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Chapitre 7

Chapitre 7

7 novembre 2026 ~10 min · 1 811 mots

Le silence tomba entre lui et moi.

Il avait l'air totalement, totalement décontenancé.

Son visage, qui semblait n'avoir jamais porté la moindre trace de chaleur, était affreusement crispé.

Les lèvres légèrement entrouvertes, les sourcils haussés, il ne bougeait que les yeux, de moi au hochet et du hochet à moi.

Il finit même par laisser échapper un petit rire incrédule.

« C'était une démone folle ? »

« C'est vous, le fou. Et avant ça, comment ça, démone ? Je suis une humaine tout ce qu'il y a de plus ordinaire. »

« Impossible. Une énergie démoniaque aussi puissante émane de toi. »

Il lança son épée en l'air et croisa les bras.

L'épée flotta fièrement dans les airs, exhibant sa lame étincelante.

Tandis que la lame scintillait et diffusait sa lumière, les pleurs d'Axion se calmèrent peu à peu.

« Waouh ! »

La peau sous les yeux encore rougie par les larmes, Axion tendit la main vers l'épée.

Apparemment, elle lui plaisait.

Hmph. Il n'a donc plus besoin du hochet.

Je rangeai vite contre moi le hochet que je lui tendais et levai le menton.

« Votre épée fait le travail du hochet. Alors je m'en vais. »

« Attends. »

Au moment où je me retournais d'un air assuré, l'homme me barra la route de sa grande main.

« Où est-ce que tu vas ? »

« Où voulez-vous que j'aille ? Chez moi. Lâchez-moi. L'impolitesse a des limites. Vous menacez une inconnue, vous faites pleurer un bébé, et maintenant vous m'empêchez de partir. Et si vous appreniez les bonnes manières ? »

J'écartai sa main de mon épaule et m'éloignai à grands pas.

... Mais voilà.

L'homme me suivit tranquillement.

Je serrai Axion contre moi et tournai la tête pour le fusiller du regard.

« Pourquoi vous me suivez ? »

L'homme haussa les épaules.

« Tu as l'air bien plus jeune que moi, de toute évidence. Tu ne crois pas que tu devrais me parler avec plus de respect ? »

« De quoi est-ce que vous parlez ? »

Comme je le regardais sans comprendre le moins du monde ce qu'il voulait dire, son visage se tordit de nouveau.

Malgré tout, il continua de me suivre.

Il me suivit jusqu'à l'endroit où la calèche était garée et me regarda faire fixer le landau à l'arrière par le cocher, puis installer Axion à l'intérieur en premier.

Plus exactement, il fixait avec insistance le blason de la maison Evanroar gravé sur la calèche.

« Tu es de la maison Evanroar. »

« Non, pas du tout. »

L'homme pointa le blason de son long index.

« Pourtant, le blason de la maison Evanroar est juste là. »

« Je vous dis que non ! Pourquoi vous insistez autant ? Regardez. Le motif est un peu différent, ici. »

Je montrai le blason, dont la peinture s'était en partie écaillée.

Heureusement que nous sommes une famille de vicomtes pauvre et insignifiante. Même le blason de notre calèche est usé à ce point.

L'homme eut un petit ricanement.

« Tu es un sacré numéro. »

« Vous êtes encore plus ridicule. Vous ne pourriez pas partir, maintenant ? »

L'homme hocha légèrement la tête.

« Soit. Je veux juste vérifier une chose. »

« Vérifier quoi... Ah ! »

L'homme passa à côté de moi en direction de la calèche.

En un clin d'œil, Axion pendait au bout de sa main.

« ! »

« Heuuu... heuuuwaaah... »

L'homme souleva tranquillement Axion par ses vêtements d'une seule main et fixa l'enfant, qui était au bord des larmes.

« On dirait que ça vient de lui. Cette énergie démoniaque de tout à l'heure. Tu es au courant, toi aussi, n'est-ce pas ? »

« Vous... ! »

Comment pouvait-il tenir un nouveau-né aussi négligemment, d'une seule main ?!

Je n'en pouvais plus. Je mis toute ma force dans la pointe de mon pied et lui assénai un violent coup dans le tibia.

« Argh ! D'où tu sors une force pareille... ! »

Mes jambes d'acier, forgées par des années de travaux des champs, faisaient effet même sur cet homme !

L'homme chancela.

Je rattrapai vite Axion qui tombait et le serrai fort dans mes bras.

Axion se mit aussitôt à hurler.

« Pff. Qu'est-ce qu'il y a dans le cœur de ce morveux ? »

Je répondis négligemment, sans la moindre trace de surprise.

« Un Cœur de Dragon. »

« ... Quoi ? »

« Quoi ? Vous n'avez jamais vu de bébé avec un Cœur de Dragon logé dans le cœur ? Tout le monde en a un, non ? »

« Qu'est-ce que tu racontes... »

L'homme avait l'air complètement abasourdi.

La force quitta la main qu'il avait posée contre la calèche.

C'est ma chance.

Je le repoussai de toutes mes forces et grimpai dans la calèche.

Mes bras, endurcis par des années d'agriculture, avaient assez de puissance pour écarter d'un seul coup même cet homme à la carrure solide !

Je claquai la portière et criai :

« En route ! »

Hiiiii !

Le cheval hennit et le cocher fit avancer la calèche.

Je verrouillai vite les portières et passai prudemment la tête par la fenêtre.

L'homme aux cheveux noirs était planté là, à regarder fixement dans notre direction, l'air hébété.

Il ne semblait pas avoir l'intention de nous poursuivre.

Je lui tirai la langue avant de rentrer la tête.

« Hmph. Quel énergumène. »

Heureusement, les yeux d'Axion avaient retrouvé leur couleur normale.

