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Chapitre 14

Chapitre 14 - Décalage (4)

7 novembre 2026 ~12 min · 2 400 mots

Hakan, la Faiseuse de drogue, de son vrai nom Hakante Kanariel.

Une alchimiste. Pas de celles qui tournent une louche devant un bocal dans une pièce retirée de l'école de soins, mais une alchimiste de l'école Sanguine.

L'école Sanguine.

Une école d'alchimie qui se sert du sang comme catalyseur.

Certains disaient : « Ils ont dans les veines quelque chose de plus dangereux qu'une lame. » Le jour où Hakan l'avait entendu, elle avait éclaté de rire avant de répondre :

C'est un jugement tout à fait exact.

Fssht.

Hakan répandit son propre sang.

À l'instant où il toucha le sol, il se vaporisa. Le sang devint une brume qui enveloppa la ruelle comme un brouillard. C'était une sorte de dopant de sa composition.

Un dopant qui poussait à leurs limites les capacités physiques, la force comme les réflexes, en plongeant le corps dans un état d'excitation.

La drogue injectée plus tôt aux drogués réagit au composant dopant. Dès qu'ils eurent inhalé la brume, leurs yeux se veinèrent de rouge.

Graaaah !

Ils hurlèrent et chargèrent Najin, bien plus vite qu'avant.

'Je gardais ça pour plus tard.'

Hakan s'échauffa en respirant la brume.

Le dopant ne lui causait aucun effet secondaire, mais pour les autres, c'était un poison à double tranchant. À la seconde où ils l'inhalaient, il leur apportait un renforcement spectaculaire et une euphorie, mais...

Hakan plissa les yeux en observant les drogués.

Leurs corps se mirent à craquer bruyamment. Le bruit de corps qui commençaient à se désagréger. C'était l'effet secondaire de ce dopant : le renforcement se payait par la dégradation du corps. Bientôt, ils ne pourraient plus bouger.

Pour faire simple, il était fait pour une bataille décisive et brève.

Elle le réservait à Ivan, mais puisque le garçon avait montré cette lumière, il fallait l'enterrer ici. Impossible de savoir quelles inconnues il risquait d'introduire. Et, avec le recul, sa décision était la bonne.

Bang.

Najin, qui avait bondi des murs de la ruelle, abattit son épée. La lame, nimbée d'un éclat blanc, trancha trois corps d'un seul coup. Malgré leurs capacités physiques renforcées par le dopant, les drogués ne purent réagir à l'épée de Najin.

Ils accéléraient grâce à la drogue ; Najin, grâce au mana.

Encore un peu maladroit dans ses mouvements accélérés, Najin massacrait les drogués sans pitié et avançait. Ses déplacements en zigzag d'un mur à l'autre avaient quelque chose d'acrobatique.

Fracas.

À chaque coup d'épée, des bras et des têtes tranchés tombaient au sol. Quand les corps sans tête s'apprêtaient à exploser, Najin les projetait d'un coup de pied ou les lançait au loin. Tous ses gestes étaient d'une vitesse stupéfiante.

Quand Najin frappait du pied, cela ne faisait plus un simple « bom ». Le sol se brisait sous lui tandis qu'il s'élançait.

Grooaar !

Les drogués avaient beau tomber par dizaines, ils se jetaient sur Najin sans relâche.

Voyant la meute bondir vers lui, Najin sauta en arrière pour la première fois.

Mais ce n'était pas une retraite.

Najin recula d'un grand bond et atterrit en enfonçant profondément les pieds dans le sol. Il expira lentement, l'épée pendant derrière lui.

« Ouf... »

L'espace que Najin avait créé en reculant lui servait d'élan. Au moment où les drogués firent un pas vers lui...

Boum !

Najin frappa le sol du pied.

Une accélération si rapide que l'œil peinait à la suivre. L'aura d'épée blanche, traînant derrière elle comme un météore, traversa la ruelle. Arrivé sur sa cible, Najin abattit son épée en pivotant les hanches.

Un coup horizontal improbable dans une ruelle aussi étroite.

