« Dernière candidate de la cérémonie d'entrée pour aujourd'hui. Candidate n° 100, la stagiaire Lee Sion, montez sur scène, s'il vous plaît ! »
La voix du présentateur retentit, et tous les regards se braquèrent sur moi.
« Unnie, courage ! »
Au moment où j'allais me lever, Suyeon, à côté de moi, serra le poing et m'adressa un regard fervent.
'Et si je désertais là, tout de suite, comme ça ?'
Je cours assez vite : les gens assisteraient à ma désertion sans rien pouvoir faire, sans même comprendre ce qui s'était passé.
Ensuite, je filerais à la maison en un éclair, je couperais tout contact pendant un moment et je me ferais oublier.
Bien sûr, Tata viendrait me tuer, mais Madame Sukja protégerait sûrement sa seule et unique fille, non ?
'Ou pas ? Elle serait bien capable de faire équipe avec elle.'
Un soupir m'échappa tout seul.
Si seulement mon numéro était passé plus tôt, je me serais humiliée une bonne fois pour toutes et l'affaire aurait été réglée, mais...
'Ryu Ayeon m'en veut pour quelque chose, ou quoi ?'
Je trouvais tellement injuste que ma prestation tombe juste après celle de Ryu Ayeon.
'Je n'ai rien à redire sur cette prestation. Ce n'est peut-être pas ce qu'une juge devrait dire, mais, candidate Ryu Ayeon...'
'Oui.'
'Merci de nous avoir offert une belle prestation.'
Je n'avais jamais rien vu de pareil de toute ma vie.
À vrai dire, ce serait mentir que de prétendre que je n'avais aucun préjugé sur les idols.
'Des idols ? Ce ne sont pas juste des gamins sans talent qui s'en sortent parce qu'ils sont jolis ou beaux gosses ?'
Ce genre de préjugé.
Mais en voyant ça de près aujourd'hui, j'avais compris à quel point ma façon de penser était superficielle.
Ce que Ryu Ayeon avait montré, avant de regagner sa place comme pour une relève de garde, avait réduit en miettes toute l'idée que je me faisais des idols.
Un drame qui scintille comme une étoile
Tout cela, c'est ma scène, à moi seule
C'était une chanson que j'entendais pour la première fois.
Une chorégraphie que je voyais pour la première fois.
Pourtant, quand Ryu Ayeon avait chanté le refrain, j'avais eu la chair de poule de la tête aux pieds.
Comment pouvait-on danser avec une telle intensité et chanter d'une voix aussi belle sans la moindre grimace d'effort ?
Pourquoi la scène où Ryu Ayeon était seule paraissait-elle plus pleine que celles montées par plusieurs candidates ?
Ma tête se remplissait de questions auxquelles je ne comprenais rien, mais mes yeux restaient rivés sur la scène, et je ne pouvais que fixer Ryu Ayeon, hébétée.
« Hum... vous êtes la dernière candidate. Vous êtes stagiaire indépendante, sans agence : combien de temps avez-vous été stagiaire, au juste ? »
« Trois... »
« Trois ans ? »
« Non... trois semaines. »
« Pardon ? »
Mais je n'avais plus le temps de penser à la prestation de Ryu Ayeon.
Faute d'avoir pu fuir, je m'étais retrouvée sur scène sans m'en rendre compte, et les juges avaient commencé leurs questions comme s'ils n'attendaient que ça.
Quand je dis que j'avais été stagiaire trois semaines, ils prirent des mines horrifiées.
'Sion, à partir de maintenant, c'est moi qui écris ton histoire. Tu n'as qu'à suivre le script que je te donne !'
Derrière les juges décontenancés, j'aperçus la PD Kim Miyoung, qui demande toujours si elle ne fait pas vingt ans alors qu'elle a clairement l'air d'une trentenaire aux yeux de tous, arborant un sourire louche.
'De toute façon, ton manque d'expérience de stagiaire se verra tout de suite, alors mieux vaut dire la vérité.'
C'était convaincant, je n'avais donc pas eu d'autre choix que de suivre.
« Alors, candidate Lee Sion, comment en êtes-vous venue à participer à Idol Ground 100 ? »
Remise de sa surprise, la juge Hyeryeong enchaîna avec une question tranchante.
