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Chapitre 35

Chapitre 35 — Suis-je si difficile ?

10 octobre 2026 ~9 min · 1 601 mots

C'était vraiment trop fort.

En repensant aux deux marchands d'âge mûr qui parlaient d'elle à table, Vanessa sentit monter une bouffée d'indignation.

Par un heureux hasard, l'un des deux bavards avait laissé tomber sa bourse, alors Vanessa avait décidé de lui jouer un petit tour.

Qui leur avait demandé de parler d'elle dans son dos ?

Ils auraient pu raconter n'importe quoi d'autre, mais répandre la rumeur qu'elle envoyait des poils et des ongles à Mirexia ?

Ce n'était pas le genre de chose que seul un pervers ferait ?

Même l'ancien Winnie n'aurait pas envoyé des choses aussi répugnantes, si ?

Et comment pouvaient-ils colporter de telles rumeurs à la légère ?

Qui enverrait jamais des choses aussi intimes à quelqu'un ?

Ce genre de rumeur ne ferait que causer des ennuis, à elle comme à Mirexia !

Quant à la rumeur selon laquelle elle aurait volé un bonbon à un enfant, c'était encore plus absurde.

L'ancien Winnie était peut-être un fauteur de troubles, mais ce n'était pas un chien errant.

Même au pire de lui-même, ses actes avaient forcément une raison.

Quel bénéfice aurait-elle pu tirer du vol d'une sucette à un enfant ?

Une sucette couverte de la salive de quelqu'un d'autre ?

Rien que d'y penser, elle en avait la nausée.

Même un fou ne ferait pas quelque chose d'aussi ridicule, si ?

D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, non seulement ces faits n'avaient jamais eu lieu, mais ils n'avaient même rien d'approchant.

Ce qu'elle tolérait le moins, c'était la rumeur selon laquelle elle aimait les garçons !

Si son excellente éducation ne l'avait pas retenue, elle se serait levée pour demander à ces deux messieurs avec quel argent, d'après eux, elle entretiendrait des mignons ?

Sur ce point, Aesphyra et elle étaient alliées : elles aimaient toutes les deux les filles douces et tendres.

La différence, c'est qu'Aesphyra était attirée par la beauté.

Pourvu que quelqu'un soit assez joli, cette petite coquine était prête à passer du temps à conquérir son cœur.

Vanessa, elle, n'était pas si difficile.

Pourvu que la personne s'entende bien avec elle et l'aime sincèrement, cela suffisait.

Tout comme dans l'histoire d'origine, de fausses rumeurs malveillantes sur Winnie surgissaient de temps à autre.

Difficile de dire qui les lançait, mais les nobles de la capitale se faisaient certainement un plaisir d'attiser le feu.

Après tout, d'innombrables nobles convoitaient la beauté de Mirexia, son rang, sa fortune, et le pouvoir suprême et les avantages qu'apportait un mariage avec la première héritière du royaume.

Ils étaient prêts à tout pour éliminer leurs concurrents.

C'était une règle tacite, mais toi, Winnie, tu osais la courtiser ouvertement et lui coller aux basques ?

N'était-ce pas te dessiner une cible dans le dos ?

Même les enfants des nobles puissants n'osaient pas afficher publiquement leurs intentions.

Ne devrais-tu pas te regarder dans un miroir et te demander si tu en es seulement digne ?

Très bien : si tu ne veux pas te tenir correctement, on va t'y obliger.

C'est ainsi qu'avec l'aide de ces nobles, les rumeurs malveillantes sur son compte devinrent de plus en plus extravagantes, et sa réputation empira naturellement.

L'ancien Winnie n'était pas vraiment quelqu'un de bien, mais la diffusion de ces rumeurs absurdes et exagérées devait beaucoup à ces nobles.

Ce à quoi elle ne s'attendait pas, c'est qu'ils puissent tomber assez bas pour répandre des rumeurs sur ses mœurs…

Une autre raison était que, face à la famille Varelis autrefois glorieuse qui avait régné sur l'Église, chacun voulait l'achever maintenant qu'elle était à terre.

Après tout, l'Église avec la Sainte du Rayonnement et l'Église sans elle étaient deux entités totalement différentes en matière d'influence.

L'influence de l'Église s'étendait toujours sur toutes les nations humaines, mais son pouvoir de dissuasion n'était plus ce qu'il était.

Aussi se faisaient-ils un plaisir de ternir la réputation de Winnie, pour effacer la légitimité de la famille Varelis au sein de l'Église.

Quant à savoir qui se cachait derrière cette seconde raison, difficile à dire.

C'était justement pour cette raison que Vanessa n'osait ni révéler publiquement l'éveil de sa lignée, ni entrer ouvertement à l'Académie Carillian.

Pour elle, révéler le secret de l'éveil de sa lignée ne ferait que faire d'elle une cible.

Elle risquait même d'être étouffée dans l'œuf par quelque puissance intrigante.

Inutile de compter sur l'Église pour la protéger : elle soupçonnait que la principale force qui la visait était l'Église elle-même.

Quelqu'un voulait faire disparaître pour de bon la Sainte de l'Église.

Mais si c'était le cas, c'était parfaitement inutile.

Vanessa soupira doucement en son for intérieur.

L'Église du Rayonnement et la position de Sainte ne l'intéressaient pas.