Pourtant, la lame de Najin ne rebondit pas sur le mur : elle le trancha net. Sans rencontrer la moindre résistance, elle ressortit de l'autre côté. La puissance tranchante de l'aura d'épée affranchissait Najin des contraintes du terrain.

Tchac !

Ce large coup d'épée fendit tous les drogués qui lui barraient la route. Tandis que leurs corps coupés en deux se mettaient à trembler, Najin frappa de nouveau le sol et fonça.

Boum !

L'explosion derrière lui le propulsa encore plus loin, vers Hakan. Viser la commandante, Hakan, était le meilleur choix pour Najin.

Le meilleur choix, oui. Mais Najin avait négligé une chose.

Il ne comprenait rien à l'alchimie.

Il ignorait ce qu'était l'école Sanguine.

Najin ne savait pas comment Hakan se battait.

Une conclusion tirée d'un minimum d'informations.

C'était le meilleur choix, pas forcément le bon. Au moment où Najin abattit son épée sur Hakan, il le vit. Hakan lui souriait. Ce n'était pas le sourire de quelqu'un acculé.

Bien au contraire. Le sourire d'un chasseur qui a acculé sa proie.

... L'école Sanguine.

À cet instant, la ruelle était pleine de sang. Le sang versé par des dizaines de drogués, projeté dans tous les sens par leurs explosions. Il y en avait partout où Najin posait le pied, et même l'épée qu'il tenait en était rougie.

Comme les drogués avaient absorbé la brume et des drogues faites à partir du sang d'Hakan, le sang qu'ils avaient répandu était mêlé au sien.

Par conséquent, tout ce sang était...

Un catalyseur impeccable pour Hakan, alchimiste de l'école Sanguine.

Clac.

Hakan claqua des doigts.

Aussitôt, la ruelle se teinta de pourpre. Avec le sang répandu tout autour pour catalyseur, l'alchimie d'Hakan était simple, mais efficace.

Une explosion.

Boum !

La ruelle trembla sous une détonation assourdissante, sans commune mesure avec les explosions des drogués. L'onde de choc balaya les murs et fit dégringoler des pierres avec des chocs sourds.

Poussière et air brûlant s'élevèrent.

Hakan balaya l'air de la main pour dégager sa vue.

Quand la poussière retomba, elle révéla une ruelle dévastée et le garçon, projeté hors de la ruelle par le souffle.

« Heh. »

Hakan gloussa.

Pris dans une telle explosion, le garçon tenait pourtant encore debout, appuyé sur son épée.

Soutenu par son épée, Najin restait droit.

En une fraction de seconde, il avait ramené un bras pour se protéger le visage ; ce bras pendait, inerte, mais son visage était intact. Ses yeux, aux couleurs du soleil couchant, fixaient toujours Hakan avec hargne.

Des yeux glaçants.

Et Hakan les reconnut.

C'étaient les mêmes yeux que ceux du chevalier d'Atanga qui l'avait jetée dans cette ville dix-sept ans plus tôt. Un frisson lui parcourut l'échine, et Hakan tordit les lèvres en un sourire.

« Voyons voir. »

Hakan fit un geste.

« Combien de temps tu vas tenir ? »

Quand tu ne pourras plus bouger, je t'arracherai ces deux yeux.

Elle avait consommé bon nombre de drogués, mais il lui restait des forces considérables, fruit de dix-sept ans de préparation.

Désormais, ce n'était plus seulement de derrière elle : de toute la ville, les drogués commençaient à affluer vers Najin.

Et Najin...

Se contenta de raffermir sa prise sur son épée. L'aura d'épée qui émanait de sa lame ne vacillait pas.

Hakan, qui souriait à l'idée d'achever le garçon et de lui arracher ces yeux déplaisants, cessa peu à peu de rire. Son visage se raidit.

« C'est quoi, ce délire ? »

Elle murmura, incrédule.

Elle l'avait acculé.

