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Chapitre 8

Chapitre 8

20 octobre 2026 ~10 min · 1 909 mots

L'ordre du chef du clan était de faire participer Pirenthia aux leçons. Mais les doutes de Cleribane étaient trop grands pour qu'il obéisse sans vérifier par lui-même.

Une enfant de sept ans, lire ce genre de livres ? Même cet homme d'une froideur absolue se transformait-il en mère hérisson protectrice devant sa petite-fille ?

C'est ce que pensait Cleribane en frappant à la porte des appartements qu'occupaient Gallahan et Pirenthia.

Gallahan l'accueillit avec surprise. Une fois entré, Cleribane aperçut Pirenthia qui lisait dans un coin du salon.

L'enfant tenait bien en évidence « Le peuple du Sud », à la couverture verte.

'Il est impossible qu'elle le lise vraiment.'

Dès le départ, Cleribane n'avait pas cru les paroles de Rulak. Il n'avait aucune envie de gâcher l'atmosphère de ses leçons, qu'il entretenait avec soin, en y faisant entrer une autre gamine de sept ans qui n'y comprendrait rien. Aujourd'hui, il comptait s'assurer que Pirenthia se contentait de regarder ce livre comme un livre d'images, puis convaincre le chef du clan.

« Tia, viens ici. »

À l'appel de Gallahan, Pirenthia referma son livre et s'approcha. C'était une enfant frappante, aux cheveux bruns bouclés noués d'un ruban, aux joues pâles et rosées qui rayonnaient de cette vitalité propre aux jeunes enfants.

Mais à part cela, Pirenthia avait encore l'air bien trop petite. Surtout une fois assise sur les genoux de son père.

Une seule chose, pourtant, ébranla les certitudes de Cleribane : l'intelligence qui emplissait ses yeux d'un vert éclatant, exactement les mêmes que ceux de son père Gallahan.

Combien d'enfants de sept ans soutiendraient le regard d'un inconnu qui les dévisage exprès, sans détourner les yeux, et en lui offrant un visage radieux et souriant ?

« ... En effet. »

On comprenait qu'après l'avoir vue, le chef du clan ait déclaré que cette enfant avait hérité de son sang plus que quiconque.

Pirenthia semblait assurément plus proche du caractère de son grand-père Rulak que de celui de son père Gallahan.

Mais elle n'était encore qu'une petite fille.

Même si elle se montrait plus tard vive et audacieuse, c'était une tout autre histoire que de supposer qu'elle possédait l'intelligence de génie nécessaire pour lire et comprendre des ouvrages spécialisés à sept ans.

Pourtant, les pensées de Cleribane volèrent en éclats dès qu'il commença à converser avec Pirenthia.

« Je n'en ai lu qu'un petit peu pour l'instant, mais il y a des gens extraordinaires qui vivent ensemble dans les forêts du sud de l'Empire. Ce livre raconte des histoires sur eux. »

L'enfant saisissait le contenu du livre avec une étonnante justesse.

Elle avait peut-être entendu quelqu'un lui en parler.

Cleribane s'efforça de ne pas se laisser ébranler en se disant cela.

« Comment s'appelle l'auteur de ce livre ? »

« C'est écrit "Rofili" juste là, sur la couverture, non ? »

« De quoi parlait le premier chapitre ? »

« Cette personne qui s'appelle Rofili racontait comment elle avait entendu parler pour la première fois des rumeurs sur le peuple du Sud. »

« Hum... »

Mais à mesure que Pirenthia répondait à ses questions sans la moindre hésitation, il se retrouva à court de mots.

Cette enfant comprenait-elle vraiment tout ce qu'elle lisait ?

Et la confusion de Cleribane ne s'arrêta pas là.

« Rofili, ce n'est pas "un" auteur. C'est "une" autrice. »

« Pardon ? »

« C'est écrit dans la préface, au début. Elle s'appelle Abane Rofili. C'est une savante. »

Se faire corriger par la petite Pirenthia !

« Le peuple du Sud » était un livre qu'il avait lu il y a bien longtemps, mais ignorer que Rofili, l'autrice et la narratrice, était une femme, c'était sa faute à lui.

