait, de manière évidente.

« Je me suis montré fort impoli envers celle qui sera l'épouse de mon maître. Je vous supplie de me pardonner. »

Oliver s'inclina profondément, et Rishe l'arrêta.

« Ce n'est rien du tout. Relevez la tête, je vous en prie. »

Se méfier d'une personne venue soudain épouser son maître, c'était bien normal de la part d'un serviteur. Et puis, elle avait plutôt des questions à lui poser.

« Vous vous inquiétez sincèrement pour Son Altesse, messire Oliver. Êtes-vous à ses côtés depuis longtemps ? »

« J'étais à l'origine élève chevalier dans ce pays. J'ai été grièvement blessé, et alors qu'on allait purement et simplement me renvoyer, Son Altesse m'a recueilli. Voilà une dizaine d'années que je le sers comme serviteur. »

« ... Si vous le servez avec un tel dévouement, vous savez peut-être pourquoi Son Altesse Arnold a l'intention de m'épouser ? »

« Eh bien... »

Oliver parut décontenancé et grimaça avant de répondre.

« À vrai dire, j'en suis moi-même surpris. Son Altesse n'a jamais cessé de répéter qu'il "n'avait pas l'intention de se marier pour l'instant". Et pourtant, après vous avoir rencontrée au royaume d'Hermity, dame Rishe, il semble avoir changé d'avis du jour au lendemain. »

Il ne dévoilait donc pas le fond de sa pensée, même à son serviteur de confiance ? Les desseins d'Arnold lui échappaient plus que jamais, et elle en fut déçue.

« Mais, dame Rishe, il y a une chose que je peux vous affirmer. »

Sans doute crut-il qu'elle s'inquiétait, car Oliver reprit précipitamment la parole.

« Je suis à ses côtés depuis des années, et c'est la première fois que je vois Son Altesse aussi joyeux. En votre présence, il rit en toute franchise. »

« ... »

Ne s'agissait-il pas plutôt d'un homme qui s'amusait à ses dépens ?

« Oh ? Cela n'a pas l'air de vous réjouir beaucoup. Avec un visage pareil, Son Altesse est pourtant très populaire auprès des femmes. »

« Je veux bien croire qu'il a énormément de succès, mais de là à dire que cela me fait plaisir... Sa façon de se comporter avec moi me donne simplement l'impression d'être traitée comme un jouet. »

« Ha ha ha. »

Oliver se contenta de rire, sans la contredire. Lui aussi devait voir les choses de la même façon.

« Je suis heureux de constater que vous avez bien compris mon maître. Mais je me suis laissé aller à bavarder... Je vous prie d'accepter ceci. »

Oliver lui tendit trois feuillets.

« Son Altesse m'a demandé de vous remettre la liste des hôtes de marque invités à la cérémonie de mariage. »

« Merci beaucoup. J'allais justement vous la demander. »

Qu'on s'en soit occupé sans même qu'elle ait à le réclamer lui facilitait bien les choses. Rishe vérifia un à un les noms des invités d'État qui y figuraient.

'Sa Majesté Zahad. Son Altesse le prince Kyle, Son Altesse la princesse Harriet... Pour le royaume de Domana, ce n'est donc pas le roi en personne mais le duc Jonal qui le représentera.'

Ces noms prestigieux la plongèrent dans ses réflexions. Pour Rishe, ce n'était pas une simple liste d'invités à un mariage.

C'était, d'une certaine façon, la liste des grandes figures des pays dont Arnold allait se faire des ennemis.

Avant que, dans quelques années, Arnold ne tue l'empereur son père et ne déclenche ses guerres de conquête, un événement viendrait bouleverser la situation des différents pays.

Les personnes inscrites ici en étaient, pour ainsi dire, les acteurs.

'Sa Majesté Zahad. J'aimerais bien qu'il se montre aussi amical cette fois que dans ma vie de marchande. Son Altesse le prince Kyle va-t-il encore commettre des imprudences, avec sa santé fragile... ? Il a un sens aigu de ses devoirs, alors il viendra sûrement, même au prix d'un long voyage.'

En repensant à ces personnes qu'elle avait côtoyées dans ses vies passées, elle éprouva de la nostalgie.

'Ils deviendront un jour les "ennemis" de Galkhein. Mais si j'agis dès maintenant, à défaut d'en faire des alliés, je pourrai peut-être éviter que les relations se dégradent.'

Elle voulait croire que cela aiderait à éviter la guerre. Ignorant tout de ce que ressentait Rishe, Oliver poursuivit.