Jusque-là, sauf quand elle commentait les prestations, Hyeryeong avait toujours traité les candidates avec douceur, mais, allez savoir pourquoi, son ton avait désormais quelque chose de nettement plus acéré.
'Et les juges verront forcément ça d'un mauvais œil. Tu pourrais passer pour quelqu'un qui veut juste passer à la télé, pas pour quelqu'un de sincère.'
Kim Miyoung. C'est une voyante, ou quoi ?
Comme tout se déroulait exactement comme Tata l'avait annoncé, je fus soulagée de ne pas m'être enfuie tout à l'heure.
Avec une telle clairvoyance, elle aurait sûrement creusé un piège quelconque en prévision de ma fuite.
« Je n'ai jamais vécu une seule fois selon ma propre volonté. »
« Pardon ? »
« Quand j'étais petite, je suis même entrée dans un centre pour enfants surdoués. Ma mère tenait énormément à mon éducation. »
Je pris le regard de quelqu'un qui exhume un mauvais souvenir.
Je n'avais jamais pris de cours de comédie, mais ce n'était pas difficile.
Parce que j'étais vraiment triste, à cet instant.
'Ryu Ayeon, pourquoi il a fallu que tu fasses une prestation pareille juste avant moi !!!'
Quoi qu'il en soit, grâce à mon interprétation passionnée, l'ambiance du plateau était en train de passer, sans qu'on s'en rende compte, de l'émission de divertissement au documentaire.
« Ensuite, je n'ai agi que selon les souhaits de ma mère, mais ce que je voulais vraiment, ce n'était pas étudier : c'était devenir idol. »
« Comment vous est venue l'envie de devenir idol ? »
« Au début, c'était juste de la curiosité, mais en voyant les prestations des idols, je les ai trouvées tellement cool. Alors, à un moment, je me suis mise à vouloir monter sur une scène comme celle-là, moi aussi. »
Au fil de la conversation, l'humeur des juges s'était beaucoup adoucie.
Tout à l'heure encore, leurs yeux n'étaient que soupçon et méfiance à mon égard, mais à présent, ils exprimaient de la compassion et de la chaleur.
'Une histoire a toujours besoin d'un méchant. Désolée pour ta mère, mais on part sur la stratégie Cendrillon et sa belle-mère.'
Du fond du cœur, je présentai mes excuses sincères à Maman.
Mais tout cela faisait partie du processus pour toucher le million de wons du contrat, alors Madame Sukja comprendrait.
La piété filiale, c'est comme les devoirs de vacances.
Il ne faut pas tout faire à la dernière minute, mais on finit toujours par tout faire à la dernière minute.
Si je gagne un million de wons, que je décroche le gros lot avec le Bitcoin et que je fais preuve d'une piété filiale encore plus grande avec ça, tout sera réglé.
« Plutôt que de continuer la vie que ma mère a tracée pour moi, je veux essayer de vivre pour le rêve que, moi, je veux... »
'Si tu peux arracher des larmes à ce moment-là, arrache-les !'
Honnêtement, quand j'avais entendu le script de Tata la première fois, je m'étais demandé comment j'étais censée pleurer, alors que je ne suis même pas actrice.
'Ça marche ?'
En me remémorant la dure oppression que m'avait fait subir Madame Sukja pendant toutes ces années (claques dans le dos, coups de pied aux fesses, coups de cuillère sur le front, etc.), je sentis les larmes couler toutes seules.
« J'ai aimé la réponse de la candidate Lee Sion : j'ai senti votre sincérité. Pour être franche, comme vous êtes stagiaire indépendante et que vous n'avez jamais été dans une agence, j'étais très inquiète. Mais avec la passion que vous venez de montrer, je pense que vous pouvez vous en sortir. »
« Eh bien, personne n'est parfait dès le départ. J'espère que vous apprendrez beaucoup dans Idol Ground 100. »
« Courir vers le rêve qu'on veut, c'est toujours beau à voir. Ça donne envie de vous encourager. »
« ... Merci. »
Je vais devenir folle.
Est-ce que j'avais, contre toute attente, un talent d'actrice ?