Elle avait sorti son atout caché, épuisé son endurance, l'avait pris dans une explosion et lui avait brisé un bras. Au premier coup d'œil, le garçon était loin d'être en état. Il paraissait si malmené et si meurtri qu'on n'aurait pas été surpris de le voir s'effondrer d'un instant à l'autre.

Alors pourquoi était-il devenu plus rapide ?

Hakan le voyait de ses propres yeux.

Najin affrontait maintenant des drogués qui affluaient de toutes parts, et non plus seulement de face. La situation avait empiré, sa blessure rendait le combat plus rude, et pourtant Najin semblait bouger encore plus vite qu'avant.

Le garçon qui, par moments, paraissait emporté par sa propre épée avait disparu.

En ce court laps de temps, comme s'il s'était habitué à manier le mana, Najin se déplaçait plus vite et taillait dans les drogués qui se déversaient de tous côtés.

« Cet Ivan, qu'est-ce qu'il a bien pu cacher ? »

C'était étrange. Bien trop étrange.

Avait-on jamais vu quelqu'un de cet âge capable de bouger ainsi, et à plus forte raison de produire une aura d'épée ? Même aux yeux d'Hakan, qui ne connaissait pas grand-chose à l'histoire des épéistes, cela paraissait anormal.

Un corps meurtri.

Et pourtant, plus il se dégradait, plus l'aura d'épée brillait.

La lumière logée dans l'épée du garçon s'intensifiait avec le temps, passant de simples fragments à une aura d'épée complète.

« C'est de la folie. »

Il grandissait encore.

Ses mouvements devenaient plus rapides, plus précis, plus efficaces. Si cela continuait, il allait la rattraper. Elle n'avait pas envie de l'admettre, mais Hakan savait qu'il fallait se rendre à l'évidence.

Tchac !

Le chemin s'ouvrit dans le sillage du coup d'épée du garçon.

Les yeux couleur de couchant brillaient d'un éclat menaçant dans la pénombre de la Ville Souterraine. Alors qu'elle aurait dû avoir l'avantage, Hakan sentait l'angoisse monter.

Le cours du combat s'inversait.

Si cela continuait...

Crac.

À cet instant, un bruit ténu fit plisser les yeux d'Hakan. Il venait de l'épée du garçon. Hakan le vit.

« Ah. »

Hakan éclata de rire.

Elle l'avait vue. La fine fissure sur l'épée de Najin, qui s'étendait peu à peu à chaque coup.

Une épée trop sollicitée.

Une épée qui avait encaissé l'explosion de plein fouet.

Sous le choc, de petites fissures étaient apparues sur l'épée de Najin et en avaient faussé l'équilibre.

En temps normal, cela n'aurait pas posé de problème, mais...

Najin extrayait une aura d'épée brute et instable.

Cette énergie turbulente rongeait l'épée et épuisait rapidement sa durée de vie. Najin progressait à toute vitesse depuis qu'il avait franchi cette ligne, mais sa progression ne concernait que lui.

Najin pouvait évoluer.

L'épée qu'il tenait, elle, ne pouvait pas suivre.

Crac !

L'épée de Najin finit par se briser. À l'instant où elle cassa, l'éclat blanc accroché à la lame se dispersa. Avec la mort de l'épée, le garçon rayonnant perdit sa lumière.

« Tuez-le », ordonna Hakan.

Les drogués se ruèrent sur le garçon éteint et dérobèrent à la vue ses yeux couleur de couchant.

***

L'épée était brisée.

Sans elle, la victoire était impossible.

Najin serra les dents et roula sur le côté pour échapper à l'assaut des drogués, puis se mit à courir. Mais il n'y avait nulle part où fuir. Hakan avait répandu des drogués dans tout le territoire d'Ivan ; où que Najin aille, il en surgissait.

Il fallait se battre.

Mais comment ?

Il lui fallait une arme. Une arme capable de supporter son aura d'épée, solide et incassable. La première option réaliste qui lui vint à l'esprit fut d'aller à la forge du vieux Hogel.

'Si seulement l'épée était terminée.'

Même si elle ne l'était pas, en emportant des dizaines d'épées et en les brisant au combat une à une, il pourrait peut-être tenir.

