Dans son rêve, Lin Muyu se sentait sombrer au fond de la mer, assaillie par une violente sensation d'étouffement.
Quelque chose de mou rampait sur tout son corps. Elle se débattait désespérément pour s'en débarrasser, mais n'y parvenait pas du tout.
Ces choses semblaient aspirer son énergie. Son corps tout entier s'affaiblissait de plus en plus, et des courbatures se répandaient peu à peu dans chacun de ses membres.
Elle avait l'impression d'être sur le point de mourir...
À l'aube, alors que le ciel commençait tout juste à s'éclaircir, Lin Muyu peina à ouvrir les yeux.
Elle se sentait comme si des fantômes l'avaient rouée de coups en rêve : tout son corps lui faisait mal.
La lumière crue du soleil derrière la fenêtre indiquait que la matinée était déjà passée.
« Oh non, je dois encore faire cours. »
Lin Muyu voulut se redresser en hâte, mais découvrit que ses reins n'avaient plus aucune force, comme si elle s'était froissé un muscle, et elle ne parvint pas à se tenir droite.
En s'appuyant tant bien que mal sur ses mains, elle se redressa, et c'est alors qu'elle s'aperçut :
« Où sont mes vêtements ? Je me souviens bien que je ne dormais pas nue. »
Lin Muyu baissa les yeux sur son corps dénudé, et le coin de ses lèvres tressaillit.
Son corps portait de nombreuses nouvelles marques rouges. En tournant la tête vers le miroir de bronze, elle en vit même sur son cou et son visage.
Ses yeux s'écarquillèrent aussitôt.
« C'est pas vrai. »
Elle balaya la pièce du regard, mais ne vit personne.
« Aaaaah, maudite Su Wanqing, même en partant, il fallait que tu me tourmentes. »
« Su Wanqing, espèce de méchante ! »
Lin Muyu frappa le bois du lit de dépit, et quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux.
Elle ne voulait pas pleurer, mais pourquoi n'arrivait-elle pas à retenir ses larmes ?
Décidément, à force d'habiter un corps de femme depuis si longtemps, ses émotions étaient devenues un peu fragiles et sensibles, elles aussi.
Elle se leva péniblement, alla en boitant jusqu'à l'armoire et y trouva ses vêtements d'homme de rechange.
Une fois habillée, elle sortit de la chambre et découvrit sur la table quantité de trésors d'or et d'argent étincelants.
« Je n'ai quand même pas des visions ? »
Lin Muyu se frotta les yeux, et son humeur s'améliora aussitôt considérablement.
Elle mordit le lingot d'or, et une marque de dents bien nette y apparut aussitôt.
« C'est du vrai ! »
Ses yeux se plissèrent en deux croissants de joie.
Elle rangea en hâte ces objets de valeur, puis remarqua deux caractères gravés à la pointe de l'épée sur la table.
« Pardon »
Lin Muyu fit la moue de sa petite bouche et murmura : « Hmph, au moins, tu as un peu de conscience. »
Les choses en étaient arrivées là, elle ne pouvait pas trop s'y attarder.
Mais pourquoi ne l'avait-elle pas soignée ? Comment était-elle censée faire cours en boitant...
« Atchoum ! »
« Sœur aînée, qu'y a-t-il ? Vous avez pris froid ? »
Dans les airs, un jeune homme à l'allure ordinaire et une jeune femme distante volaient côte à côte à basse altitude, chacun sur son épée volante.
« Ce n'est rien, Frère cadet. Tu oublies que les Cultivateurs ne s'enrhument pas. »
L'expression de Su Wanqing était indifférente, telle une fée altière que les soucis de ce monde n'atteignaient pas.
Son cœur, au contraire, était déjà sens dessus dessous.
« Elle doit être réveillée, maintenant. J'espère qu'en voyant cet argent, elle me pardonnera... »
« Traiter une femme ordinaire ainsi deux fois de suite, qu'est-ce que ça fait de moi ? »
« Suis-je vraiment juste envers elle ? »
« Quelle différence entre moi et une ordure ? »
« Mais nous sommes toutes les deux des femmes, alors de toute façon, il est impossible que nous soyons ensemble, n'est-ce pas ? »
À force de s'interroger ainsi sans relâche, une lueur de confusion passa dans les yeux de Su Wanqing.
« On dirait que j'ai oublié de faire quelque chose. Je suis partie si précipitamment que j'ai oublié de la soigner. »
***
« Sœur aînée, où êtes-vous donc allée hier ? Je vous ai cherchée longtemps sans vous trouver. »
Le regard que le jeune homme posait sur Su Wanqing était plein d'inquiétude, et l'on y devinait des traces d'admiration.
Sans que son expression change, Su Wanqing répondit froidement : « Je suis tombée dans une embuscade de cette démone. »
« ! »
Le jeune homme fut aussitôt saisi.
« Vous voulez dire la Fée des Pêches, celle qui puise le yin des autres pour nourrir le sien ? »
La Fée des Pêches était le nom que cette cultivatrice démoniaque s'était donné, symbole d'une abondante fortune amoureuse.