Il avait supposé sans réfléchir que la personne ayant publié un ouvrage de recherche aussi célèbre devait être un homme.

Comprenant son erreur sous les yeux brillants de Pirenthia, Cleribane rougit d'embarras.

« Vous avez dit que vous l'aviez déjà lu. Vous avez dû le lire sans faire attention. »

Pour finir, il s'était même fait taquiner par une petite enfant.

Au moment où il se dit que ce sourire, à peine esquissé au coin des lèvres, lui semblait très familier, Cleribane fronça les sourcils.

Cette enfant ressemblait vraiment au chef du clan.

Même ce sourire exaspérant en était la copie conforme.

« Faites-la participer aux leçons à partir du sixième jour de la semaine prochaine. »

Pourtant, Cleribane souriait en quittant les appartements de Gallahan.

« Je trouvais le poste de responsable de l'instruction si ennuyeux que je pensais changer de métier. Je vais peut-être tenir encore un peu. »

Cette enfant valait peut-être vraiment la peine qu'on lui enseigne.

Retrouvant sa motivation pour la première fois depuis longtemps, Cleribane regagna en hâte son cabinet de travail pour préparer les leçons.

***

« Puisque le soleil se montre enfin, si on allait pique-niquer dans le jardin de devant ? »

Père me fit cette proposition inattendue alors que nous passions un après-midi tranquille.

« On emportera plein de bons gâteaux et de biscuits, ceux que Tia aime, et on prendra un peu le soleil. Ah, ce serait bien de passer voir le docteur Omari un petit moment avant. »

Je vois.

L'intention de Père sautait aux yeux. Persuadé que je détesterais aller à l'infirmerie, il essayait de m'appâter avec un pique-nique plein de bonnes choses.

La semaine dont avait parlé le docteur Omari était déjà passée. J'acquiesçai en me disant que le temps filait vraiment vite. Père eut un sourire radieux et s'activa avant que je ne change d'avis. À voir le panier de pique-nique déjà prêt, il avait dû tout prévoir à l'avance.

Il a vraiment des côtés adorables.

Je pris donc la main de Père et nous nous rendîmes à l'infirmerie du docteur Omari. Dans la salle d'examen, dont la porte s'ouvrit en grinçant, se trouvaient le docteur Omari et une autre personne.

« Oh ? »

Une femme blonde, qui semblait avoir à peine plus de vingt ans, hochait la tête en écoutant quelque chose, comme si elle recevait des instructions du docteur.

« Vous voilà. »

Même pendant que le docteur Omari nous saluait, mes yeux ne quittèrent pas cette femme. Remarquant mon regard, Père lui demanda qui elle était, et elle répondit d'une petite voix, comme prise de court.

« Je, je suis Estira, l'élève du docteur Omari. »

Elle n'a pas l'air si timide que ça. Elle semblait plutôt surprise que le fils du chef du clan lui adresse soudain la parole.

« Bien, et si nous regardions ce poignet ? »

Le docteur Omari s'approcha de moi avec un sourire. Mais je me tournai pour me blottir contre Père, esquivant la main du docteur.

« Tia ? »

« Haha, on dirait que la jeune demoiselle se montre soudain timide. »

Père semblait désemparé par ce comportement qui ne me ressemblait pas.

« Qu'est-ce qui t'arrive, ma Tia ? Tu as peur ? »

Je secouai vigoureusement la tête, puis je parlai.

« La demoiselle... »

« Hum ? Répète, Tia. »

« Je veux que ce soit la demoiselle qui le fasse. »

Mes paroles prirent les trois adultes de court. Ce fut le docteur Omari qui rompit le silence gêné qui suivit.

« On dirait qu'Estira a tapé dans l'œil de la jeune demoiselle. Alors, c'est Estira qui fera l'examen aujourd'hui. »

« Mais tout de même... »

« Estira est l'une de mes meilleures élèves, ne vous inquiétez pas. Et je resterai juste à côté d'elle. Cela vous convient, n'est-ce pas, mademoiselle Pirenthia ? »

J'acquiesçai et m'approchai d'Estira en lui tendant mon poignet blessé.

