Je restai immobile à savourer l'atmosphère de la forêt de Garued. Inspirant profondément par le nez, je savourai l'odeur des grands pins qui s'élançaient vers le ciel, immenses et, pour la plupart des gens, menaçants. Pas pour moi : les arbres dépassaient la hauteur de cent hommes, et quand l'un d'eux tombait, cela sonnait comme un coup de tonnerre. Malgré tout, je m'y sentais en sécurité. Le vent se leva, portant l'odeur de la terre humide et les notes sucrées et moisies des feuilles en décomposition.
Secouant la tête, je sortis de cet instant de félicité et me dirigeai vers ma destination. Il me fallut quelques minutes de marche. J'avançais prudemment, pour éviter de déchirer mes chaussures sur une pierre branlante ou une branche égarée. Certes, ce n'étaient guère plus que des bouts de cuir brun attachés à mes pieds avec de la ficelle, mais c'était ma seule paire, et Mère ne m'en achèterait pas d'autre avant la fin de l'été.
Une fois mon arbre en vue, je jetai un coup d'œil à droite puis à gauche pour m'assurer que personne ne me voyait. Avec un souffle nerveux, je m'accroupis près de ses racines et écartai une fougère, haute comme la moitié de moi, révélant un carré de terre nue. Après avoir creusé, je retrouvai ma boîte… mon plus grand trésor et mon plus grand secret.
C'était une simple boîte, mal fichue, aux clous rouillés et au bois qui s'écaillait, que j'avais obtenue d'un rétameur de passage au village pour une seule piécette de bronze. En soulevant le couvercle, je souris devant la vraie beauté. Il m'avait fallu presque deux ans, mais j'avais réussi à mettre de côté trente-huit piécettes, sans que ma mère, mes frères ou ma sœur n'en sachent rien.
Le réconfort du métal froid m'envahit tandis que j'en déposais deux de plus, portant ma collection à quarante tout rond. Le visage gravé sur une pièce me fixait froidement. Elle était neuve, fraîchement frappée, à l'effigie de l'empereur actuel. Qui régnait sur Kelia n'avait aucune importance si loin de la capitale. Empereurs et impératrices allaient et venaient, certains aimés, d'autres haïs. Mais une ville frontalière comme la nôtre restait immuable face aux changements incessants de souverain. La seule chose qui frappait, sur ce visage, c'était sa jeunesse : dix ou onze étés, quelques années de moins que moi.
Après un nouveau coup d'œil par-dessus mon épaule pour m'assurer qu'on ne m'observait pas, je replaçai la boîte, large d'un pied, dans son trou, la recouvris de terre et arrangeai la fougère pour que personne ne tombe dessus. Soupirant de satisfaction, j'essuyai mes mains sur mon pantalon de toile et rentrai, les bras encore endoloris par le travail de la journée.
Sur le chemin du retour, les arbres s'éclaircirent et le village de Farway apparut. On l'appelait ainsi simplement parce qu'il avait été bâti à moins de dix milles de la frontière entre Kelia et Helios, très loin de toute grande ville. Les deux empires étaient alliés depuis des générations ; les lignées impériales s'étaient tant mêlées qu'on pouvait les considérer comme une seule famille.
Le village lui-même était un ensemble varié de boutiques et de commerces qui s'étaient développés au fil du temps pour servir les nombreux voyageurs entre les deux empires. Ce n'était pas la route la plus fréquentée, mais il y avait assez de passage pour que le village compte une petite auberge, une maison close, un tailleur, un cordonnier, des bûcherons, des forgerons, des charpentiers et des dizaines d'autres commerces pour servir ces commerces.
On comptait près de deux cents bâtiments, dont beaucoup alignés le long de la large route de terre, si bien que le village était trois fois plus long que large. Nous n'avions même pas de rempart, puisque la loi impériale interdisait d'entraver les grandes routes commerciales.
