Il était une fois, à l'époque où Zeus se tapait des nymphes…
Dans une campagne perdue de Grèce vivait un berger nommé Gygès.
Par hasard, il ramassa un anneau magique qui rendait son corps invisible.
Grâce au pouvoir de l'anneau magique, Gygès vola sans jamais être découvert et amassa des richesses.
À la fin, dit-on, il s'infiltra dans le royaume, tua le roi et devint roi à sa place.
C'était vraiment une histoire ridicule.
Quoi qu'il en soit, ce qu'il y avait d'intéressant dans cette histoire, c'est que personne ne pouvait juger les crimes de Gygès.
Parce qu'on ne pouvait pas trouver de preuve que Gygès avait tué le roi.
Si une personne acquérait la capacité de ne pas avoir à répondre de ses actes…
Par exemple.
Si, comme Gygès, on devenait invisible et qu'on ne se faisait jamais prendre pour les crimes commis.
Si l'on obtenait un Grimoire capable de provoquer des choses incompréhensibles pour le sens commun humain.
Comment agirait-on ?
Comment devrait-on agir ?
J'aimerais bien que quelqu'un me le dise.
***
Même si l'on choisit sa filière à la fac un peu au hasard, en fonction de ses notes, quand on est pauvre ou qu'on n'a pas de parents, je pense personnellement qu'il vaut mieux ne pas choisir la philosophie.
Parce qu'il faut acheter des manuels qui ne servent à rien, tout en économisant sur la nourriture.
… Bon, les types doués pour les relations se les font donner par les étudiants plus âgés.
Pour compléter un peu : si l'on n'a pas de parents et qu'on n'est pas doué pour les relations, mieux vaut ne pas aller en philo.
[Bla-bla, livre de philosophie – 34 000 wons]
« Tss. »
Je fis claquer ma langue en regardant, à la librairie, le prix du livre exigé pour le cours.
Chaque fois que le professeur nous disait avec désinvolture d'apporter un livre de philosophie de base à 30 000 wons, je regrettais d'avoir passé le concours d'entrée à l'université juste parce qu'on m'avait dit qu'en sortant de l'orphelinat pour aller à la fac, on touchait des aides.
Ou alors, j'avais envie d'enterrer le professeur, comme dans ces mèmes qui traînent sur Internet.
Quand je m'étais plaint, une fois, d'acheter des livres trop souvent, on m'avait traité de pauvre mendiant qui n'avait même pas 30 000 wons.
Les mots « putain de fils de pute » étaient sortis tout seuls.
Si on achète un livre, puis le livre suivant, puis encore le suivant, comment ça fait 30 000 wons ? Il n'y a pas de plus grands tarés qu'eux.
De toute façon, je n'aimais pas les professeurs de philosophie.
Ils racontaient qu'ils avaient étudié la philosophie à l'université de Pékin. Qu'ils avaient fait leurs études en Allemagne. Qu'il fallait partir étudier à l'étranger.
Ils le disaient facilement, sans réfléchir une seconde.
Ce n'étaient que des types qui avaient bien vécu chez eux, le ventre plein, et qui avaient décroché leur doctorat.
Mes notes étaient moyennes, et j'avais choisi la philosophie plutôt que le département d'arabe. J'étais un crétin, un parfait crétin.
Je quittai la librairie et me rendis chez un vieux bouquiniste que j'avais aperçu en passant.
Je n'avais pas d'argent, et je refusais absolument de payer plein tarif.
En étant optimiste, on était près du quartier de l'université, et peut-être que quelqu'un qui avait suivi le même cours que moi avait acheté ce livre, s'était dit que c'était de l'argent gaspillé et l'avait revendu à un bouquiniste à la fin du cours.
La vieille boutique où je m'arrêtai avait une devanture poussiéreuse, et le propriétaire était un vieil homme à lunettes.
'… Ce genre d'endroit existe encore. C'est rafraîchissant, à sa façon.'
