Le royaume d'Edelstein, une nation située dans la partie occidentale du continent de Ludna. Dans une petite ville de ces confins de l'ouest, deux hommes discutaient avec une religieuse devant la porte d'une église. L'un d'eux tenait un grand panier dans les bras.
« Bien. Je vous laisse le reste. »
« Certainement. J'en prendrai grand soin. Que Dieu bénisse votre geste de compassion. »
La religieuse d'âge mûr, après avoir reçu le panier des mains de l'homme, adressa aux deux hommes un geste de prière. Ils répondirent d'un hochement de tête respectueux, puis quittèrent l'église.
« Ça vous va comme ça, patron ? »
« Ah, cet endroit fera l'affaire. Je ne sais pas comment il va se faire une vie ici… mais ce n'est pas à moi d'en porter la responsabilité. »
L'homme qui avait porté le panier donna sa réponse, arrachant un sourire en coin à celui qui avait posé la question.
« Vous auriez pu vous en débarrasser en route, vous savez. Mais non, vous trimballez ce truc à travers la frontière, vous vous donnez du mal pour vous en occuper dans un endroit que vous ne connaissez même pas, tout ça dans les règles. Vous êtes vraiment un drôle de numéro. »
« J'ai accepté le paiement, non ? Cette femme était étrange… mais elle a payé une somme rondelette. »
L'homme qui avait porté le panier répondit tandis que l'image de leur cliente lui traversait l'esprit.
Les deux hommes étaient marchands. Celui qui portait le panier dirigeait une petite caravane, et l'homme à ses côtés était l'un de ses subordonnés.
Tout avait commencé deux semaines plus tôt environ, dans la capitale royale du royaume de Loire, à l'ouest du royaume d'Edelstein. Une femme étrange, bien habillée et déplacée en ce lieu, les avait abordés.
La femme, qui semblait suivie, voire traquée, leur avait mis le panier entre les mains, paniquée. Elle les avait suppliés de le faire sortir du pays, de prétendre qu'ils l'avaient trouvé au bord de la route, et de le déposer dans une église de campagne, loin des regards.
Quand les hommes avaient regardé dans le panier, leur premier réflexe avait été de refuser. Mais ses supplications désespérées… et surtout la bourse lourde de pièces d'or qu'elle leur offrait en paiement avaient suffi à faire changer d'avis le chef de la caravane.
Au bout du compte, ils avaient accepté le paiement et le panier. Passer la frontière vers le royaume d'Edelstein faisait déjà partie de leur itinéraire commercial, et voilà comment ils se retrouvaient ici.
« Je ne sais pas d'où tu viens, petit… mais fais de ton mieux pour survivre. »
L'homme jeta un dernier regard à l'entrée de l'église en prononçant ces mots.
« Bon, il est temps de retourner à la caravane et de gagner un peu d'argent. Si on ne se dépêche pas, on va rater le boom d'après-guerre. »
« Si on le rate, c'est seulement parce que vous, patron, avez décidé de faire un détour au milieu de nulle part. »
Sur cet échange désinvolte, les deux hommes s'éloignèrent de l'église.
Et c'est ainsi que leur rôle dans l'histoire du continent prit fin.
« … D'où peux-tu bien venir, mon petit ? »
La religieuse contempla le panier que lui avaient remis les deux hommes et murmura doucement.
À l'intérieur se trouvait un bébé aux cheveux d'un cramoisi profond, chose rare sur le continent.
Ce garçon, lui, avait encore un rôle à jouer dans l'histoire, un rôle bien plus grand, bien plus important.
Le nourrisson dormait paisiblement, enveloppé dans une étoffe fine, ignorant tout de sa situation et du destin qui l'attendait.