Elle savait parfaitement qui elle était.

Elle savait qu'elle n'était qu'un petit PNJ dans ce monde, sans le destin de l'héroïne ni les faveurs de la providence.

Sa seule ambition était d'obtenir sans encombre son diplôme de l'Académie Carillian, de trouver un bon travail et, de préférence, de gagner un petit fief grâce à des faits d'armes.

Ensuite, elle trouverait une gentille PNJ qui lui conviendrait pour passer le reste de sa vie avec elle. C'était tout.

Comparés à ceux des héroïnes de cette histoire, ses rêves étaient d'une banalité incroyable.

Après tout, elle ne savait que trop bien ce qu'il en coûte d'avoir les ambitions d'un héros sans en avoir la chance.

Et devenir Sainte ?

Sans même parler de la gêne si l'on découvrait que la Sainte de l'Église était en réalité un homme, le titre lui-même représentait l'autorité suprême de l'Église.

Ça sonnait extrêmement risqué, non ?

Non seulement elle devrait sans cesse se méfier des luttes de pouvoir internes, mais chaque fois qu'un conflit éclaterait entre nations humaines, elle devrait servir de médiatrice, non ?

Et quand les démons attaqueraient, la Sainte devrait sans aucun doute mener la charge et les combattre, non ?

Les démons du continent de Terraria étaient réputés pour leur férocité au combat.

Si elle se retrouvait en première ligne sans l'aide de l'héroïne, sa tête ne tarderait pas à orner les remparts.

Et même si elle ne mourait pas, être capturée vivante serait tout aussi terrible.

Elle avait vu plus que sa part d'illustrations sur le thème « le démon et la Sainte » dans sa vie précédente !

Était-ce une sorte de châtiment karmique ?

Voilà qui rendait la position de Sainte encore moins attrayante.

Pourquoi chercher ce genre d'attention ?

Grandes ou petites, aucune de ces affaires ne la concernait.

Si le ciel tombait, Aesphyra, l'élue tricheuse, et les autres héroïnes s'en occuperaient. Elle n'avait qu'à vivre tranquillement sa vie de PNJ.

Il y avait moins de passants la nuit. Vanessa regagna sur la pointe des pieds sa vieille bâtisse délabrée et referma doucement la porte.

Il était tard, et après une journée chargée, elle avait enfin satisfait ses besoins élémentaires.

Elle avait sommeil et voulait vite faire sa toilette et aller se coucher.

Mais son corps semblait refuser d'être traité aussi sommairement et protestait d'instinct contre ce genre de comportement.

Il lui fallait un vrai bain.

Mais en arrivant à la salle de bains, Vanessa se rendit soudain compte d'un sérieux problème.

Il semblait qu'il n'y avait plus à la maison ni gel douche, ni shampooing, ni parfum, ni produits de soin.

Enfin, ce n'est pas qu'il n'y en avait plus : il n'y en avait jamais eu.

À part le shampooing, Winnie n'utilisait jamais ces produits sophistiqués et superflus pour se laver.

L'ancien Winnie était un peu négligé et rustre en matière d'hygiène personnelle, comme la plupart des garçons qui ne s'embêtent pas avec des produits de soin pour entretenir leur corps.

C'était dû en partie à sa situation financière, et en partie au fait qu'il n'avait pas reçu d'éducation noble et trouvait l'idée d'un mode de vie raffiné pénible et inutile.

Cela expliquait aussi son indifférence pour son apparence.

L'idée d'avoir négligé si longtemps son corps mettait Vanessa extrêmement mal à l'aise, comme si elle avait été souillée par quelque chose de sale. Elle avait l'impression que chaque poil de son corps se hérissait, raide et glacé.

Elle savait que ses tendances obsessionnelles reprenaient le dessus.

Incapable de supporter ce supplice, elle n'eut d'autre choix que de ressortir et de se rendre dans une boutique d'articles du quotidien pour y choisir avec soin une foule de produits de soin.

Elle était partie les mains vides, mais revint avec un sac à dos rose bien rebondi.

Bon, le sac à dos rose était un cadeau offert à partir d'un certain montant d'achats.

Honnêtement, si elle ne l'avait pas vécu elle-même, Vanessa n'aurait jamais su qu'elle pouvait être aussi difficile.

Ses tendances obsessionnelles l'obligeaient à comparer chaque produit, non seulement pour son efficacité, mais aussi pour son rapport qualité-prix, puis à se demander s'il convenait à son type de peau et de cheveux.

Elle ne pouvait se contenter de rien de moins que la perfection.

C'était comme si ses propres obsessions la torturaient sans fin.

Elle voulait simplement acheter quelque chose de passable et en finir, mais son instinct la poussait sans cesse à viser la perfection.

Plus incroyable encore, Vanessa n'avait jamais prêté attention à ces produits de soin de jeunes dames nobles, et pourtant son sens du choix se révélait étonnamment aiguisé.

Le patron de la boutique, qui espérait lui refiler quelques articles hors de prix, tape-à-l'œil mais inutiles, suait à grosses gouttes en se disant : « Oh non, ce n'est pas une de ces jeunes héritières naïves et fortunées. »

Il lui fallut plus d'une heure pour enfin se sentir satisfaite. Épuisée, elle se traîna hors de la boutique.

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