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Chapitre 13

Chapitre 13 : Décalage (3)

4 novembre 2026 ~15 min · 2 814 mots

La souveraine de la décharge, Hakan, la Faiseuse de drogue.

Najin ne savait pas grand-chose de cette personne. Son sexe, son âge, sa vie, son apparence : on ignorait tout de la Faiseuse de drogue.

« Tu sais qui je suis ? »

Les seules choses que Najin savait d'elle, c'est qu'elle était alchimiste, et une adversaire redoutable, comparable à Ivan.

'Peu d'informations, mais...'

Ces quelques éléments suffisaient. Ils étaient plus que suffisants pour associer la femme qui se tenait devant lui à la Faiseuse de drogue.

« La Faiseuse de drogue. »

Le poids oppressant qui pesait sur ses épaules et l'acuité de ses sens donnèrent la réponse à Najin.

« Hakan, la Faiseuse de drogue. »

Sur cette déclaration, Najin se mit en garde.

La femme eut un sourire narquois. Ses lèvres se retroussèrent et ses yeux se plissèrent. Elle posa sur Najin un regard mi-clos et prit la parole.

« Bon instinct. Esprit vif. Mais la conclusion à laquelle tu arrives ne me plaît pas beaucoup. »

Elle ne démentit pas la supposition de Najin.

Hakan, la Faiseuse de drogue, pointa le doigt droit vers la lame que Najin braquait sur elle.

« Tu ne t'enfuis pas ? Si tu es si sûr que je suis Hakan, la Faiseuse de drogue, tu ne devrais pas plutôt prendre tes jambes à ton cou ? »

Une figure puissante, à la hauteur d'Ivan et d'Horace.

Face à une adversaire écrasante, la fuite n'était-elle pas le bon choix ? C'était ce qu'elle lui demandait.

« La règle d'Ivan, c'est de frapper le premier quand le chef d'une autre organisation entre sur notre territoire. »

« Et pourtant, Ivan n'est pas là, n'est-ce pas ? »

Savait-elle qu'il était absent ?

Le soutien dans lequel Horace avait placé sa confiance. Se pouvait-il que ce soit Hakan, la Faiseuse de drogue ? Vu la façon dont l'officier d'Horace venait d'exploser à l'instant, leur relation semblait loin d'être une collaboration.

... Peu importe.

Najin serra fort l'épée qu'Ivan lui avait confiée.

« Une règle est une règle. »

« Tu es bien consciencieux pour rien, petit. »

Hakan haussa les épaules et fit claquer son doigt.

Bzzzz... Le même bourdonnement retentit de nouveau. Ceux qui se tenaient derrière Hakan, l'air hagard, réagirent au bruit.

Ils regardèrent leur maîtresse, Hakan.

Puis le bout de son doigt tendu.

Il désignait Najin. Ils se ruèrent aussitôt vers lui. Des dizaines de drogués. Najin regarda ces gens dont les yeux et les oreilles suintaient de sang, et poussa un long soupir.

Il ne bougea pas.

Ce n'était pas seulement à cause de la règle fixée par Ivan. C'était de l'intuition. Plus il s'éloignerait de la Faiseuse de drogue, plus ce serait dangereux.

Ils étaient nombreux.

Les yeux de Najin bougeaient à toute vitesse.

En comptant ceux qui entouraient la Faiseuse de drogue et ceux qui le repoussaient, il y avait plus de vingt drogués, rien que dans son champ de vision...

'On dirait qu'il y en a d'autres derrière.'

Ce n'était que la première vague.

Il sentait d'autres présences derrière Hakan. Et ce n'était pas tout. Vu les cris qui résonnaient dans toute la ville et l'explosion qu'il avait entendue plus tôt, ils pouvaient être plus d'une centaine.

Ivan et Offen étaient absents.

Aucun renfort à attendre des membres de l'organisation.

Et il manquait d'informations sur son adversaire.

C'était le pire des scénarios, une situation au bord de la mort, et tout ce qu'il avait en main, c'était une seule épée.

'Mais ce n'est pas une épée ordinaire.'

L'épée qu'Ivan lui avait lancée.

C'était un chef-d'œuvre, bien différent des épées que Najin utilisait d'habitude, le symbole de la valeur qu'il avait prouvée à Ivan.

Les yeux de Najin cessèrent d'errer. Ils se posèrent sur Hakan, qui se tenait au-delà des drogués.

Les drogués bougeaient sur l'ordre d'Hakan, le cerveau de toute cette situation. Ivan le répétait toujours : au combat, le premier à abattre, c'est le chef, le responsable. Les yeux de Najin, teintés de la couleur du couchant, vacillèrent un bref instant.

Bang !

Najin passa à l'action.

