Il ne restait plus que Winnie dans cette vaste demeure, et pourtant, il se sentait étonnamment soulagé.
En se réveillant le lendemain matin, il était d'une humeur nettement meilleure.
Peut-être parce qu'il s'était trouvé une nouvelle direction dans la vie : accumuler de la Vertu, ou, comme il disait pour plaisanter, « farmer ».
Il se laissait un peu emporter.
À la surprise de Winnie, après qu'il eut congédié de force Dak, l'espion de quelqu'un d'autre, celui-ci était parti sans la moindre hésitation.
Le lendemain, il n'en restait aucune trace dans la cour.
Winnie s'attendait à ce que Dak s'accroche un peu plus longtemps, peut-être en feignant l'ignorance, en se disant que la colère de Winnie retomberait au bout de quelques jours et que la décision de le renvoyer serait annulée.
Même en déclin, la famille Varelis restait de la noblesse.
Si Dak avait pris le risque de venir ici comme espion, c'est qu'on lui avait sans doute promis de belles récompenses.
Avant de les avoir touchées, il n'aurait pas renoncé si facilement.
Maintenant, il semblait que Dak ait été plutôt raisonnable, ou bien que la personne derrière lui se soit lassée et ne croie plus que Winnie, ce menu fretin, puisse causer le moindre problème.
Ils avaient donc tout simplement rappelé l'espion pour ne laisser aucune preuve.
Tôt le matin, Winnie se leva, descendit l'escalier grinçant, grignota un peu de pain noir, puis quitta la cour sans même prendre la peine de verrouiller le portail.
Tout ce qu'il possédait était sur lui, et sa maison était si miteuse qu'un voleur en aurait pleuré en la voyant, et y aurait peut-être laissé quelques pièces de cuivre par pitié.
Il ne craignait donc pas les cambriolages.
Toutefois, il ne se rendit pas directement à l'église pour prier. Il retourna plutôt dans les bas-quartiers.
Même si, vu ses économies actuelles, donner ne serait-ce qu'une pièce de cuivre lui faisait mal au cœur, il était déterminé à explorer tous les mécanismes du système de Vertu.
« Tiens, mais c'est le bon monsieur ! Vous revoilà ? » Par hasard, il tomba sur le mendiant à qui il avait fait l'aumône la dernière fois.
Le mendiant débraillé était tout content de revoir le jeune maître : les autres nobles l'évitaient d'ordinaire avec dégoût, et ne lui donnaient encore moins quoi que ce soit.
« Tss, encore toi ? » Winnie haussa un sourcil, puis sortit une pièce de cuivre de sa poche et la lança au mendiant.
« Il se trouve que j'ai un peu de monnaie en trop aujourd'hui. Prends, espèce de sale type puant. »
« Ah ! Vous êtes si généreux ! » Les yeux du mendiant s'illuminèrent et il s'empressa d'accepter la pièce.
Lorsque les mots « Vertu +1 » apparurent dans son champ de vision, les lèvres de Winnie s'étirèrent en un sourire.
Exactement comme il l'avait prévu.
Comme les quêtes quotidiennes d'un jeu, qui se réinitialisent, le système de Vertu fonctionnait de la même manière.
Après avoir fait l'aumône et gagné de la Vertu aujourd'hui, il pourrait recommencer demain pour en gagner encore, même si ce n'était qu'un point à la fois.
C'était parfait.
Le mendiant était content parce qu'il recevait l'aumône, et Winnie était content parce qu'il accumulait de la Vertu.
Tout le monde avait un brillant avenir devant soi.
Son total de Vertu s'élevait désormais à 5.
Winnie se rendit ensuite dans une épicerie, acheta quelques bonbons et alla à l'orphelinat les distribuer aux enfants.
Il passa l'après-midi à jouer avec eux.
« Hahaha ! » Winnie ne pouvait s'arrêter de rire en voyant ses points de Vertu s'accumuler, tandis que le spectacle de ce jeune homme jouant avec les enfants touchait profondément le directeur de l'orphelinat.
Quelle personne merveilleuse ! Même s'il avait dit qu'il ne viendrait pas souvent, il était revenu un autre jour, dépensait temps et argent en bonnes œuvres, et en était encore si heureux.
Un vrai grand philanthrope !
« Grand frère idiot, tu es encore là. »
« Petit morveux, je ne suis pas venu jouer avec toi. Pourquoi tu traînes dans mes pattes ? »
« Oh, je parie que grand frère a tellement perdu la dernière fois qu'il a peur maintenant », fit le petit garçon en faisant la moue.
« Peur ? C'est toi qui as perdu la dernière fois, petit idiot. On dirait que tu n'as pas retenu la leçon, hein ? »
Distribuer des bonbons et jouer avec les enfants de l'orphelinat lui rapporta encore deux points de Vertu, ce qui porta son total à 7.
