Jadis, le monde avait traversé une crise.
Sur un même continent se trouvaient neuf royaumes.
C'était un monde en paix, une paix provisoire bâtie sur un parfait équilibre des forces militaires.
Mais elle s'était effondrée, il y avait tout juste dix ans.
C'est à cette époque qu'un dragon maléfique était apparu dans les lointaines terres du Nord.
Ce dragon maléfique tant redouté, nommé Colchis, avait fondu sur l'un des pays du Nord.
Il dévorait les gens comme on fauche le riz, et mena ce royaume au bord de l'anéantissement.
Plusieurs pays unirent leurs forces et envoyèrent des troupes pour le soumettre.
Mais il apparut clair comme le jour que le dragon maléfique était invincible.
Ses écailles noires et luisantes étaient plus dures que l'acier, au point de repousser sans peine les traits de baliste et les béliers.
Et, depuis des hauteurs que ni épée ni lance ne pouvaient atteindre, le dragon crachait un souffle brûlant capable de faire fondre l'acier et de réduire les hommes en charbon.
La bataille tourna au massacre à sens unique, ce qui ne fit qu'attiser la colère du dragon maléfique.
Ces humains qu'il traitait comme de la nourriture et des jouets avaient osé l'attaquer. C'était impardonnable.
Le dragon maléfique visa aussitôt la capitale du royaume et réduisit son château en cendres, avec tous les hommes d'État qui s'y trouvaient.
Puis il étendit ses ravages aux pays voisins, et toutes les villes et tous les villages sur son passage furent eux aussi réduits en cendres.
À cause de ce drame, les trois pays du Nord furent rayés de la carte en un éclair.
Les six autres pays comprirent enfin qu'une crise mondiale était en cours.
Mais ils n'y pouvaient rien.
Même avec une grande armée, impossible de blesser le dragon maléfique, ni même de lui faire une seule égratignure.
Dans ce cas, comment le soumettre ?
De plus, en cas d'échec, tous les pays seraient incendiés en représailles.
S'ils faisaient bouger leurs armées, les représailles seraient certaines.
Mais sans l'armée, leur force militaire serait à coup sûr insuffisante.
Les dirigeants inquiets finirent par trouver une solution.
Ils choisiraient la plus grande force de combat de chaque pays, et en feraient une équipe de vagabonds sans attaches qui attaquerait le dragon maléfique.
Comme aucun pays ne serait impliqué, inutile de craindre des représailles.
Et comme ce ne serait pas une armée qui se déplacerait, il serait facile d'endormir sa vigilance et de l'approcher en secret.
Le désavantage du petit nombre pourrait aussi être compensé en le combattant dans la grotte devenue l'antre du dragon maléfique.
Ou plutôt, ils estimèrent qu'il valait mieux l'affronter dans la grotte, pour l'empêcher de renverser la situation en s'envolant.
Ainsi, chaque pays choisit l'un des six héros.
Un pays choisit un humain, héros maniant une épée sacrée : Lyell.
Un pays choisit un nain, guerrier portant un bouclier sacré : Gadius.
Un pays choisit un elfe qui maîtrisait toutes les magies sans exception : Maxwell.
Un pays choisit une humaine, sainte capable de guérir n'importe quelle blessure tant qu'on était en vie : Maria.
Un pays choisit une femme-chat, sage capable d'ôter mille vies d'un seul ordre : Cortina.
Un pays choisit un demi-démon, assassin célèbre sous le nom de la Lame d'Ombre : Reid.
Comme on l'espérait, ces êtres puissants mirent fin à ce combat acharné, et le dragon maléfique Colchis fut soumis.
Sans perdre un seul des leurs, ils accomplirent un exploit sans précédent… mais c'était bien trop pour leurs pays d'origine.
La renommée de Lyell et de Gadius ébranla le trône ; la popularité de Maria et de Cortina dépassa le pouvoir du pape.
Mis à part Maxwell, déjà prince du Pays des Elfes, la position des cinq héros échappait désormais au contrôle de chaque pays.
Les puissants craignaient les représailles des héros. Et puis, il y avait le héros Reid…
Parmi les six héros, Reid faisait figure d'exception.
C'était un assassin, mais il n'était pas mauvais.
Lui qui se battait et tuait selon sa propre justice était profondément redouté.
Ses critères du bien et du mal ne dépendaient que de lui, ce qui traçait une frontière entre lui et les autres puissants.
En temps normal, une conduite aussi téméraire n'aurait pas été tolérée. Mais sa force au combat suffisait à l'imposer.
C'est pour cette raison qu'on l'avait choisi comme héros : on pouvait dire qu'ils avaient tous été choisis comme l'atout maître de l'humanité.
Au bout du compte, ils furent chassés de leurs pays d'origine, sous prétexte de relever les trois pays détruits.
Mais pour eux, l'affaire était déjà entendue.
La sage Cortina avait prédit que les choses tourneraient ainsi.
Bien sûr, pour ne pas se les mettre à dos, chaque pays leur avait accordé des récompenses, histoire d'étouffer toute velléité de rébellion.
Les héros connaissaient les véritables intentions des puissants, mais ils partirent docilement pour les contrées reculées.
Ce conflit ne servait à rien : le pouvoir politique ne les intéressait pas, ils voulaient seulement finir leur vie en paix.
Mais les héros savaient qu'une fin viendrait bientôt.
Tout commença avec le mariage de Lyell et de Maria.
Une fois qu'ils furent ensemble, le groupe se dispersa.
Leurs relations ne posaient aucun problème ; les problèmes vinrent ensuite.
Leurs capacités supérieures étaient trop élevées pour que les autres aventuriers puissent suivre.
En plus, Gadius réalisa son rêve d'ouvrir une boutique et se retira.
Les forces principales s'étant retirées, Maxwell rentra dans son pays natal, où il pouvait porter le titre de roi.
Privés de but, seuls Reid et Cortina restèrent aventuriers.
Mais un jour, Reid dut affronter seul le Diable, et il finit par y laisser la vie.
Les renforts n'arrivèrent pas à temps, et Cortina, désormais seule, se retira à son tour, désespérée.
Maxwell décida de se consacrer à l'enseignement dans l'école de magie qu'il venait d'ouvrir.
Puis le temps passa… Dix ans s'étaient écoulés depuis.