On voyait au premier coup d'œil qu'il n'y aurait pas d'ordinateur de recherche, alors dès que j'entrai chez le bouquiniste, je m'adressai directement au vieil homme assis au comptoir.
« Vous avez un livre qui s'appelle Bla-bla, livre de philosophie ? »
« Regardez là-bas. S'il n'y est pas, c'est qu'on ne l'a pas. »
« ……… »
… Bon, s'il n'y est pas, c'est qu'il n'y est pas. C'était assez vrai.
Je me rendis à l'étagère que le propriétaire m'avait indiquée, où étaient rassemblés des livres épais, et cherchai en regardant autour de moi.
On aurait dit une étagère de bric-à-brac où toutes sortes de livres s'entassaient pêle-mêle.
<Le Huitième Livre de Moïse>, <Le Livre de l'Ange Raziel>, <La Petite Clé de Salomon>
Moïse ? Des anges ? Il y avait aussi des livres religieux, ici ?
Il y avait aussi, de temps en temps, des livres aux noms curieux. Et l'un des livres coincés dans l'étagère attira mon regard.
Il ressemblait bien trop à de l'acier pour qu'on puisse l'appeler un livre.
« … C'est quoi, ça ? »
Machinalement, je sortis le bloc de fer qui trônait effrontément sur l'étagère.
La sensation froide du fer me gagna, en commençant par la paume.
Puisqu'il était sur l'étagère, c'était aussi un livre, mais sa couverture était faite de fer sombre.
Faire une couverture de livre en fer. C'était une sorte d'édition spéciale reliée ?
'… C'est quel livre ? Le titre ?'
Et à l'instant où Yo-han essaya de lire le titre gravé sur la couverture de fer, les lettres du livre vacillèrent et se changèrent en coréen.
'Les Mystères du Ver ? C'est Fabre qui a écrit ça ?'
J'ouvris le livre par curiosité et le feuilletai. Contrairement à ce que laissait croire le titre, ce n'était pas une encyclopédie des insectes.
Un livre de sorts ? Non, le terme de Grimoire serait plus juste.
Bref, c'était ce genre de livre occulte.
C'était un livre qui contenait des méthodes pour utiliser la Magie, comme invoquer des Élémentaires ou pratiquer la Nécromancie, plein d'absurdités, mais c'était amusant à lire.
'… Un livre d'univers magique médiéval, c'est plutôt marrant.'
En tout cas, c'était plus intéressant que les livres de philosophie. Vu que ni l'un ni les autres ne donnaient beaucoup de sens à la vie quotidienne, le Grimoire, qui avait au moins le mérite d'être divertissant, l'emportait.
Me disant que, tant qu'à faire, autant le lire correctement, je tournai les pages jusqu'à l'introduction.
Il y avait un passage écrit par quelqu'un qui semblait être l'auteur du livre.
[Ce livre est le récit de la Magie que j'ai apprise en vivant prisonnier à Damas, survivant de la neuvième croisade et chercheur de sorcellerie.
Celui qui deviendra le propriétaire du Grimoire « De Vermis Mysteriis » obtiendra un Familier comparable au « Monstre Invisible » que servait le poète fou Abdul Alhazred. Le maître du « Vampire Invisible ».]
J'eus un petit rire distrait.
Un Vampire Invisible ? Ce n'est pas comme si c'était un dragon invisible…
Malgré tout, ça réussissait à éveiller l'intérêt du lecteur. En tout cas, le mien.
Bien sûr, je ne croyais pas au contenu du livre. Je n'avais plus l'âge d'y croire, et même si je l'avais eu, je n'y aurais toujours pas cru.
Continuer à lire debout là me mettait mal à l'aise, alors je pris le livre et allai au comptoir.
J'achetais juste ce livre parce qu'il avait piqué ma curiosité et qu'il avait l'air amusant.
C'était un geste naturel, mais que j'avais rarement fait, alors je décidai de le faire.
À l'orphelinat, je n'avais pas d'argent pour m'acheter des livres à moi.