'Mais c'est impossible.'

Le trajet était trop long ; sans arme, il ne percerait jamais la horde de drogués. Pour l'instant, il bougeait sans ressentir la douleur, mais Najin sentait que cela ne durerait pas. Son corps commençait peu à peu à lui faire mal.

La défaite, c'était la mort.

Il ne pouvait pas mourir ici, pas alors qu'il venait tout juste de commencer à dépasser ses limites. Tandis qu'il cherchait désespérément une solution, une pensée frappa Najin.

'Retire l'épée.'

Une voix résonna à ses oreilles, celle-là même qui l'avait tourmenté pendant treize jours. Lui qui s'était toujours résigné, Najin s'accrocha au désir qui résonnait à ses oreilles.

Oui, il existait une arme.

Une épée qui ne se briserait jamais, qui pourrait supporter son aura d'épée. L'épée légendaire.

'Mais ça...'

C'était une chose qu'un moins-que-rien des bas-fonds de la Ville Souterraine comme lui ne devait jamais toucher. La toucher, c'était la mort. Elle était intouchable. Et il n'était même pas sûr de pouvoir la retirer.

On ne parie pas sur une incertitude.

Mais Najin s'aperçut qu'il courait déjà vers la place. Les soldats qui gardaient l'épée avaient disparu, et le drap qui recouvrait Excalibur n'était plus là. L'épée était à découvert.

Excalibur, couleur de platine.

L'Épée des Étoiles, treize étoiles gravées sur sa lame.

Face à Excalibur, les yeux de Najin prirent une teinte de platine. La lumière stellaire. Devant la lumière qu'il avait tant désirée, Najin sourit sincèrement : pas de moquerie, pas de dérision, une joie pure.

L'étoile à laquelle il avait tant aspiré.

Dans l'obscurité de la Ville Souterraine, à la vue de l'étoile éclatante, l'esprit du garçon s'emplit d'un désir pur. Inquiétudes, tourments, interdit de briser les règles : tout s'évapora, il ne resta qu'un pur désir.

« Quitte à mourir de toute façon. »

La mort était inévitable, dans un cas comme dans l'autre.

S'il ne faisait rien, les drogués le rattraperaient et le tueraient.

Si la mort était certaine, s'il devait ramper tout en bas et y crever...

« Autant essayer. »

Najin bondit.

Le garçon, qui avait commencé à franchir les limites, ne pensait plus aux conséquences.

Concentré sur le seul présent, il courut vers l'épée sacrée.

Rien ne garantissait qu'il pourrait la retirer, mais...

'Je peux la retirer.'

Non.

Il en était certain.

Il pouvait retirer l'épée. Son intuition, qui ne l'avait jamais trahi, le lui criait. Il pouvait la retirer. Se fiant comme toujours à son intuition, Najin tendit la main vers l'épée plantée dans le rocher.

Hakan, arrivée sur la place, en fut témoin elle aussi. Elle éclata de rire en voyant le garçon tendre la main vers Excalibur, le croyant devenu fou.

Malgré tout son talent, pouvait-il vraiment croire qu'il retirerait cette épée ? L'épée que personne n'avait pu retirer depuis des siècles ?

Mais alors...

À l'instant où la main de Najin toucha Excalibur.

Hakan ne put plus rire. Son sourire narquois s'effaça et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur.

Dooong, dooooong...

Une cloche majestueuse sonna, et son écho se répandit tout autour. Sous la réverbération, les drogués furent renversés, et même Hakan trébucha et tomba.

À terre, Hakan le vit.

Excalibur, qui se mettait à briller dès que le garçon l'avait touchée. L'épée légendaire, vibrant d'un puissant chant d'épée, était ramenée dans le monde réel par un simple garçon.

Crrr !

L'épée sortait de la pierre.

Excalibur, que l'on croyait n'être qu'une légende parce qu'elle était restée inébranlable des siècles durant, répondait à présent à l'appel du garçon.

Crac !

L'épée émergea du rocher.

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