Une brusque accélération. En un instant, Najin combla la distance et abattit son épée sur la nuque d'un drogué qui lui barrait le chemin.

Sssshk.

Le sang gicla le long de la trajectoire fluide de la lame.

Un frisson.

Au moment où la nuque fut tranchée, le corps du drogué fut pris de violentes convulsions. Il enfla. Sans hésiter, Najin repoussa d'un coup de pied le cadavre décapité.

Boum !

Plusieurs drogués furent pris dans l'explosion. Des bras furent arrachés, des jambes volèrent en l'air, mais ils continuaient d'avancer vers Najin comme s'ils ne sentaient aucune douleur. Najin fronça légèrement les sourcils devant ce spectacle.

'On dirait les morts-vivants des contes...'

Vivants ou morts ?

L'odeur des cadavres en putréfaction et des humains en décomposition. Certains étaient sans aucun doute des cadavres, mais rien ne garantissait qu'ils étaient tous morts. La situation était trop critique pour s'attarder sur ce genre d'incertitudes.

Au lieu de réfléchir, Najin jugea et agit.

'Le rayon de l'explosion fait environ trois pas.'

Le délai avant l'explosion ?

Moins de deux secondes après les convulsions.

Les conditions de l'explosion ?

De toute évidence, trancher la nuque et s'assurer de la mort la déclenchait. Mais rien ne garantissait qu'ils n'exploseraient pas vivants. Il semblait donc nécessaire de garder au moins trois pas de distance.

Évaluer la situation. Organiser les informations.

Il ne restait plus qu'à agir.

Najin laissa traîner son épée bas. La première chose qu'il avait apprise d'Ivan, c'était à affronter plusieurs adversaires.

« Peu importe à quel point tu es doué et sensible. »

« Avant de manier sérieusement le mana, finir embroché et mort, ça revient au même. Alors, comment tu t'y prends ? »

Une tactique gravée dans son corps du temps où il travaillait comme bourreau.

Employée encore et encore, dans d'innombrables situations.

« Un, bloquer l'approche. »

D'un balayage bas, son épée glissa sur les chevilles des drogués. Sssk : certaines chevilles furent tranchées, d'autres profondément entaillées, si bien qu'ils ne pouvaient plus tenir debout. Quatre drogués tombèrent et bouchèrent le passage.

« Deux, les attirer dans un espace étroit. »

Une ruelle étroite, ouverte à l'arrière.

Les ennemis ne pouvaient arriver que par devant, et les quatre tombés retardaient l'avancée du rang suivant.

« Ce qui reste, tu le sais. »

« Tu le sais, non ? Tu l'as appris. »

Fais ce que tu sais faire de mieux.

Juge, et joue ton meilleur coup à chaque situation.

Enjambant les corps, Najin balaya de son épée les nuques des drogués du rang arrière qui tentaient d'avancer. Aussitôt le coup porté, il bondit en arrière.

Boum !

Ceux qui se trouvaient près de l'explosion perdirent des jambes ou des chevilles. Leurs corps s'entassèrent et bloquèrent à nouveau le passage. Le fracas de l'explosion, les éclaboussures de sang et de chair : c'était atroce.

Pas un spectacle pour les âmes sensibles.

Même pour Najin, qui avait vu la mort dès son plus jeune âge, la scène avait de quoi retourner l'estomac. Najin essuya du revers de la main le sang qui lui avait éclaboussé le visage, et s'élança.

Dans la ruelle étroite, l'épée de Najin étincelait. Il tranchait ou repoussait d'un coup de pied ceux qui se trouvaient à moins de trois pas, en essayant de réduire l'écart avec Hakan.

Mais la distance ne semblait jamais diminuer.

'Ils n'arrêtent pas d'arriver. Sans fin.'

Il les repoussait, d'autres arrivaient, en nombre écrasant. Najin, qui avançait jusque-là, commença à reculer.

Un pas, deux pas, trois pas...

À ce rythme, il allait être repoussé hors de la ruelle.

Un espace large. S'il était repoussé dans un endroit où on pouvait l'encercler, ce serait la fin. Najin serra les dents. Si c'était Ivan, ça ne se passerait pas comme ça. Si Ivan était là, il aurait été plus rapide, plus tranchant...

Alors.

Tac.

Comme ça.

Sssk.

Najin plongea vivement et abattit son épée comme Ivan. Son corps suivit la trajectoire idéale qu'il n'avait fait qu'imaginer, et sa lame fendit l'air dans un éclair. Les yeux de Najin s'écarquillèrent.

'Encore ça.'

Une sensation inhabituelle, comme si quelque chose propulsait son corps.

Ce n'était pas quelque chose que Najin pouvait contrôler. Ça venait d'instinct, par réflexe.

'Mais...'

Pour s'en sortir, il avait besoin de ce mouvement.