Bien qu'elle fût elle-même une femme, ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'était prendre de force les belles femmes, surtout les Cultivatrices. Celles qu'elle vidait en ressortaient complètement épuisées.
Bien sûr, en tant que cultivatrice démoniaque, elle aimait aussi tuer des gens ordinaires pour sa cultivation.
Les enfants surtout, à l'âme pure, dont elle drainait tout le sang. Même si cette méthode était relativement peu efficace comparée à d'autres, elle compensait par la quantité.
Après avoir tué tous les gens ordinaires d'un endroit, elle gardait les belles femmes pour sa pratique de cultivation par absorption du yin.
On disait cette méthode extrêmement efficace.
Une véritable cultivatrice démoniaque !
Et s'ils étaient descendus de la montagne cette fois-ci, c'était justement pour capturer la Fée des Pêches.
Or les renseignements la disaient encore au stade de l'Établissement des Fondations, alors qu'en réalité elle avait déjà atteint le royaume du Noyau d'Or.
C'était l'une des raisons pour lesquelles Su Wanqing était tombée dans son piège.
« Oui. »
« Vous n'avez pas été sa victime, au moins ? »
Le jeune homme était un peu anxieux, et son ton trahissait son inquiétude.
Su Wanqing garda un moment le silence. Elle avait bel et bien été sa victime, empoisonnée par le poison propre à la Secte Hehuan.
Elle avait néanmoins réussi à s'échapper de toutes ses forces, sauvée par une femme, même si elle avait fait bien des choses insensées...
Son petit visage froid rougit légèrement : il lui était un peu difficile de parler de ces choses-là.
Elle ne put que répondre platement :
« Je vais bien. Si elle m'avait capturée, est-ce que je serais encore là à te parler ? »
Le jeune homme examina attentivement le visage rosé de Su Wanqing. Il n'avait effectivement rien d'un visage vidé de son énergie, il semblait plutôt nourri.
« Tant mieux si vous allez bien, Sœur aînée. Est-ce qu'on continue à la chercher ? »
« Oui ! »
Su Wanqing serra fort les dents. Elle n'osait pas penser au sort qui aurait été le sien si elle ne s'était pas enfuie.
Si Lin Muyu ne l'avait pas sauvée et ramenée chez elle, dans quel état honteux se serait-elle retrouvée, empoisonnée, en plein jour ?
Si des scélérats l'avaient vraiment souillée, elle aurait préféré se trancher la gorge.
***
« Désolée, je suis en retard. »
Lin Muyu arriva à la salle de classe appuyée sur une béquille, en boitant. Malgré la chaleur, elle portait une écharpe autour du cou.
Les enfants bavardaient, mais en voyant Lin Muyu et sa béquille, ils se turent aussitôt.
« Maître, vous allez bien ? »
Les petites voix enfantines demandèrent en chœur, et des dizaines de paires d'yeux, en contrebas de l'estrade, la regardaient avec inquiétude.
« Je vais bien, commençons le cours ! »
Il aurait été faux de dire qu'elle n'en était pas émue. Les enfants d'ici étaient bien plus raisonnables que ceux de sa vie précédente.
Ils n'avaient pas été corrompus par le flot d'informations d'Internet, et ne possédaient que l'honnêteté simple transmise dans ce village.
Lin Muyu avait longtemps erré avant de décider de s'installer dans ce petit village.
La raison principale, c'était que les gens d'ici étaient tous simples et gentils avec elle, et qu'elle s'y sentait très bien.
Après une heure de cours, ce fut la récréation.
Lin Muyu s'affala sans force sur l'estrade et se mit à somnoler.
Parler d'estrade était généreux : ce n'était en réalité qu'une table un peu plus haute.
« Si fatiguée, si chaud. »
Elle gémissait intérieurement. Elle n'avait pas pu se reposer correctement la veille, tourmentée toute la nuit par cette méchante.
Et elle n'osait pas retirer l'écharpe de son cou : cette méchante lui avait laissé des marques trop visibles.
« Maudite héroïne, Su Wanqing ! »
Lin Muyu ne pouvait que fulminer, impuissante, en desserrant un peu son écharpe pour prendre l'air.
« Au secours ! Aaaaah... »
Soudain, des cris d'enfants retentirent dehors.
Que se passait-il ?
Lin Muyu sursauta si fort qu'elle se leva d'un bond et regarda dehors, perplexe.
« Maître Lin, fuyez vite ! »
Un enfant un peu plus âgé accourut, affolé, le visage plein de terreur.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« C'est un cultivateur démoniaque ! »
La tête de Lin Muyu explosa. Chez les gens ordinaires, tout le monde connaissait le terme « cultivateur démoniaque ».
L'arrivée de cultivateurs démoniaques signifiait que leurs vies étaient en danger...
Ils étaient tous d'une cruauté extrême.
Alors que Lin Muyu s'apprêtait à fuir, une voix féminine glaçante s'éleva dehors.
« Hihi, personne ne s'échappera. »
