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Chapitre 2

Chapitre 2 — La Princesse Terne décide de rompre ses fiançailles

30 septembre 2026 ~6 min · 1 077 mots

Avec un tel visage en larmes, où donc pouvais-je bien aller ?

Près du salon du palais royal où tout le monde s'était réuni tout à l'heure, je risquais de tomber sur quelqu'un. Dissimulant mon visage derrière mon éventail, je traversai le couloir d'un pas pressé et m'élançai au-dehors. Face au palais que je venais de quitter se dressaient l'aile des chevaliers et le terrain d'entraînement. Un peu plus loin, l'aile des mages et le potager, et plus loin encore, si je me souvenais bien, un magnifique jardin.

Le jardin et le potager étaient très fréquentés. Et près de l'aile des chevaliers ou du terrain d'entraînement, je risquais de croiser des chevaliers qui allaient et venaient pour leurs exercices. Les chevaliers reçoivent tous une éducation de gentilshommes. Ils ne pourraient sans doute pas laisser une femme en larmes sans rien faire. C'était, en un sens, une zone dangereuse.

En essuyant mes larmes avec mon mouchoir et en levant les yeux vers le ciel, j'aperçus l'aile des mages.

Là-bas, peut-être, je ne craindrais rien. Mes pas s'y dirigèrent d'eux-mêmes. J'avais entendu dire que les mages restaient enfermés dans leurs laboratoires, absorbés par leurs propres recherches, si bien qu'ils se croisaient rarement. Et aussi qu'ils se désintéressaient des autres. Les étages supérieurs, où se menaient sans doute des recherches importantes, n'étaient accessibles qu'à un nombre restreint de personnes, mais le rez-de-chaussée, lui, devait être en accès libre.

Entrée au pas de course dans l'aile des mages, je me précipitai tout droit vers les toilettes.

Ah, quel soulagement : comme le disait la rumeur, je n'avais croisé personne. J'avais dû cette chance au fait d'avoir vaguement retenu la disposition générale des lieux lorsqu'on m'avait fait visiter les différentes ailes du palais, dans le cadre de mon éducation de future reine.

Je laissai couler mes larmes un long moment dans la cabine, en attendant que mes sentiments s'apaisent.

J'avais beau vouloir ne plus y penser, les paroles de tout le monde et la voix agacée du seigneur Helios tournaient dans ma tête, et je me lassais de voir mes larmes, qui commençaient à peine à se tarir, revenir encore et encore.

J'étais, semblait-il, bien plus blessée que je ne le croyais moi-même.

Que je suis bête. Pleurer ne résoudra rien.

Tout en versant des larmes, je réfléchis de toutes mes forces à ce que je devais faire désormais.

Il est vrai que je m'étais consacrée avec ardeur à mon éducation de future reine. Je voulais être utile au seigneur Helios, et puis mon père et ma mère, bien sûr, mais aussi Sa Majesté et la reine se réjouissaient tant quand je faisais des efforts. J'en étais arrivée au point de recevoir des éloges immérités, comme quoi on n'avait plus rien à m'apprendre ; mais, en un sens, ce ne sont là que des compétences que n'importe qui peut acquérir à force de travail.

La beauté de Marietta et son pouvoir d'attirer les gens, en revanche, sont des dons innés : j'aurais beau faire tous les efforts du monde, je ne pourrais sans doute jamais les acquérir. Vu sous cet angle, la question de savoir laquelle vaut le mieux est entendue.

Lorsque Marietta aurait reçu l'éducation de future reine et en posséderait le savoir, elle aurait à coup sûr une influence dont je n'arriverais pas à la cheville. Et déjà aujourd'hui, il lui suffit de sourire pour donner du cœur à l'ouvrage à ces messieurs : c'est un pouvoir immense.

À y réfléchir calmement, je pouvais même souscrire à ce dont ces messieurs parlaient tout à l'heure.

C'est triste, mais.

Marietta est assurément plus digne d'être reine.

En revoyant les visages de tous ceux qui devaient se trouver dans le salon à ce moment-là, quelques larmes m'échappèrent encore. Nous nous étions pourtant juré de soutenir ensemble le seigneur Helios à l'avenir. Combien de fois n'avions-nous pas débattu de la manière de traiter une affaire diplomatique épineuse ?

Je les croyais mes compagnons… et voilà qu'on me mettait sous le nez qu'ils ne m'avaient jamais reconnue comme l'épouse du seigneur Helios.

Et envers le seigneur Helios, je n'éprouve que de la culpabilité. Si j'avais compris plus tôt ses sentiments, je ne me serais pas investie avec autant d'ardeur dans mon éducation de future reine.

« Essaie donc de proposer une chose pareille : au pire, c'est moi qu'on déshériterait. »

C'est ce qu'il avait dit, avec un petit rire amer.

Si le seigneur Helios ne pouvait pas le proposer lui-même, le mieux était que ce soit moi qui agisse. Ainsi, aucune des personnes appelées à porter le royaume ne serait éclaboussée.

Cela dit, faire savoir de ma propre initiative que je souhaite rompre mes fiançailles avec le seigneur Helios… avec Son Altesse, n'est pas une mince affaire. Mon père comme ma mère secoueraient la tête en disant qu'on ne peut commettre pareille insolence. Et je n'ai pas le cœur d'exiger d'eux une chose aussi déraisonnable.

Je pris ma décision.

Je connais un moyen, un seul, de régler ce problème sans causer d'ennuis à personne. Je vais tenter ma chance avec cette méthode.

Une fois ma résolution arrêtée, mes larmes finirent enfin par se tarir. Moi aussi, je pouvais faire quelque chose : dès lors que je le savais, il ne me restait plus qu'à avancer vers ce but. C'était bien plus constructif que de pleurer.

J'essuyai mes larmes et arrangeai mon visage devant le miroir.

Je ne pleurerai plus.

Je me suis toujours fixé cette règle : je pleure jusqu'à ce que je sache quoi faire, pas au-delà. Je fusillai mon reflet du regard dans le miroir. Mon nez et mes yeux étaient encore un peu rouges, mais cela passerait en marchant. Il fallait que je retourne là-bas. Après tout, Marietta était venue aujourd'hui : le travail de ces messieurs ne devait pas être avancé de moitié.

Je ne serais peut-être bientôt plus la fiancée du seigneur Helios, mais pour l'instant, j'avais encore des responsabilités.

Par l'arrière de l'aile des mages, à l'abri des regards, je suivis d'un pas pressé le petit chemin qui menait à l'entrée du palais.

En chemin, j'aperçus une silhouette noire sur un banc à demi caché, et je me raidis aussitôt.

Quelqu'un, dans un endroit pareil… Et si je rebroussais chemin avant d'être vue ?

Hésitante, j'observai la silhouette sur le banc, et je retins mon souffle : c'était une personne qu'il était impossible de trouver là, sous une apparence tout aussi impossible.

« Ce n'est pas… »

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