Najin se concentra sur Hakan, qui se tenait au-delà de la horde de drogués.

« ... »

En silence, elle se contentait de lever les yeux vers le ciel. Ça voulait dire qu'elle ne le considérait pas comme un adversaire digne de ce nom.

Elle ne déployait pas toute sa force.

Son regard était tourné vers « la suite », pas vers lui.

Ça agaçait un peu Najin. Un agacement monta en lui devant cette adversaire puissante qui ne daignait même pas le reconnaître.

'Voyons combien de temps tu vas rester si détendue.'

Najin bougea en gardant en tête la sensation qu'il venait d'éprouver. Il avança en se représentant la trajectoire idéale. Et au moment où il sentit le courant lui pousser le dos...

Toc.

Il eut l'impression que quelque chose accrochait.

« ...... ! »

Le courant qui le propulsait disparut.

Son mouvement accéléré retrouva son rythme normal. À cet instant, un décalage se produisit entre le mouvement que Najin avait imaginé et le mouvement réel de son corps.

Ce que Najin s'était représenté, c'était « plonger, frapper, puis reculer ». Mais son corps ralenti se figea au moment où il frappa.

Un frisson.

Un cadavre tremblant, en sang, qui annonçait l'explosion. Najin se jeta précipitamment en arrière, mais il était trop tard.

Boum !

Projeté par l'explosion, Najin roula au sol.

Il était tout juste hors de portée, mais, de si près, l'onde de choc l'avait quand même atteint. En se relevant, il haleta, une douleur lancinante dans tout le corps.

'Qu'est-ce qui a cloché ?'

Cette sensation d'accroc.

Ce n'était pas un obstacle physique, plutôt un facteur psychologique. Au moment où il s'en rendit compte, une voix résonna aux oreilles de Najin.

Ne franchis pas la ligne.

Vis comme on te le dit.

Ne cherche pas à atteindre l'inaccessible.

C'étaient toujours les mots d'Ivan.

Des mots que Najin se répétait chaque fois qu'il se résignait ou renonçait à quelque chose. À présent, ils étaient devenus des entraves qui lui enserraient les chevilles.

... Des entraves que Najin s'était lui-même attachées.

Le mana et l'aura d'épée, des choses qu'il ne devait pas manier.

Même s'il voyait le moyen de s'en servir, il pensait ne pas devoir tendre la main. C'était ce qu'il avait toujours cru. Ces choses-là se trouvaient au-delà de la ligne qu'Ivan avait tracée.

Il avait pourtant la capacité de franchir cette ligne.

Il ne l'avait pas fait, par peur d'Ivan.

Inconsciemment, il avait bridé ses propres gestes.

Un seul pas en avant, une main tendue devant lui, et il aurait pu saisir ces choses. Mais elles restaient hors d'atteinte tant qu'il ne franchissait pas la ligne. Et c'était justement de ces choses-là que Najin avait besoin maintenant.

Le garçon avait besoin du courage de franchir la ligne.

Mais les entraves ne se brisent pas facilement.

Les entraves qu'il portait depuis longtemps faisaient désormais partie de Najin. Il sentit la cicatrice de son épaule l'élancer. Najin expira lourdement en reculant.

« ...... »

Il regarda l'épée qu'il tenait, celle qu'Ivan lui avait laissée.

« ... Ha. »

Un rire échappa à Najin malgré lui.

Qu'est-ce qui le faisait hésiter ?

Recevoir cette épée était, en soi, une permission.

'La permission de franchir la ligne.'

Najin leva le pied. Avec ce pied levé, il écrasa la ligne qu'il avait tracée sans s'en rendre compte.

Brisant les entraves qu'il s'était lui-même imposées, Najin s'avança. À cet instant, son corps accéléra.

Crrr.

Le courant propulsa le corps de Najin.

Plus rien ne l'accrochait : son mouvement devint fluide et rapide. Le mouvement qu'il se représentait coïncidait parfaitement avec celui de son corps.

Sssk.

L'épée plongea en traçant une trajectoire nette et ouvrit un chemin. Les cadavres tombèrent, tremblants, sur le point d'exploser, mais au moment où ils en montraient les signes, Najin n'était déjà plus là.

Pourtant, il ne recula pas.

Najin bondit.

Bang : il prit appui sur les murs de la ruelle étroite et s'élança très haut. Un mouvement impossible avec la seule force humaine, rendu possible par l'aide du mana.

Il retombait et frappait ; tandis que les drogués tremblaient, Najin reprenait appui sur le mur et, au lieu de reculer, avançait vers la Faiseuse de drogue.

Crac.

Najin prit appui sur le mur et bondit très haut.

En plein bond, Najin leva son épée, imitant l'escrime d'Ivan.

