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Chapitre 8

Chapitre 8 - Comment survivre en tant que second fils d'une famille noble de mages (8)

22 octobre 2026 ~15 min · 2 963 mots

Comme s'il ne s'était pas attendu à de tels mots, Leo eut un regard vacillant.

« ... Qu'est-ce que ça peut bien être ? »

« Alors promets-le-moi d'abord. »

Même sans cette promesse, il n'était pas du genre à colporter les histoires des autres. C'est pour cela qu'il était resté plus de dix ans aux côtés du Protagoniste.

Il fallait tout de même qu'il mesure le poids de ce qu'il allait entendre.

Leo me dévisagea d'un air soupçonneux, puis poussa un profond soupir.

« Je te le promets. Au nom de Dieu. »

« Je ne crois pas qu'il faille mêler Dieu à ça, mais soit. Je vais t'expliquer en deux mots, alors écoute bien. »

Leo hocha la tête, l'air grave.

« Je suis né avec la plus grande puissance magique de la famille, et je veux que mon hyung hérite du titre de notre père et devienne le chef de famille. »

« ... C'est tout ? »

Pourtant, en disant cela, Leo semblait déjà avoir compris la situation, car son visage s'était assombri.

Je lui fis un signe de tête.

« Tu sais que le droit d'héritage revient en général selon l'ordre de la puissance magique, non ? Avec ça, tu devrais deviner comment les choses ont tourné. »

« ... Tu veux dire que tu ne pouvais pas utiliser la magie à cause de ton hyung ? »

« Exactement. Parce que si je m'en servais, je mourrais. »

« Quoi, ton hyung viendrait te tuer ? »

Leo disait cela parce que ça n'avait aucun sens à ses yeux, mais moi, qui connaissais l'avenir où je mourrais réellement de la main de mon hyung, je ne pus qu'esquisser un sourire amer.

Je sortis un flacon de cristal du sac que j'avais rapporté du dortoir à l'aube et le tins devant les yeux de Leo.

« À ton avis, c'est quoi comme médicament ? »

Leo prit le flacon, l'examina à la lumière sous tous les angles, puis plissa les yeux.

« Un médicament ? Qu'est-ce qu'ils ont extrait pour que ça brille comme ça ? On dirait de l'encre. »

« C'est le médicament que mon hyung m'envoie tous les mois. Il est fabriqué à partir de substances qui n'ont jamais été distribuées officiellement dans l'Empire, alors tu ne peux pas le connaître non plus. »

Pourquoi le médicament envoyé par ce hyung qui voulait devenir chef de famille serait-il fait de substances jamais distribuées officiellement dans l'Empire ?

Devant cette combinaison inquiétante, évidente pour n'importe qui, Leo fronça les sourcils.

« Ne me dis pas que... »

« Si. Quand je bois ça, mon noyau est complètement bloqué, et dès que j'utilise la magie, je reçois un choc. »

« Attends, même comme ça, vous êtes de la même famille. Un mage meurt si la puissance magique ne circule pas dans son corps. Si elle est bloquée, comment tu es censé vivre ? »

« Qu'est-ce que tu crois ? Mon hyung veut que je meure le plus vite possible. S'il me fait prendre ce genre de médicament, c'est forcément qu'il veut ma mort, non ? »

Le visage de Leo se teinta de stupeur.

L'expression de quelqu'un qui n'aurait jamais imaginé une chose pareille.

Leo, qui avait toujours grandi dans une famille chaleureuse et unie, ne pouvait pas comprendre.

Toujours l'air désemparé, il ouvrit le bouchon du flacon et fit lentement naître une brise pour en humer l'odeur.

« Depuis combien de temps tu en prends ? »

« Depuis mes dix ans, je crois. »

« De ce moment jusqu'à aujourd'hui, c'est toute ta période de croissance. Pendant la période la plus importante pour un mage, un truc pareil... »

« ... »

Leo grinça des dents, comme s'il était plus bouleversé que celui qui avait réellement pris le médicament.

Je laissai échapper un rire incrédule.

On aurait dit que, pour ce type, le fait que ma magie n'ait pas pu se développer était plus grave que tout le reste.

Je n'avais aucune idée de la force avec laquelle la magie du jeune Luca qu'il avait vue était restée gravée dans sa mémoire pour qu'il réagisse ainsi.