Je tentai doucement d'apaiser mon cœur qui battait la chamade tandis que nous rentrions.

***

Au nord-est de la Capitale impériale, en gravissant une route de montagne bien pavée, on trouvait un château qui se dressait fièrement au sommet du mont, adossé à une falaise.

C'était le château de la maison Siastor, une illustre famille qui gardait les Failles depuis des générations.

Ce lieu, situé assez loin de la Capitale impériale, était celui où s'ouvraient fréquemment des Failles reliées au monde des démons.

On racontait que le premier duc de Siastor avait délibérément choisi ce sommet escarpé pour y bâtir son château, afin de pouvoir sceller facilement les Failles et éliminer les démons qui tentaient de s'infiltrer jusqu'à la Capitale impériale.

Comme prévu, c'est vraiment un monde de fantasy.

Le monde du roman original débordait de termes comme démons, Rois Dragons, monstres, épées sacrées, artefacts divins et transcendants.

Quant à moi, je n'étais qu'une femme ordinaire d'une famille de vicomtes insignifiante, qui passait ses journées à cultiver la terre.

Apparemment, il y a des centaines d'années, alors que le continent avait failli être détruit par les attaques de monstres, un Transcendant maniant l'Épée sacrée avait sauvé le monde.

Plusieurs siècles s'étaient écoulés depuis, et ceux qui portaient le titre de Transcendant vivaient chacun avec le devoir de protéger le continent.

La maison Siastor était l'une de ces familles.

Autrement dit, le duc Dazar était lui aussi un Transcendant.

Tout comme ma future belle-fille, Vanilla.

Cela dit, j'ai entendu dire qu'ils avaient la même espérance de vie que les humains ordinaires, non ?

Quoi qu'il en soit, j'étais enfin arrivée à la résidence ducale de Siastor, où vivait l'un de ces Transcendants.

« Elston. Quel genre de personne est le duc Dazar ? »

Quand je regardai Elston avec des yeux légèrement brillants, il recula d'un pas.

« Quoi ? Pourquoi posez-vous une question qui vous ressemble si peu ? N'êtes-vous pas du genre à attraper les gens par le col d'abord et à poser les questions ensuite... Hum. Peu importe. Le duc Dazar est un homme extrêmement puissant. »

« Ah. Je parlais d'autre chose. »

« J-je ne crois pas qu'il fréquente quelqu'un en ce moment... »

« Qu'est-ce que vous racontez ? »

Je levai mon poing serré devant lui, et Elston finit par me donner une vraie réponse avec un petit cri effrayé.

« C'est quelqu'un d'assez intimidant. Disons qu'il a une présence si parfaite qu'on étouffe rien qu'à se tenir près de lui. Pour quelqu'un comme moi, qui mène une vie insouciante, il est plutôt pénible à fréquenter. »

« Voilà qui est rassurant. »

« Pardon ? »

« Au moins, vous savez que vous êtes un bon à rien. »

« ... »

Tandis que nous suivions le domestique vers le salon, les épaules d'Elston s'affaissèrent.

« Quoi qu'il en soit, vous comprendrez en le rencontrant. Il peut être effrayant parfois, mais c'est un gentilhomme très digne et très courtois. »

Un grand seigneur digne et courtois.

Et effrayant, en plus.

Je commençais à me sentir un peu nerveuse.

Je marchai d'un pas léger sur le sol de marbre poli tout en vérifiant ma tenue.

Je portais la robe la plus chère que j'avais au manoir, enfin, la plus chère, du moins.

Contrairement à d'habitude, j'avais aussi tressé mes cheveux sans serrer et les avais à moitié relevés.

Quand je le verrai, je lui expliquerai tout sur le riz comme il faut et je m'assurerai de conclure l'affaire !

Mon objectif était de fournir le riz que j'avais cultivé comme denrée alimentaire et d'en tirer une somme considérable.

Axion. Maman va gagner de l'argent pour toi !

Je serrai fort le poing et suivis le domestique dans le salon.

Le salon était ouvert, sans porte à proprement parler.

Le domestique entra et frappa légèrement contre le mur.

« Votre Grâce. Dame Cilia de la maison Evanroar et monsieur Elston, mage de la Tour des Mages, sont arrivés. »

Des canapés et une table étaient disposés pour les entrevues, mais personne n'y était assis.

À la place, je vis un homme debout près de la fenêtre, qui nous tournait le dos.

C'est donc lui, le duc Dazar Siastor.

Le duc Dazar se retourna lentement.

Tandis qu'il se tournait, la lumière du soleil qui traversait la vitre tomba sur sa joue.

Sa peau scintillait sous le soleil, comme si quelqu'un avait broyé des pierres précieuses et les avait répandues sur son visage.

Ses cheveux noirs, soigneusement plaqués en arrière, lui donnaient un air quelque peu austère, et en dessous brillaient deux yeux dorés.

Il portait un costume à l'évidence taillé sur mesure, et sa haute stature, bien charpentée, lui donnait tout l'air d'un parfait gentilhomme.

« Dame Evanroar ? »

Il murmura doucement en s'avançant vers moi.

Même ses simples pas avaient quelque chose d'élégant et de digne.

En un clin d'œil, le duc Dazar fut devant moi et baissa les yeux sur moi, le coin des lèvres légèrement relevé.

Ses cils épais s'abaissèrent doucement avec son léger sourire.

Je le fixai d'un air hébété.

Ce n'était absolument pas parce que son visage m'avait captivée.

Il chuchota :

« Quelle coïncidence. C'était donc vous, la petite demoiselle au hochet de l'autre jour. »

C'était le fou que j'avais croisé au cimetière la veille.

Oh, mon Dieu.

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