Le garçon tendit la main au-delà de la ligne.

Il y avait de la lumière.

Des choses qu'il pensait inconsciemment ne pas devoir saisir, qu'il voyait pourtant, des choses qu'il n'avait jamais saisies.

Crac.

Au moment où il les saisit, une force afflua dans la main de Najin, crispée sur l'épée. Le courant qui propulsait le corps de Najin passa par ses doigts et déferla dans l'épée.

Un éclat.

L'épée de Najin brilla d'un vif éclat.

La lumière sur l'épée était d'un blanc pur.

Elle n'avait pas encore pris sa propre couleur et n'enveloppait pas encore toute la lame, mais l'éclat blanc logé dans l'épée était sans aucun doute un fragment d'aura d'épée.

Najin le fit naître consciemment.

Ni inconsciente, ni accidentelle, ni instinctive : une lumière allumée uniquement par sa propre volonté.

Dans la ruelle obscure, que même la lumière des lampes à minerai n'atteignait pas, l'énergie blanche de l'épée du garçon brillait de mille feux.

***

Hakan, la Faiseuse de drogue, eut un ricanement.

Le garçon qui fonçait sur elle était maintenant caché par une horde de drogués. Il ne bougeait pas mal, mais pas assez pour percer ses forces.

Il tomberait après un peu de résistance.

D'après les rumeurs, c'était le petit protégé d'Ivan. Présenter son cadavre leur ferait sûrement plaisir.

'Aucun accroc dans le plan.'

Elle avait rassemblé les cadavres jetés à la décharge pour en faire des bombes vivantes. Avec le temps, elle avait avalé le territoire d'Horace et drogué Horace pour le contrôler.

Et pour finir, elle s'était servie d'Horace comme appât pour attirer Ivan et Offen.

Un plan préparé pendant des années. Mais Hakan ne croyait pas qu'un tel piège suffirait à en finir avec Ivan. Elle connaissait Ivan, même s'il ne la connaissait pas.

'Ivan, chevalier d'Atanga.'

Elle savait à quel point les chevaliers d'Atanga pouvaient être tenaces et impitoyables. Il percerait sûrement le piège et reviendrait ici.

'Alors, il faut conquérir avant.'

Elle comptait occuper la zone centrale où vivait Ivan, pour le forcer à une guerre d'usure.

Ainsi, la guerre serait à elle. Elle contrôlerait toute la Ville Souterraine d'Artman.

Un plan préparé de longue date.

Si seulement elle parvenait à l'accomplir...

« ...... »

Hakan leva doucement les yeux.

Elle regarda le plafond de la Ville Souterraine. Autrefois prodige, pressentie pour devenir la prochaine maîtresse de la Forge, elle avait échoué dans la Ville Souterraine après en avoir été chassée très jeune.

Comme les autres habitants de cette ville, elle ne pouvait oublier ses jours de gloire.

Hakan, la Faiseuse de drogue, alchimiste issue de la Forge, souhaitait briller une fois encore. Conquérir la ville n'était qu'une étape ; sa destination se trouvait plus loin. Elle sourit en regardant au-delà, pas si loin.

Le jour où elle quitterait cette ville pleine de rebuts et de déchets n'était plus loin. Tandis qu'elle levait les yeux, très haut...

Tac.

Najin prit appui sur les murs de la ruelle et bondit. La vue d'Hakan, fixée sur le chemin du Monde d'en haut, se retrouva bouchée par Najin.

Avant même qu'elle ait le temps de s'agacer de cette interruption...

Un éclat.

L'épée de Najin brilla.

Dans ce lieu peuplé de rebuts, dans la ruelle obscure, parmi les déchets de la ville, l'épée du garçon jetait une lueur vive, d'un blanc pur.

Comme une étoile dans le ciel.

Au moment où elle fit face à cette lumière, les yeux d'Hakan s'écarquillèrent. Ce qui brillait. Ce qui pouvait compromettre son plan. Elle croyait avoir éliminé toutes les inconnues de ce genre, et pourtant il en restait une, ici même.

« ... Je ne l'avais pas vue venir, celle-là. »

Cacher une chose pareille... Elle eut un petit rire devant la ruse d'Ivan.

Le garçon, autrefois un déchet insignifiant.

Mais à présent, le garçon qui émettait cette lumière était une inconnue bien réelle.

Hakan, la Faiseuse de drogue, ne regardait plus le ciel, ni la suite de son plan. Elle fixa le garçon droit dans les yeux et s'entailla l'avant-bras avec une dague. Le sang qui gouttait au sol grésilla et s'évapora.

Une odeur âcre emplit la ruelle.

C'était le signe qu'Hakan avait sorti son atout caché et reconnaissait le garçon comme un adversaire digne de ce nom.

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