« Tu ne pouvais pas simplement ne pas le prendre ? Et ton père... »

« À douze ans, je l'ai sauté pendant une semaine. Puis, à un moment, je me suis évanoui, et quand j'ai rouvert les yeux, mon hyung m'a dit que j'avais dévoré un loup. Après ça, tu devines la suite. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Chaque fois que je faisais mine de ne pas vouloir le boire, on m'enfermait dans ma chambre. On ne me donnait même pas à manger. C'était un ordre de mon hyung et de mon père. »

C'était du moins le souvenir que j'en avais.

Leo se prit la tête entre les mains, comme s'il venait d'entendre une histoire de fou.

« ... Désolé de demander ça dans un moment pareil, mais tu as vraiment mangé un loup ? »

« Aucune idée. Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé après que j'ai perdu connaissance. »

« C'est peut-être présomptueux de ma part, mais est-ce qu'il est possible que ton hyung ait menti ? Honnêtement, même avec la magie, comment un enfant aussi jeune pourrait-il attraper et manger une bête pareille ? Mettre en scène une situation pour qu'elle ait l'air vraie, ce ne serait pas un problème du tout. »

« Ça suffit. »

« Alors les rumeurs sur le fait que tu suces le sang, que tu es lié au Plérôme... il est possible que ce soit ton hyung qui les ait répandues aussi. »

« Exact. »

Leo enfouit son visage dans ses deux mains.

Après avoir gémi un long moment, il releva la tête, les traits tirés.

« ... C'est démentiel. Il faut le signaler immédiatement à l'Unité d'enquête royale. »

« Mais tu ne vas pas le signaler. »

« Non, on ne peut pas encore agir à la légère. Ton hyung a forcément paré à ça aussi. »

« Tu comprends vite. »

Comme on pouvait s'y attendre, l'ami du Protagoniste n'était pas n'importe qui.

C'était pratique, de se comprendre aussi bien.

« Qu'est-ce qu'on est censés faire, là... Toi aussi, tu veux échapper à ton hyung, pas vrai ? Tu as vraiment changé. Cette fois... enfin, tu as un peu soigné ton apparence, et à te voir utiliser la magie, on dirait que tu as arrêté le médicament aussi. Honnêtement, c'est la première fois que j'ai une conversation avec toi qui se passe aussi bien. »

« Évidemment. Je veux vivre. »

« Et si tu retenais ta puissance... c'est que tu veux changer, mais que tu as peur que ton hyung s'en aperçoive. C'est ça ? »

« C'est ça. Mais ça aussi, c'est terminé. Si je continue plus longtemps, je risque d'éveiller les soupçons de mon hyung. »

« ... Et moi qui ne savais rien de tout ça quand je t'ai dit ces choses... »

Leo enfouit de nouveau son visage dans ses mains, accablé, et repensa au passé.

Une fois qu'il eut commencé à fouiller ses souvenirs, tous les incidents de première année où il avait pris de haut Lucas lui revinrent en masse.

Il ne pouvait pas faire autrement, puisqu'il ignorait alors la situation, et peut-être n'était-ce pas une faute qu'il devait se reprocher à lui seul... mais après avoir entendu cette histoire, la culpabilité et le regret le submergèrent.

'Je voulais juste... je voulais juste que ce type utilise sa magie comme il faut.'

Je n'avais pas voulu admettre que la personne que j'avais admirée toute ma vie, celle qui avait changé mon avenir, se laisse piétiner par les autres.

Je pensais qu'il avait abandonné trop facilement face à l'adversité.

Je pensais qu'il se montrait faible alors qu'il avait l'arme pour retourner l'opinion.

Ce n'est que maintenant que la honte me brûlait le visage.

J'avais jugé trop facilement la vie de quelqu'un d'autre.

J'avais fait de l'école un lieu de souffrance de plus pour un ami qui souffrait déjà de ses problèmes de famille.

Même si tous les élèves détestaient Lucas et que je n'étais pas le seul à avoir créé cette ambiance, il était vrai que j'y avais contribué.

Leo s'excusa, incapable de croiser mon regard.

« Pardon. Je ne savais rien de ta situation et j'ai... »

« J'aimerais savoir exactement de quoi tu t'excuses. »

« ... De t'avoir traité avec mépris toute l'année dernière sans rien savoir, et de t'avoir provoqué hier pour te chercher des noises, de tout. »

Je parcourus soigneusement les souvenirs de Luca.

Leo avait effectivement beaucoup contribué à rendre la vie scolaire de Luca plus désolée encore.

Quelqu'un qui était détesté par un élève populaire ne pouvait pas avoir une vie scolaire normale.

