On raconte d'innombrables histoires de héros qui disent que, où que l'on se trouve, si l'on lève les yeux vers le vaste ciel nocturne, on verra des constellations. Ces constellations seraient les vestiges et les vies des héros qui ont jadis parcouru cette terre. Cette histoire est à moitié vraie, à moitié fausse.
En vérité, les héros qui ont accompli de grands exploits gravent leurs étoiles dans le ciel nocturne et deviennent des êtres transcendants qu'on appelle des constellations. La partie selon laquelle « les constellations sont les vies des héros » est donc exacte.
Quelle partie est fausse, alors ? C'est l'idée que « où que l'on se trouve, en levant les yeux vers le ciel, on verra des constellations ». Il leva la tête vers le ciel. Plus exactement, il regardait le plafond de la ville où il avait vécu toute sa vie, en le prenant pour le ciel. Ce n'étaient ni le vaste ciel nocturne ni les constellations éclatantes qui se reflétaient dans ses yeux.
Une fumée épaisse. D'innombrables minerais fichés de façon précaire dans le plafond. Seule la lumière artificielle produite par ces minerais éclairait ses yeux. Dans cette ville, il n'y avait ni ciel ni constellations.
« Évidemment », ricana-t-il.
Comment verrait-on des étoiles dans cette ville ?
… La Ville Souterraine, Artman.
Un lieu abandonné même par le soleil, qui brille pourtant pour toutes choses sans distinction, plongé dans les ténèbres jour et nuit, toute l'année. Faute de soleil, la ville dépend de la lumière artificielle des minerais.
Les gens de la ville haute appellent cet endroit la « Décharge ». Un lieu où l'on enterre les ordures jetées.
***
La Ville Souterraine, Artman.
Les habitants de cette ville se répartissent en général en deux catégories :
ceux qui y ont été exilés depuis la ville haute, et les enfants nés de ces exilés.
Il faisait partie des seconds. Sans avoir commis le moindre crime notable, il était né avec le destin de passer toute sa vie dans cette ville. Bien sûr, c'était son point de vue ; les gens de la ville haute, eux, semblaient penser autrement.
« Pour eux, les enfants nés des ordures sont naturellement des ordures. En naissant, nous aurions souillé le monde : la naissance elle-même est un péché. »
C'était la mentalité habituelle des gens de la ville haute et leur attitude générale envers notre ville. Selon leur logique, il était pécheur de naissance, condamné à pourrir toute sa vie dans cette ville.
« … Pauvre gamin. »
« Quel dommage pour le petit. »
Beaucoup avaient de la compassion pour lui, mais leur pitié n'avait rien d'agréable. Il ignorait à quoi ressemblait le monde extérieur.
Le soleil chaud dont ils parlaient. Les vastes champs verdoyants. La mer bleue qui s'étendait au-delà de l'horizon.
Il ne les avait jamais vus, et il ne pouvait pas les imaginer. Il est difficile de désirer ce qu'on ne peut pas se représenter. À vrai dire, le monde extérieur ne l'intéressait pas vraiment.
Sauf une seule chose.
« Les étoiles. »
Il le murmura sans y penser.
« Les étoiles, les constellations, les héros. »
Il tendit la main et saisit un livre de contes.
C'était un livre sur lequel il était tombé dans son enfance, intitulé « Les Chroniques d'Arthur ». Un vieux livre de contes usé, qu'il avait lu d'innombrables fois. « Les Chroniques d'Arthur » était l'histoire d'un héros.
Il racontait la vie d'un héros qui avait vécu des centaines d'années plus tôt. Dans l'histoire, Arthur retirait une épée plantée dans la pierre, que personne d'autre n'avait pu retirer, et parcourait le continent armé de cette seule épée.
En chevalier. Et en héros.
Arthur, qui avait sauvé bien des gens et vaincu de nombreux démons, était devenu une constellation au terme de son voyage. Les treize exploits qu'il avait accomplis s'étaient changés en étoiles et gravés dans le ciel nocturne.