Et maintenant, je n'avais acheté que des livres exigés pour mes cours. Ce ne serait pas grave de m'acheter de temps en temps un livre dont j'avais envie, non ?
Les livres pour le cours ? J'irai en cours sans. Au diable.
Je posai sur le comptoir le livre qui ressemblait plus à un bloc de fer qu'à un livre.
Boum…
« C'est combien ? »
« ······ ? »
Le vieil homme qui tenait la boutique fronça brièvement les sourcils et regarda le livre d'un air qui semblait dire : « On avait un livre comme ça ? » Puis il remonta bientôt ses lunettes et répondit d'une voix calme.
« … Si vous l'avez pris sur cette étagère-là, c'est 30 000 wons. »
Je m'y attendais, vu que la couverture avait l'air spéciale et qu'elle était en fer, mais c'était cher pour un livre d'occasion.
Enfin, bon, c'était toujours 4 000 wons de moins que le manuel que je comptais acheter au départ.
« Vous ne prenez que le liquide ? Je peux faire un virement ? »
« … La carte, ça ira. »
Contrairement à ce que laissaient croire sa devanture et son atmosphère vieillottes, on pouvait payer par carte.
Je ne pris pas la peine d'acheter un sac.
Quand je sortis de chez le bouquiniste, il faisait nuit. C'était l'hiver, et le soleil se couchait tôt.
'Rentrons manger.'
Puisque j'avais économisé 4 000 wons, je m'achèterais peut-être une boîte de thon en chemin ?
Je me recroquevillai contre l'air froid et descendis la rue nocturne, le livre coincé sous un bras.
C'est alors que quelqu'un m'empoigna le haut du bras, me poussa sur le côté et passa son chemin.
Moi qui marchais le corps détendu, je me retrouvai soudain poussé de côté, et je regardai le dos du type qui m'avait bousculé alors que la rue était large ; il s'éloignait tranquillement, une femme à son bras.
J'étais tellement abasourdi que je n'étais même pas en colère. J'étais juste incrédule.
'Ce salaud fait le malin comme un taré devant une fille. Crève en route.'
Pour me justifier ici : je n'étais pas un taré qui souhaitait sincèrement la mort de quelqu'un simplement parce qu'on l'avait un peu bousculé.
Tout le monde a vécu ce genre d'expérience, non ?
Quand on a un incident désagréable avec un inconnu, on pense au moins une fois qu'on aimerait qu'il crève.
Ici, souhaiter sa mort n'est qu'une façon de parler exagérée. Ce n'est pas une intention meurtrière, l'envie de tuer soi-même cette personne, mais plutôt quelque chose comme : « J'espère qu'il trébuchera sur un caillou. »
… Je ne souhaitais donc pas vraiment voir ce frimeur, qui voulait jouer les cools devant sa copine, mourir atrocement, les tripes à l'air.
« Kyaaaaaaah… ! »
« Eo… eoaaaaaah… ! »
Un cri de surprise strident et un cri de douleur qui se répandait dans tout le corps, sans comprendre ce qui se passait, retentirent ensemble.
Comme une bête qu'un loup soumet en la mordant au cou, le corps de l'homme fut soulevé. Le sang coulait de son cou, et ses jambes ballottaient dans les airs de façon anormale.
« Aaaaaaaaah… ! »
Sans comprendre ce qui lui arrivait, mais pour survivre, l'homme hurla et agita les bras. Des mouvements destinés à repousser tant bien que mal ce qui lui faisait subir ça. Mais…
Tchak…
« A… aaaaaaah ! ? »
Comme si ce geste avait offensé le « quelque chose » qui s'en prenait à lui, l'un de ses bras fut arraché, mettant à nu l'os et la chair rouge, tandis que le sang giclait de partout.
« Heoaaak… ! »
Une partie de la chair de son cou fut arrachée, et son corps tomba au sol. Même avec une partie du cou arrachée, l'homme ne mourut pas.