En voyant les visages des juges, qui m'encourageaient soudain avec des yeux pleins de chaleur, je sentis l'émotion qu'on appelle culpabilité, scellée depuis l'enfance, relever doucement la tête.
Tchk.
Mais même cette culpabilité s'évanouit complètement quand j'aperçus Tata derrière les juges, un sourire satisfait aux lèvres, qui me levait discrètement le pouce.
Ce démon de l'audimat avait sûrement perdu toute émotion humaine.
« Mais la prestation, nous allons la juger froidement. Quelle chanson avez-vous préparée aujourd'hui ? »
L'atmosphère attendrissante fut de courte durée.
Comme s'ils avaient fini de me cerner, les juges demandèrent à voir la prestation que j'avais préparée.
« Je... »
C'était un moment auquel je ne pouvais plus échapper.
***
'C'est trop drôle !'
Hyeryeong avait du mal à se retenir d'éclater de rire.
La prestation dont elle venait d'être témoin était, dans un autre sens, une première dans sa vie : absurde, mais surtout divertissante.
« Elle n'est pas du tout comme elle en a l'air, hein ? »
« Toi aussi, tu l'as senti, unnie ? »
« Ouais. Honnêtement, je pensais la sermonner après la prestation, mais sans m'en rendre compte, je n'ai pas arrêté de rire. »
La chorégraphe Lee Jungyoon, qui siégeait comme juge aux côtés de Hyeryeong, était assez proche d'elle.
Ayant signé plusieurs chorégraphies des G.G., elles s'étaient liées en galérant ensemble.
C'était d'ailleurs en partie parce que Jungyoon avait accepté d'y participer avec elle que Hyeryeong avait pris le poste de juge d'Idol Ground 100.
« Elle a vraiment du culot. »
Même en parlant, Jungyoon ne parvenait pas à effacer le sourire de ses lèvres.
« Exactement. D'habitude, quand on est aussi mauvaise, soit on se recroqueville toute seule, soit on se fait plus discrète. »
« Et bizarrement, les angles sont quand même en place, hein ? »
« C'est ça. La danse ignorait le rythme et les enchaînements étaient catastrophiques, mais bizarrement, elle tombait quand même les angles. »
La prestation que venait de livrer la dernière candidate, Lee Sion, avait été un choc et une horreur.
Il existe une expression : la honte par procuration.
Quand quelqu'un d'autre fait quelque chose de gênant ou de ridicule, même la personne qui regarde ressent de la honte, comme si ça lui arrivait à elle.
C'était exactement l'effet de la prestation de Lee Sion.
Une prestation complètement ratée, qui faisait ressentir de la honte à ceux qui la regardaient.
'Je savais qu'elle n'y arriverait pas, vu qu'elle n'a pas été stagiaire, mais qu'elle ait tenu bon jusqu'au bout avec un tel aplomb, c'est incroyable.'
Pourtant, plus encore que le manque de niveau, ce qui stupéfiait Hyeryeong et Jungyoon, c'était que la candidate Lee Sion avait mené sa prestation jusqu'au bout.
D'ordinaire, lors d'une prestation ratée comme celle-là, on se laisse décourager à mi-chemin par les regards autour de soi, et la scène tourne encore plus au désastre.
Or la candidate n° 100, Lee Sion, avait laissé une forte impression rien que par son expression : assez assurée pour ne pas s'avouer vaincue face à Ryu Ayeon.
« Sa visuelle, c'est de la triche. »
« Ne m'en parle pas. Franchement, même cette prestation, si un réalisateur expérimenté la découpait en plans et la montait, il arriverait sûrement à la rendre crédible, tu ne crois pas ? »
Le niveau mis à part, il y avait aussi le fait que, sur le plan de la visuelle, elle était la meilleure des candidates de cette session.
On avait l'impression qu'elle couvrait son chant et sa danse en ruine avec son visage.
« Mais unnie, on dirait que toi non plus, tu n'as rien remarqué. »
« Remarqué quoi ? »
À la question de Jungyoon, Hyeryeong prit un air entendu et se mit à la taquiner.
« C'est le genre de chose que seules les chanteuses en activité comme moi peuvent repérer. »
« Allez, c'est quoi ? »
« Tu sais qu'elle n'a pas repris son souffle une seule fois pendant la prestation ? »
« Quoi ? Non... attends une seconde. »
Aux mots de Hyeryeong, Jungyoon se remémora en hâte la prestation qu'elles venaient de voir.