« Les constellations. »
Il ouvrit la dernière page du livre de contes.
C'était la page qu'il avait le plus regardée : elle représentait la constellation d'Arthur. Il contempla en silence la constellation, qui remplissait toute la page.
Treize étoiles. Une constellation en forme d'épée, formée en reliant les étoiles.
Tandis qu'il contemplait la constellation, une courte phrase à côté de l'illustration attira son regard.
« Où que tu sois sur cette terre, si tu lèves les yeux vers le ciel, tu verras des étoiles. »
Il leva les yeux vers le ciel.
Naturellement, il n'y avait aucune étoile à voir.
« On les voit pas, bon sang. »
Un soupir lui échappa. Oui, les autres aspects du monde extérieur ne l'intéressaient pas, mais… il voulait voir cette constellation de ses propres yeux.
Il ne savait pas pourquoi. Il voulait juste voir les étoiles. Une simple curiosité, un fantasme. Un rêve qui avait peu de chances de se réaliser, pas différent d'une illusion.
« La vie. »
Tandis qu'il contemplait le ciel, une pensée lui vint.
C'est vrai, il existait un tel dicton. N'insulte pas les étoiles en regardant le ciel. Les étoiles entendent ta voix tant que tu les vois, où que tu sois.
'Les étoiles ne peuvent pas entendre d'insultes si on ne les voit pas.'
Dans son esprit, il se représenta la constellation d'Arthur, leva son majeur vers le ciel et lâcha une petite insulte. Une provocation qu'Arthur, s'il avait pu l'entendre, n'aurait pas pu ignorer : il n'aurait été qu'un homme chanceux, né à la bonne époque.
Une seconde, deux secondes, trois secondes… une minute passa.
Naturellement, aucun châtiment divin ne tomba. C'est comme ça, supposa-t-il. Il soupira et se leva. Il avait beaucoup à faire aujourd'hui.
« Pff. »
Il aurait aimé qu'un châtiment divin tombe. Cela lui semblait préférable à cette vie terne.
***
Peu après que le garçon eut quitté sa place.
Au-dessus de la ville souterraine d'Artman, au-dessus de la vaste cité bâtie au-dessus d'elle, dans le large ciel nocturne, une constellation scintillait. Ce n'était pas la constellation d'Arthur que le garçon avait vue dans le livre de contes.
Pas la constellation de treize étoiles formant une épée.
Mais une constellation paisible, comme un lac tranquille qui veillait à ses côtés.
Un lac serein qui retenait des étoiles pour que son roi, plongé dans un profond sommeil, puisse reposer ses yeux en paix. Cette constellation d'ordinaire si tranquille répandit soudain une lumière éclatante. On aurait presque dit la fureur d'une étoile.
La constellation du Bâton de la Sélection.
La constellation qui avait accompagné Arthur du début à la fin de son voyage.
La Magicienne du Lac, Merlin.
La constellation de Merlin, en forme de lac, se rida violemment. Sa véritable forme, enfouie au plus profond de la constellation, fixa la terre les yeux écarquillés. La voix d'un garçon présomptueux résonnait aux oreilles de Merlin.
Arthur n'était qu'un homme chanceux, né à la bonne époque. De nos jours, il n'aurait été rien du tout.
Ça t'énerve ? Tu veux te battre ?
Alors viens, fais tomber ton châtiment divin.
C'était un discours incroyablement insultant, si vague et si large que Merlin ne savait même pas par où commencer pour le critiquer. Pour la première fois depuis longtemps, Merlin sentit le rouge lui monter à la nuque.
« Waouh. »
Merlin eut un petit rire et rejeta ses cheveux en arrière. Ses cheveux bleu clair et blancs ondoyaient entre ses doigts fins.
« C'est quoi, ce cinglé ? »
Les yeux de Merlin flamboyaient de colère.