'Bien sûr, même si Leo ne l'avait pas montré, Luca aurait eu la même image ici de toute façon...'

Je laissai échapper un rire amer face à cette triste réalité.

Leo avait bel et bien jeté de l'huile sur le feu en montrant ouvertement qu'il méprisait Luca.

Mais ce feu brûlait déjà joliment depuis le premier jour de la rentrée.

'Ça ne veut pas dire qu'il n'en a pas souffert du tout, cela dit.'

Comme je regardais Leo en silence, il baissa la tête.

« Je suis désolé. C'est tard, mais si je peux t'aider en quoi que ce soit, je t'aiderai pour n'importe quoi. »

« Eh bien, est-ce que je peux remettre mon pardon à plus tard ? »

Je ne suis pas Luca. Celui qui avait vécu sous la désapprobation des autres, ce n'était pas moi, c'était Luca.

Si un jour je quittais ce corps, il devrait vivre seul ensuite.

Alors, quoi qu'il en soit du reste, je voulais au moins lui laisser ce choix-là.

À ces mots, Leo hocha la tête.

« Bien sûr. Tu n'es pas obligé d'accepter. Je ne m'excusais pas pour te mettre un poids sur les épaules. C'est juste que, quelles que soient les circonstances, tu avais forcément tes raisons de vivre comme ça... Je suis désolé de t'avoir montré mon aversion pendant tout ce temps. »

J'observai en silence Leo, dont les propos devenaient de plus en plus décousus.

En réalité, ce moment aurait dû arriver dix ans plus tard, au moment de régler son compte à mon hyung.

Grâce au fait que j'avais changé le cours des choses, j'avais pu entendre des excuses sincères alors que Luca était encore en vie.

Il devait être traversé par toutes sortes d'émotions en ce moment, mais du point de vue de Leo, mieux valait vider son sac tant que l'autre était vivant que présenter ses excuses à une tombe.

Surtout, le simple fait qu'il se sente coupable d'un tel comportement et s'en excuse, alors qu'il aurait pu se contenter de suivre l'ambiance de l'école, montrait que sa nature n'était pas mauvaise au départ.

J'examinai attentivement le visage de Leo.

Il avait l'air abattu depuis bien trop longtemps.

Et si je détendais un peu l'atmosphère, maintenant ?

« Ce n'est rien. Comment tu aurais pu savoir alors que je ne t'avais rien dit ? »

« Justement, même si tu ne disais rien, il y a forcément une raison pour qu'une personne vive dans un état pareil, mais moi, j'ai fait passer mes sentiments en premier... »

« ... J'ai compris, mon vieux. Je te dis d'arrêter d'y penser. »

Je l'avais déjà remarqué hier, quand il avait déversé ses paroles sans les choisir, mais ne pas savoir ce qu'il raconte semblait être un trait de caractère de ce type.

Je réprimai l'envie de le frapper et hochai la tête.

Je lui laissai le temps de réfléchir seul, mais même après un moment, le visage de Leo restait livide.

'Ça ne va pas.'

S'il creusait aussi loin, ce serait pénible non seulement pour lui, mais pour moi aussi.

Je ne voulais pas aborder le sujet, mais je n'avais pas le choix.

« Ne te reproche pas trop cette histoire. La vérité, c'est que, l'attitude en cours et tout ça mis à part, tu voulais juste voir ma vraie magie, non ? »

À ces mots, Leo eut l'air un peu perplexe, puis hocha la tête.

« ... Dans une certaine mesure. Ça m'énervait que tu saches utiliser la magie mais que tu supportes que les autres te méprisent. En fait, j'ai vu ta magie quand on était petits. Je me disais qu'avec une magie pareille, tout serait réglé... »

« Ce n'est pas ce que j'ai entendu. »

« Hein ? »

« Il me semble que tu as dit quelque chose comme : "Pouvoir revoir ça, si tu savais combien j'ai attendu ce jour..." »

« J'ai dit ça ? »

Les yeux du gars tremblèrent comme jamais.

'Comme je m'en doutais, il n'avait pas toute sa tête à ce moment-là.'

« J'ai dû mélanger mes mots. Pas à ce point-là... »

« Non, tu as dit que tu avais commencé la magie à cause de moi. »

« Quoi ? »

Seul le silence s'ensuivit.

Leo, incapable de refermer la bouche, parla d'un ton désemparé.

« Attends. Qui t'a dit ça... ? »

« ... Si tu devais être aussi choqué, tu aurais dû nier tout de suite. »

J'avais beau être celui qui avait mis le sujet sur la table, voir une réaction aussi stupéfaite me tira un rire amer, mêlé de compassion.