Avec un soupir profond et grave, je me dirigeai vers chez moi, en espérant une portion de souper convenable. La route allait d'est en ouest, puis s'incurvait vers le sud en direction d'Helios. Avant que je puisse traverser, quelqu'un attira mon attention.
« Ohé, Ed, on te cherchait ! » cria quelqu'un sur ma gauche. Je vis Sim et Dim venir vers moi. Ils s'appelaient en réalité Simon et Dimitri. Simon avait un an de plus que moi : quatorze étés. Le garçon semblait condamné à ne jamais grandir, puisque nous faisions la même taille. Il portait un pantalon de lin sombre, une chemise crème et de vraies bottes de cuir brun qui me rendaient toujours verte de jalousie. Ses cheveux roux, qui lui tombaient aux épaules, étaient plaqués en arrière avec une sorte d'huile, selon la mode du moment.
À côté de lui marchait Dim. Il avait une tête de plus que moi, bâti comme un bœuf trop nourri, et guère plus malin que ces bêtes-là. Lui, en revanche, était habillé de façon criarde. Il portait une chemise d'homme aux poignets à volants et au col bouffant, apparemment à la mode, avec un pantalon assorti en beau coton bleu foncé. Aux pieds, il avait des bottes à talons bien faites, en cuir noir ciré. Ses cheveux blonds étaient eux aussi plaqués en arrière, comme ceux de Sim.
C'étaient mes amis, même si, à vrai dire, c'était surtout parce que nous étions tous, d'une façon ou d'une autre, des parias du village, alors que nous y avions vécu toute notre vie.
Tandis qu'ils approchaient, Sim, celui qui avait crié, reprit : « T'es encore allée dans la forêt ? T'aurais pu te servir des latrines. »
Je haussai les épaules. « Ça sent la charogne fraîche, aujourd'hui. Ernst fait pas son boulot. »
« C'est pas prudent. Y a peut-être des bandits, ou des loups, ou des dragons, ou des fées dans la forêt, et c'est pas sûr pour toi », dit Dim, sincèrement inquiet. Pourquoi les fées semblaient la chose la plus terrifiante de sa liste, personne n'aurait su le dire.
Sim et moi échangeâmes un regard avant de hausser les épaules en même temps. Dim était, eh bien, simplet. Selon les versions, on l'avait fait tomber sur la tête quand il était petit, ou sa mère l'avait eu trop près d'une prise de thé de nuit. Quoi qu'il en soit, passé douze étés, son esprit en était resté là, tandis que son corps continuait de grandir.
« Ça va, Dim. Les bandits descendent pas si loin au sud », dis-je pour tenter de raisonner le simplet. Il ne semblait pas convaincu. Sachant qu'il ne lâcherait pas l'affaire, j'ajoutai : « Puis j'ai rien qui vaille la peine d'être volé. »
« Dim a pas tort, Ed. Et les bandits sont pas réputés pour faire les difficiles », dit Sim en jetant un coup d'œil à mes vêtements, même si je savais qu'il parlait de ce qu'il y avait dessous.
« La plupart du temps, personne s'en rend compte. »
Dim gloussa comme un idiot. « Ça, c'est bien vrai. J'y aurais pas cru si je t'avais pas surprise. »
Mon expression devint meurtrière dès qu'il me rappela ce jour funeste. Sim, le plus malin des deux, intervint : « Assez parlé des besoins timides d'Ed. J'ai de vraies nouvelles. »
« Quoi donc ? » demandai-je.
« Il paraît qu'une guerre se prépare », dit Sim.
Je soupirai. « Encore une ? »
« Ouais. Un marchand de passage a dit que notre cher baron Redstone a commencé à recruter. » Sim se tapota le bras droit et poursuivit : « J'aurai peut-être enfin l'occasion de mettre tout cet entraînement à profit. J'en ai marre de jouer les troisièmes violons derrière Brandon et Samson. Je veux ma propre gloire. »
Je levai les yeux au ciel. Pourquoi les garçons tenaient tant à faire la guerre et à gagner la gloire, ça me dépassait. C'était comme s'ils oubliaient que mourir était une vraie possibilité, et je n'avais jamais entendu parler d'un cadavre glorieux.