En repassant ses souvenirs étape par étape, l'image de Sion ne reprenant pas une seule fois son souffle de toute la prestation lui revint.
« Quoi ?! C'est seulement possible ? »
« Ça ne l'est pas. Surtout que "cette chanson" a l'air ludique, mais tu sais à quel point c'est dur quand on la fait soi-même. »
Hyeryeong savait que la chanson choisie par Sion n'avait rien de facile.
Les gens pouvaient dire « C'est dur, ça ? » en l'écoutant, mais il y a une grande différence entre regarder et faire.
Et c'était particulièrement vrai pour cette chanson.
En surface, elle paraissait douce et facile, avec une chorégraphie qui, d'une certaine façon, ressemblait à une gymnastique pour enfants.
'Si on essaie vraiment de la chanter, on est essoufflé en moins d'une minute.'
Comme le chanteur original était d'une habileté extrême, il la digérait sans peine ; mais la difficulté en elle-même dépassait de loin celle de la plupart des chansons.
Et pourtant, une chanson pareille, même si c'était un désastre complet, elle l'avait chantée jusqu'au bout sans reprendre son souffle une seule fois.
« Tu y arriverais, toi ? »
« Moi ? Tu veux la vérité ? »
« Ouais. Ça m'intéresse tout d'un coup. »
« Secret. »
« C'est quoi, ça, depuis quand on a le droit ! »
Tout en répondant « secret » juste pour taquiner Jungyoon, Hyeryeong pensait :
'Je n'y arriverais pas. Et si moi je n'y arrive pas, combien de chanteuses en Corée pourraient la chanter comme ça ?'
Hyeryeong avait confiance en son propre talent.
À ses débuts, elle avait serré les dents pour effacer la réputation de faiblesse au chant qu'on lui prêtait, et elle avait même fini par tenir des parties de chant principal.
Mais même Hyeryeong, si elle pouvait reprendre la chanson n'importe quand, ne se croyait pas capable de la suivre comme Sion venait de le faire, sans reprendre son souffle une seule fois.
***
« Je ne savais pas que tu avais vécu tout ça, unnie... snif. »
Un sanglot nasillard, reniflant, à côté de moi.
« Ça va. »
« Je croyais être la seule à souffrir, mais toi, unnie, tu as nourri un rêve malgré l'oppression de tes parents ! Tu es vraiment incroyable. »
Tais-toi, je t'en supplie.
Pour faire taire Suyeon, j'avais envie d'employer la force, si seulement je le pouvais.
Note F.
L'étiquette misérable collée sur mon badge de numéro me donnait envie de mourir de honte, et en plus, Suyeon, à côté, en rajoutait en répétant que c'était une prestation tellement émouvante : j'étais sur le point de devenir folle.
'Ils vont couper au montage, hein ? Tata a beau être folle d'audimat, elle ne vendrait pas sa propre nièce, si ?'
Si les images de ma prestation passaient à l'antenne, je risquais de devoir vivre en recluse, non plus par choix mais par contrainte.
Qu'elle devine ce que je ressentais ou non, Suyeon ne faisait que répéter que c'était une prestation géniale.
Note B.
Ce qui me rendait encore plus misérable, c'était l'étiquette B collée sur le badge de Suyeon.
« On dirait que les juges m'ont bien vue. »
Elle qui tremblait jusqu'au moment de monter sur scène avait fait une prestation solide et était revenue en parlant même avec modestie.
Dire que j'avais donné des conseils à côté de la plaque à une fille pareille.
J'avais encore plus envie de disparaître quelque part.
« Il paraît qu'on part au dortoir maintenant. J'espère qu'on sera dans la même chambre, unnie. »
« ... D'accord. »
Non, je ne me sentais pas capable de continuer à regarder la tête de cette gamine.
J'aurais préféré être avec des inconnues ; je ne voulais pas être avec quelqu'un que je connaissais et qui avait vu ma honte.
Mais...
« Unnie, on est vraiment dans la même chambre !!! »
Le ciel m'avait abandonnée.