Cela dit, nier n'aurait rien changé de toute façon.

Quoi qu'il en soit, je ne pouvais pas lui dire que je l'avais lu dans un livre. Pour l'instant, je pris un ton détaché.

« Tu me l'as dit juste avant de t'effondrer hier. Je ne devrais pas le savoir ? »

À ces mots, toute couleur quitta le visage de Leo.

Il fit de son mieux pour répondre comme d'habitude et secoua la tête.

« Non, ce n'est pas ça. Ça ne me dérange pas que tu le saches. Ne le dis juste pas aux autres. »

« Je ne leur dirai pas. En tout cas, quel honneur. Dire que tu as commencé la magie à cause de moi. »

Luca devrait savoir ça.

Si le vrai Luca l'avait su, quelle réaction aurait-il eue ?

Comme je souriais en pensant à cela, le gars dut croire que je me moquais de lui, car il me rembarra, le visage écarlate.

« Tu ne vas pas en cours ? Et pour être précis, j'ai commencé à cause de ta magie, pas à cause de toi. Je ne me souvenais même pas de ton visage. Ça m'est juste revenu en voyant ton nom. »

J'eus envie de lui demander si ma magie était apparue de nulle part, mais je laissai couler pour le moment.

« D'accord, j'ai compris. Maintenant, assez parlé de ça, j'ai deux services à te demander. J'ai besoin de ton aide. »

« Pourquoi tu fixes même un nombre ? Dis-moi, c'est tout. »

Leo avait répondu sèchement.

J'ignorai simplement ce ton qui ne collait pas avec ses paroles. De toute façon, c'était bon signe qu'il soit prêt à coopérer activement avec moi.

« Il y a un médicament que je cherche. Procure-le-moi. »

« On le trouve dans l'Empire ? »

« Oui. »

Je sortis une note de ma poche et la lui tendis.

Comme je ne me souvenais pas des noms exacts des médicaments du roman, j'avais fouillé des livres dès que j'avais du temps. J'avais au moins pu trouver des noms familiers dans des traités de plantes médicinales.

Leo prit la note et hocha la tête.

« Ce sont des choses courantes, je peux les avoir d'ici une semaine. Je vais demander à ma famille. Et le deuxième service ? »

« Affronte-moi en duel d'entraînement tous les jours. »

« Hein ? »

Le visage de Leo s'illumina instantanément.

Il dut se rendre compte de son erreur, car il recomposa son expression, mais c'était déjà trop tard.

Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire.

« ... Pff... »

« ... Tu as l'air de te moquer de moi sans arrêt, mais c'est seulement parce que je n'ai jamais trouvé d'ami à mon niveau jusqu'ici. Tu vois ? »

« Tu crois que je suis à ton niveau ? Pas d'excuses. Alors, c'est oui ? »

À ces mots, Leo détourna les yeux et ferma la bouche.

En réalité, même pour parler, on ne pouvait pas dire que nous étions au même niveau. Mon mana était exceptionnel, mais ma maîtrise de la magie n'avait rien de remarquable.

Leo se remémora l'année passée.

Développer ses capacités aux côtés de celui qui l'avait mis sur cette voie.

C'était ce qu'il espérait depuis qu'il avait entendu dire que ce type entrerait à l'Académie.

'Non, peut-être que je l'espère depuis dix ans.'

Combien d'efforts avait-il fournis pour acquérir des capacités à la hauteur de la magie de Lucas, depuis le jour où il l'avait vue ?

Ce n'était donc pas un service que ce type devait lui demander, mais plutôt un service que lui-même aurait dû demander.

Leo hocha la tête.

« Oui. Bien sûr. »

Ding !

Au moment même où Leo répondait, un texte d'un blanc éclatant scintilla devant mes yeux.

[Félicitations !]

[Suggestion : 'Faire de Leonard Wittelsbach votre allié.' Réussie !]

[Chapitre 2. Aide-toi, et le Ciel t'aidera (2) : terminé !]

[Voie 1 : 〈 Chapitre 3. La goutte d'eau finit par creuser la pierre (1) 〉 confirmée.]

[〈 Chapitre 3. La goutte d'eau finit par creuser la pierre (1) 〉]

'Hmm.'

Bien, je suis satisfait.

On dirait que les fondations sont posées.

Cette suggestion semblait plutôt importante, alors est-ce que quelque chose a changé ?

J'ouvris ma fenêtre de statut.

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