« La cérémonie de mariage aura lieu dans trois mois, nous mènerons donc les préparatifs de manière à être prêts à temps. »

« Oui. Je vous remercie. »

« Ce dont je voudrais m'entretenir avec vous pour le moment, c'est de la question en suspens, le bal de demain soir... »

« Le bal de demain... hein ? »

« Pardon ? »

Qu'avait-il dit, à l'instant ?

Comme Rishe le faisait répéter, le visage d'Oliver s'assombrit de plus en plus.

« ... Se pourrait-il, dame Rishe, que Son Altesse ne vous en ait pas parlé ? »

« Pas, pas du tout. Il y a un bal, demain ? »

« Ah, vraiment, cet homme... ! »

Oliver baissa la tête en se tenant le front, et elle devina à peu près la situation.

« ... Il y en a bien un. Et Son Altesse, tout en étant au courant, a l'intention de l'étouffer sans m'en parler ? »

« Quelle imprudence de ma part... ! Il avait dit : "Il n'y a aucune raison de faire paraître Rishe à un tel bal. Envoie un avis d'absence", mais j'étais persuadé qu'il avait fini par se ranger à nos arguments ! »

Elle compatit. La fiancée du prince héritier ne pouvait tout de même pas manquer un bal donné au château impérial.

« ... Ne vous en faites pas, messire Oliver. J'irai. J'y serai, soyez rassuré. »

« Merci infiniment, dame Rishe ! Dans ce cas, je vais presser le choix des femmes de chambre pour le régler dans la journée, et je vous les enverrai dès que ce sera décidé... »

« Non, ce ne sera pas nécessaire. Cette fois, je me préparerai seule. »

Concernant le choix des femmes de chambre, elle avait son idée.

À en juger par l'échange entre les femmes de chambre la veille, il semblait que les candidates au service de Rishe se disputaient.

Puisqu'elles ne pouvaient éviter de se croiser au lavoir ou au puits, il ne suffirait pas de "trancher, et le problème serait réglé".

« Mais n'est-il pas difficile de se préparer seule ? »

« Aucun problème. Je sais me coiffer seule et enfiler une robe. J'ai apporté mes toilettes et mes fards de chez moi, soyez tranquille. »

Laissant Oliver les yeux ronds, Rishe se dépêcha de réorganiser le programme de ménage du jour et du lendemain.

***

« Votre Altesse Arnold. J'ai une faveur à vous demander. »

Vêtue de sa tenue de bal, Rishe le lui dit d'emblée.

« J'aimerais des graines de certaines plantes médicinales et un coin de jardin qu'on puisse transformer en potager. J'en ai dressé la liste, alors je serais ravie que nous en parlions plus tard. »

« ... Rishe. »

« Ce que je voudrais. Vous m'avez bien dit d'y réfléchir, n'est-ce pas ? »

Comme Rishe inclinait la tête, Arnold, l'air las, soupira. Oliver avait dû malgré tout le préparer, car il portait son habituel uniforme militaire noir avec une cape rouge, et des gants noirs aux mains.

« Il paraît qu'Oliver ne vous a pas donné le détail de ce bal. C'est mon père l'empereur qui l'a fait organiser, pour sauver les apparences et faire croire que "l'on cherche aussi une épouse au prince héritier dans le pays". Cela n'a aucun sens. »

« Ah, je vois. C'était donc ça. »

Il est vrai que si l'on ne cherchait d'épouse que hors des frontières pour le prince héritier, le meilleur parti qui soit, les nobles du pays devaient en être mécontents.

« Puisque nous sommes fiancés, un tel bal n'a plus lieu d'être. Il n'est pas difficile d'imaginer que ces nobles poseront aussi un regard curieux sur vous, l'"otage". »

« Mais je suis déjà prête. »

Ce disant, Rishe pinça le bas de sa robe.

Elle portait une robe d'un bleu éclatant, couleur de mer. Faite de fines étoffes superposées en de nombreuses couches, la jupe aux drapés généreux s'évasait comme un bouton de fleur.

Ses cheveux couleur corail étaient tressés et retenus par un ornement. Elle s'était légèrement maquillée, portait des boucles d'oreilles en perles et des souliers polis jusqu'à briller.

« Retenez bien ceci, Votre Altesse. Pour ce pays, je suis peut-être bien "l'épouse du prince héritier en tant qu'otage". Mais je n'y vois rien de déshonorant. »

Après tout, c'était elle qui l'avait choisi.

À ces mots, Arnold écarquilla les yeux.

« Je vous en prie, présentez donc votre fiancée. »

Comme elle tendait la main pour qu'il lui serve de cavalier, Arnold soupira, résigné, puis afficha son habituel sourire hardi.

« Soit. Après tout, j'ai reçu la permission de vous toucher. »

« Chacun avec ses gants, toutefois. »

Arnold prit la main de Rishe et se mit en marche.

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