« Ah... Al, alors, un instant... »

Estira, le visage rouge de confusion, défit avec précaution le bandage autour de mon poignet. Elle était si nerveuse que je voyais le bout de ses doigts trembler. Désolée de l'avoir mise dans cette situation, je pris la parole la première pour lui changer les idées.

« Vous vous appelez Estira, mademoiselle ? »

« Oui, c'est ça. »

« Moi, je m'appelle Pirenthia, et mon père s'appelle Gallahan. »

« Ah, v, vraiment... »

Puisqu'elle travaille chez les Lombardi, elle connaît forcément nos noms. Mais se présenter encore une fois, ça ne fait pas de mal. Pour qu'Estira se souvienne de nous plus nettement.

« Qu'est-ce que vous apprenez avec le docteur, mademoiselle ? »

« J'étudie les plantes médicinales. »

« Oh. Alors vous voulez devenir médecin, vous aussi ? »

« Oui, même si j'ai encore beaucoup de chemin à faire. »

Peut-être parce que je n'arrêtais pas de bavarder, la tension d'Estira sembla se relâcher nettement.

« L'enflure a bien diminué, je pense qu'on peut changer de remède, maître. »

« Hum. Je vois. Va chercher l'extrait d'herbe de sacos. »

Aux paroles du docteur Omari, je fronçai les sourcils. Je ne m'inquiétais pas pour le remède, ils utiliseraient forcément quelque chose de bon, mais le goût me préoccupait sérieusement.

Comme je le craignais, le liquide vert clair qu'Estira rapporta avait l'air très amer au premier coup d'œil.

« Bois ça, Tia. »

Père me tendit le panier de pique-nique comme s'il n'attendait que ça. J'y plongeai la main et en sortis trois gros biscuits, que je tins dans une main.

Glouglou.

J'avalai d'un trait le remède amer, qui me fit frissonner de tout mon corps, et me fourrai vite un biscuit dans la bouche. Puis je tendis l'un des deux biscuits restants au docteur Omari.

« Oh, merci, mademoiselle ! »

Le docteur, ravi, enfourna le biscuit d'une seule bouchée.

Et le dernier.

« Mademoiselle, mangez ça. »

Estira écarquilla les yeux devant le biscuit soudain brandi sous son nez.

« Je, je... »

« Vous m'avez soignée. Il est délicieux. »

Après un instant d'hésitation, Estira finit par accepter le biscuit à deux mains.

« Bon, on y va ? »

Père m'avait prise dans ses bras et parlait d'un ton enjoué.

« Prenez soin de vous. »

Je saluai le docteur Omari depuis les bras de Père. Dans mon champ de vision qui s'éloignait, je voyais Estira contempler en silence le biscuit que je lui avais donné.

« Au revoir, mademoiselle ! »

Quand je l'appelai, elle sursauta et s'inclina profondément vers moi. Je continuai d'agiter la main. La prochaine fois, je devrais peut-être demander expressément que ce soit Estira qui vienne.

Il faut que je continue à la voir, et que je devienne son amie.

***

« Hmm. Hmhm. »

Les bras posés sur le rebord de la fenêtre, je sentais la brise fraîche et me surpris à fredonner.

« Tu as l'air de particulièrement bonne humeur aujourd'hui. Tu es contente de suivre ta première leçon demain ? »

Eh bien, il y a un peu de ça aussi.

Quand je regardai Père en souriant, il me rendit mon sourire. Puis il retourna bientôt à son travail et s'affaira à dessiner quelque chose.

Je regardai de nouveau par la fenêtre. Comme si la pluie qui était tombée sans discontinuer jusqu'à la veille n'avait été qu'un mensonge, le ciel s'était magnifiquement dégagé. L'air paraissait bien plus pur, lui aussi. J'aspirai avidement le vent qui soufflait par rafales, comme si je voulais le boire tout entier.

Et au bout de cette longue inspiration, j'aperçus une calèche portant le fanion d'une guilde marchande qui entrait dans le domaine.

Je relevai les coins de mes lèvres et murmurai doucement.

« Les voilà. »

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