« Eo… aaaaaaah ! »
Le sang ruisselant de son cou, l'air d'un homme déjà condamné, il hurlait pour survivre, essayant de se relever et de fuir, mais à cause de son bras arraché, il ne parvenait pas à garder l'équilibre et n'arrivait pas à se mettre debout.
… Et alors, le massacre par le « quelque chose d'invisible » commença.
Comme pour se donner en spectacle, le corps de l'homme se déchira, et le sang, les intestins et les organes s'éparpillèrent dans toutes les directions.
C'est à ce moment-là que je repris mes esprits.
Si vous me demandez si j'avais toute ma tête, alors non…
Mais je repris le contrôle de mon corps, figé de peur par cette situation totalement irréelle.
Je fis immédiatement demi-tour et je courus. Je m'enfuis.
Je ne criai pas. Je devais économiser l'air de mes poumons.
Peut-être parce que ma peur avait dépassé ses limites.
Au lieu de paniquer, mon corps, saisi par la peur, agit pour survivre.
Je ne fis pas comme les autres gens autour, qui sortaient leur téléphone pour filmer.
Je pouvais être la prochaine proie. Il n'y avait pas de place pour ça. Il fallait m'éloigner de cet endroit, ne serait-ce qu'un peu. Ne pensant qu'à ça, je fis marcher mes jambes.
Je courus jusqu'à mes limites, jusqu'à ce que mon souffle soit complètement épuisé.
Puis j'entrai dans une ruelle, haletant, avec des haut-le-cœur, et je crachai la salive qui s'était accumulée dans ma bouche.
« Haah… haak… keuk… ptui. »
Mes jambes tremblaient, et l'air froid me poignardait les poumons, qui me faisaient mal.
Et en plus, j'avais porté un livre qui tenait davantage du bloc de fer, alors mon bras droit aussi me semblait lourd.
« Houff… »
Au moment même où je poussais un soupir de soulagement, me croyant en sécurité pour l'instant…
Pas…
Une présence derrière moi me glaça tout entier. Mes dents claquaient tant je tremblais.
'… Il m'a suivi.'
Il m'avait suivi.
Les mains tremblantes, je serrai fort le livre, dont je sentais la texture de fer froid.
Il était déjà trop tard pour fuir. Ce serait une lutte inutile, mais je n'avais aucune intention de mourir sagement.
Je le frapperais au moins une fois avec l'arête de fer.
« …………. »
Quand je me retournai lentement, il n'y avait rien. Juste une ruelle ordinaire.
Pourtant…
« Kaak… »
Avec le cri d'une bête, une vague de chaleur brûlante, chargée d'une odeur de sang écœurante, me toucha le visage.
Il y avait bel et bien là un « quelque chose » invisible, transparent.
J'avais l'estomac retourné. J'avais l'impression que j'allais vomir.
« Haah… haah… ! »
Mon cœur battait comme un fou, et mes pupilles se dilatèrent. L'image de l'homme tué avec sauvagerie se superposait dans mon esprit.
Une sensation glaçante et gluante remonta le long de ma joue.
« ! »
Ce quelque chose m'avait léché le visage.
« Grrrr~. »
« Hein… ? »
Une fois, deux fois, il me lécha le visage comme un grand chiot doux qui taquine son maître en jouant, puis il s'arrêta et attendit sagement ma réaction.
« Gyaak~ ? »
Incapable de comprendre la situation, je sentis mes forces m'abandonner, et le livre que je tenais m'échappa des mains.
Boum…
Était-ce une coïncidence, ou cherchait-il à me rappeler une fois de plus la vérité ?
Frrrrt…
Les pages du Grimoire se tournèrent et s'ouvrirent.
[Celui qui deviendra le propriétaire du Grimoire « De Vermis Mysteriis » obtiendra un Familier comparable au « Monstre Invisible » que servait le poète fou Abdul Alhazred. Le maître du « Vampire Invisible ».]
Je ne pouvais plus rire.