« Et toi, Dim, ça te dit de faire la guerre ? » demandai-je.
Dim haussa les épaules. « Sais pas. Faudrait que je demande à ma mère. Elle pense à quitter la maison, mais elle a pas de mari. »
Par « la maison », il voulait dire la maison close. Aucun des hommes disponibles ne l'épouserait jamais. Elle devrait donc partir, assez loin pour que personne ne sache qu'elle avait été putain.
« T'es pas en âge de te marier, Sim ? Tu devrais peut-être penser à ça plutôt qu'à mourir pour quelqu'un que t'as jamais vu. Je suis sûre qu'il y a quelqu'un au village que tu pourrais épouser, à part elle », dis-je, dans l'espoir de le détourner de ses rêves de gloire.
Sim renifla avec dégoût. « Si seulement Nadia et la moitié des filles étaient pas à genoux devant Brandon ; j'ai aucune chance. »
C'était un dégoût que je partageais. Brandon et Samson étaient les fils du chef du village, qui était aussi le propriétaire de l'auberge de Farway. C'était l'homme le plus riche et le plus puissant du village. Tout le monde s'inclinait devant lui. Je détestais toute leur famille avec passion. Surtout parce que je ne trouvais rien à détester. Tout ce que j'obtenais d'eux, c'était de l'indifférence. Parce que j'étais une fille, et pas assez jolie pour qu'ils m'accordent un second regard. J'étais contente qu'il trouve notre maison trop modeste pour y venir souvent.
L'affection de Sim pour Nadia se comprenait : c'était la deuxième plus belle fille du village.
Dim se mit à glousser, puis lança un regard espiègle à Sim. Je redoutais l'ânerie qui allait sortir de sa bouche.
« C'est toi, le meilleur choix après elle, Ed. Aucune autre fille crachera même dans la direction de Sim ; ma mère dit qu'il devrait s'intéresser à toi », dit Dim.
La bile me monta à la gorge à l'idée d'épouser l'un ou l'autre.
« T'as pas besoin d'avoir l'air aussi dégoûtée », dit vivement Sim, avant de soupirer. « De toute façon, t'es pas mon genre. »
Je ne pensais être le genre de personne, à moins qu'un homme ait, pour une raison ou une autre, un faible pour les jeunes garçons. Je n'avais ni poitrine, ni hanches, ni fesses dignes de ce nom.
« Faut que je rentre. Je crois pas que mon derrière supporte une autre raclée si je suis en retard », dis-je.
« Cette fois, dépense pas ta paie de chez Grelleth », suggéra Sim. Je grimaçai au souvenir de la colère de ma mère.
« Il y a un barde en ville ; il dit qu'il racontera des histoires ce soir à l'auberge. Tu devrais venir », dit Sim.
Je secouai la tête, d'abord parce que j'avais encore des corvées à faire, même après ma longue journée de travail. Et puis je n'aimais pas les histoires.
Sim eut un sourire rêveur. « Peut-être qu'Aalis viendra. »
En entendant le nom de ma sœur aînée, je fronçai les sourcils. Je tournai les talons et m'éloignai à grands pas, les laissant en plan.
« Ed, attends. Je voulais pas dire ça comme ça », dit Sim. J'entendis tout juste Dim lui donner une tape sur la tête en chuchotant : « Idiot. »
***
Je traversai les rues comme dans un brouillard. Bien que née au village, comme Dim et Sim, j'étais traitée comme une étrangère. Les gens me jetaient un coup d'œil, puis m'ignoraient dans le même instant. Enfin, après avoir dépassé les colporteurs qui vantaient leurs marchandises, j'arrivai à destination. C'était une maison de taille correcte, de trois chambres : une pour mes frères, une autre pour ma sœur, et la plus grande pour ma mère et son mari. Moi, je dormais dans la cuisine.