Après le déjeuner, Winnie quitta l'église, satisfait.
Fatigué, certes, mais avec l'impression d'avoir fait une belle affaire.
Il s'éloignait en fredonnant lorsque, peu après, une silhouette éblouissante sortit du bâtiment principal de l'orphelinat.
Une jeune fille aux cheveux d'argent, éthérée, comme venue d'un autre monde, apparut dans la vieille rue.
Sa présence était celle d'une fée égarée par erreur dans le monde des mortels, créant un contraste onirique avec la réalité.
Elle ressortait de manière saisissante, comme si elle était le personnage principal partout où elle allait.
Même vêtue simplement ce jour-là, d'un uniforme à jupe plissée écossaise rouge, ses cheveux d'argent tombant en cascade, attachés en tresse de princesse avec un grand nœud noir à l'arrière, et une pierre précieuse violette près de sa jupe assortie à la couleur de ses yeux, elle restait captivante.
Ses bas noirs montaient jusqu'aux genoux, assortis à des bottes de cuir.
« Grande sœur Aesphyra ! » Les enfants se précipitèrent vers elle en babillant avec excitation.
Elle semblait très populaire auprès d'eux.
Ses beaux yeux, empreints d'une pointe d'amusement, se posèrent sur la silhouette qui s'était déjà éloignée.
Une acuité et une profondeur à peine perceptibles passèrent dans son regard, puis tout redevint normal tandis qu'elle se penchait vers les enfants.
« Vous vous êtes bien amusés, tout à l'heure~ ? »
« Bof. Ce grand frère était trop nul, alors ce n'était pas très excitant », répondit l'un des enfants.
« Est-ce que ce grand frère vient souvent jouer avec vous ? » demanda Aesphyra avec un sourire sincère.
Son expression pure et captivante suffisait à pousser n'importe qui, a fortiori des enfants, à se confier à elle sans hésiter.
« Non, il vient seulement depuis peu. Il est maladroit et il parle plutôt méchamment, mais il est vraiment patient quand il joue avec nous », dit le garçon en faisant la moue.
« Je vois. »
« Dame Aesphyra », dit le directeur de l'orphelinat en s'approchant à cet instant.
Le vieil homme traitait Aesphyra avec le plus grand respect, et pour cause.
Cette jeune fille aux cheveux d'argent d'une beauté saisissante était l'une des principales bienfaitrices de l'orphelinat, et ses contributions égalaient presque celles de l'Église elle-même.
« Belle et bonne » : l'expression décrivait parfaitement Aesphyra.
Le vieux directeur avait autrefois quelques préjugés envers les nobles, qu'il croyait tous arrogants et méprisants envers le peuple.
Mais désormais, il savait à quoi s'en tenir. On ne pouvait pas généraliser : parmi la noblesse, il y avait des gens comme Winnie et Aesphyra, pleins de bienveillance envers autrui, même si le premier avait une façon un peu plus maladroite de l'exprimer.
« Merci pour votre peine, monsieur le directeur. Et merci d'avoir préparé le thé et les gâteaux », dit Aesphyra avec politesse et grâce.
« Je vous en prie, ce n'est rien. Sans votre soutien, je ne sais pas comment nous aurions passé cet hiver », répondit le vieux directeur avec un sourire chaleureux, en jetant un coup d'œil aux enfants.
« C'est moi qui devrais vous remercier. »
« Ce n'est qu'un petit geste », dit Aesphyra en balayant ses remerciements d'un sourire.
« Jusqu'à ce que la déesse leur accorde ses bénédictions, je confie à vos soins ces enfants abandonnés par le destin. »
« C'est mon devoir », répondit le directeur.
Après avoir bavardé un moment avec le directeur, Aesphyra quitta l'orphelinat.
Elle était à l'orphelinat à boire le thé bien avant l'arrivée de Winnie, et avait donc naturellement assisté à tout ce qui s'était passé après son apparition.
Ce n'était pas son comportement qui la laissait perplexe, c'était lui.
Ces actes n'auraient pas dû venir de cette personne-là.
Cette personne, ce démon qui, dans sa vie antérieure, avait rejoint les cultistes, semé la dévastation et causé sa propre mort.
En repensant à ce qu'elle venait de voir, c'était une chose qu'il n'aurait jamais faite, ni dans sa vie antérieure, ni dans celle-ci.
Mais à quoi bon jouer une telle comédie ?
Aesphyra plissa les yeux.
Elle devait garder un œil sur ce vaurien et découvrir ce qu'il manigançait. Et d'ailleurs…
Elle avait encore un compte à régler avec lui depuis sa vie antérieure~