J'avais commis l'erreur de l'appeler Père une fois, enfant, et cela ne s'était pas bien terminé pour moi. Arrivée à la porte de la maison au toit de chaume, je pris une profonde inspiration et entrai. La pièce principale servait aussi de cuisine. Sur la gauche se trouvait l'âtre, où Mère remuait une marmite. Sur la droite, à table, Aalis était concentrée sur ce qu'elle écrivait à la plume sur un rouleau de parchemin. Je détestais qu'elle sache lire et écrire.
Aalis était, de l'avis de tous, la plus belle fille de tout le village. Elle avait des cheveux d'un blond éclatant, aux boucles douces qui lui tombaient presque jusqu'à la taille. Bien qu'elle n'eût que quatorze étés, elle était bien proportionnée, sans l'allure dégingandée et gauche qui était la mienne. Elle avait des traits délicats, des yeux en amande et une silhouette qui commençait tout juste à s'épanouir ; dans sa robe bleu foncé de lin fin, elle me faisait brûler de jalousie.
C'était la fierté et la joie de la famille. Sa beauté avait suffi à charmer Brandon, et leurs fiançailles avaient été annoncées un an plus tôt. On s'attendait à ce qu'il reprenne à la fois l'auberge de son père et son rôle de chef du village, ce qui voulait dire bien des avantages pour notre famille. Tout le monde la trouvait parfaite, une vraie bénédiction d'Anier en personne.
Mais je connaissais la vérité. Toute sa personne était un mensonge, fabriqué par ma mère. Elle était égoïste, méprisait les autres et était tout à fait prête à mentir pour arriver à ses fins, peu importe qui en souffrait. Aalis leva les yeux, me jeta un seul regard, renifla avec dégoût et retourna à son travail.
J'avais beau vouloir dire ou faire quelque chose contre elle, je ne pouvais pas. Aalis ne pouvait mal faire, alors c'était moi qui recevais coups et punitions si j'osais seulement avoir une pensée contre elle.
La toux de ma mère me tira de mes réflexions. Je me retournai et vis qu'elle me fixait, dans l'attente. Mère et fille se ressemblaient ; la seule différence, c'étaient les ravages que trente ans et quatre enfants avaient faits sur un corps de femme.
« Je t'avais dit de rentrer dès que t'aurais fini chez Grelleth, Edith. »
J'allai vers elle et tirai cinq piécettes de bronze d'un repli de mon pantalon de toile.
« Pardon, Mère, je… » Avant que je puisse dire un mot, elle me gifla avec une telle force que je faillis perdre l'équilibre. Je chancelai et laissai tomber les pièces.
« Garde tes excuses. »
Je ne criai pas, je ne pleurai pas, même si la douleur éclatait sur ma joue gauche. Lentement, je ramassai les pièces et les déposai dans sa main tendue. Elles disparurent dans son tablier, puis elle désigna la porte d'entrée.
« Le linge est derrière. Au lavage. Les garçons commencent leur apprentissage demain », ordonna-t-elle.
Je ravalai ma colère montante et répondis aussi docilement que possible : « Oui, Mère. »
Le sourire satisfait sur le visage d'Aalis faillit suffire à me faire dire ou faire quelque chose. Mais je me retins. Une fois, enfant, je lui avais lancé une cuillère en bois. Elle m'avait harcelée et insultée toute la journée. La cuillère l'avait touchée au front, lui ouvrant une petite coupure. Elle avait hurlé si fort qu'on aurait cru qu'on l'assassinait.
Son père était entré, avait vu la coupure et les larmes de sa fille, et était entré dans une rage folle. Même si c'était il y a des années, je sentais parfois encore les coups de fouet sur mon dos, et son sourire cruel à elle. Je n'avais pas pu m'asseoir correctement pendant un mois. J'avais été fouettée bien des fois, mais ce jour-là était à part.
En comparaison, la gifle n'était presque rien.
Je fis le tour de la maison, passai la clôture basse et trouvai un tas de linge dans un panier posé sur un banc de bois. À côté, il y avait un seau. Je soupirai, pris le panier et le seau et marchai jusqu'au ruisseau, à un quart d'heure de marche de la maison.
C'était ma vie depuis aussi loin que je me souvenais. Les yeux verts de ma mère étaient toujours froids, comme si elle voyait non pas sa fille mais une sorte de monstre. Bren, dont j'avais appris ce jour-là qu'il n'était pas mon père, était encore plus froid, si c'était possible. Quant à savoir qui était mon père, je l'ignorais, et personne au village ne le savait. Le simple fait de poser la question me valait une raclée. Après trois, j'avais décidé de laisser le mystère entier.
Je détestais ma vie, je détestais ma famille, et je détestais ce village. Bien des nuits, recroquevillée près de l'âtre pour dormir, je m'imaginais y mettre le feu.
Le feu de la haine en moi me tenait chaud pendant les nuits d'hiver et me donnait la force de supporter le pire de leurs mauvais traitements.
Oh, comme j'imaginais leurs visages tordus par l'agonie, tandis que les flammes léchaient leur peau, faisaient craqueler leur chair et réduisaient tout en cendres et en os.
Je secouai la tête pour chasser ces pensées violentes et lavai dans le ruisseau les pantalons puants de mes frères. Je fis de mon mieux pour ne pas regarder mon reflet dans l'eau.
J'étais peut-être trop bête, enfant, pour le voir tout de suite. Ma mère et Bren, comme tout le monde, avaient les cheveux blonds ou bruns. C'était la couleur la plus courante à Kelia. Il y avait bien quelques roux, comme Sim, mais dans l'ensemble, tout le monde se ressemblait. Il en allait de même pour les yeux : bleus, verts ou marron clair pour la plupart. Mais pas moi : mes yeux étaient noirs, aussi sombres que l'encre, et mes cheveux aussi.
Il aurait mieux valu être simplement maltraitée, mais non : la plupart m'infligeaient la pire insulte qu'on puisse imaginer, l'indifférence. Je ne comprenais pas leur façon de penser ; je ressemblais à peu près à tout le monde, à part mes cheveux et mes yeux noirs.
Je frottai le linge avec une rude brosse de paille, en me servant de temps à autre d'un sac de lessive pour bien le nettoyer.
***
Il me fallut plus de deux heures pour tout laver. Mes mains étaient rougies à force de frotter, et j'avais l'impression que mes doigts allaient tomber. Le soleil se couchait, et je ne pouvais qu'espérer qu'on m'ait laissé un bol. Je n'aurais pas voulu aller me coucher le ventre vide et devoir prendre dans ma cachette de quoi me payer un petit-déjeuner. Après un autre quart d'heure passé à étendre le linge, le soleil était couché. J'entrai dans la maison avec une petite appréhension.
Tout le monde semblait être dans sa chambre. On entendait des murmures de conversation. Sur la table où Aalis étudiait, il y avait un bol. En regardant dedans, je fus déçue. Il était vide. Non. Quelqu'un l'avait mangé et avait laissé le bol là pour me narguer. Treanor ou Laron ; Bren n'était pas assez mesquin, Aalis surveillait sa ligne, et Mère, eh bien, elle me détestait peut-être, mais je ne pensais pas qu'elle voulait me voir mourir de faim.
Je soupirai et ajoutai le bol à la pile que je devrais laver le lendemain matin. À quoi bon être ici ? Pourquoi ne pas me jeter dans la forêt pour que les bêtes s'en régalent ? C'était comme s'ils voulaient me punir de l'injustice d'être née.
Un jour, un jour, j'aurais mes réponses, même si je devais les arracher à leurs bouches hurlantes.
