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Damned TransmigrationChapitre 4 · 4/4

Chapitre 4

Chapitre 4 - Yuri (2)

18 octobre 2026 ~22 min · 4 306 mots

Yuri, face contre le sol, plissait les yeux en évaluant la situation.

« Putain, je suis crevé. Sérieux... »

« Arrête de chialer, petit frère. »

Comme il l'avait entendu depuis l'extérieur, il y avait deux voix. Deux paires de pieds. L'un d'eux traînait la jambe, apparemment blessé.

C'était une bonne nouvelle. Quand Yuri agonisait d'un coup de couteau, ce salaud-là allait parfaitement bien.

« Alors quoi, on vérifie ? On s'y prend comment ? »

« Tu plantes chaque cadavre encore une fois. Si personne ne crie, c'est qu'il est mort. C'est si compliqué que ça ? »

« Putain, sérieux... Je te dis qu'ils sont tous morts. Pourquoi il faut revérifier ? »

Celui qui traînait le pied était le cadet. Tout en ronchonnant, il fit ce qu'on lui disait.

Tchac !

Un couteau s'enfonça dans le cadavre le plus proche de la porte.

'Putain. Je suis foutu.'

Pourquoi ne pouvaient-ils pas simplement partir ? Pourquoi fallait-il qu'ils s'en assurent ? Yuri restait plaqué contre le sol, ruisselant de sueur froide.

« Grand frère, on plante aussi nos gars ? »

« Évidemment. Petit frère, on n'a pas vraiment été de bons grands frères pour eux, pas vrai ? Si tu ne veux pas goûter à la lame de la vengeance plus tard, assure-toi bien qu'ils sont crevés. »

« C'est vrai. »

Tchac. Tchac.

Tandis que les cadavres près de l'entrée recevaient chacun leur part équitable de coups de couteau, Yuri eut un bref instant pour réfléchir.

S'il restait immobile, il se ferait poignarder et mourrait. Si ce corps mourait, retournerait-il dans son monde d'origine ?

Non.

Il connaissait déjà la réponse. Mourir dans ce corps ne le renverrait pas dans son monde d'origine.

'Si vous mourez, vous mourez, c'est tout !'

Cette satanée Lorelia l'avait dit avec un sourire radieux.

Naturellement, Yuri n'avait aucune envie de mourir.

Tchac !

Le couteau, qui progressait depuis l'entrée, poignarda un cadavre voisin. Yuri jeta un coup d'œil. C'était Jang-sam.

« Bon sang, pourquoi il est si coriace, ce salaud ? »

Le cadet, qui traînait sa jambe blessée, se trouvait juste à côté de lui. Yuri ne pouvait plus hésiter. Le couteau était pour l'instant planté dans le dos de Jang-sam, mais le prochain coup risquait de tomber dans celui de Yuri.

Avec un peu de chance, il ne serait peut-être que le suivant.

Mais s'il restait allongé là, il se ferait poignarder, crierait, puis encaisserait encore plusieurs coups avant de mourir.

Tout ce qu'il lui fallait maintenant, c'était de la détermination.

Schlak !

Il attrapa le pied qui s'approchait et entailla violemment l'arrière de la cheville de l'homme.

« Gah ?! »

L'homme n'avait pas assez d'imagination pour s'attendre à ce qu'un cadavre couvert de sang lui tranche soudain la cheville.

« AAAAAAH ! Putain ! C'était quoi, ça ?! »

L'une de ses jambes avait déjà été blessée pendant le combat précédent. Et voilà que, sorti de nulle part, une lame venait de mordre dans sa cheville intacte. L'endroit était mal choisi pour lui, et la plaie profonde. Incapable de garder l'équilibre, l'homme s'effondra au sol.

Yuri se releva d'un bond, tendit sa dague devant lui et recula en titubant.

Ce n'est qu'alors qu'il put voir les frères qui étaient entrés dans le bureau.

Les frères Oh.

Des étrangers venus de l'Est, arrivés dans les ruelles quelque temps plus tôt. Ils avaient rassemblé quelques petites frappes et montaient peu à peu un gang. Récemment, ils avaient commencé à empiéter sur le territoire du Gang du Serpent noir, provoquant plusieurs accrochages.

C'étaient des hommes cruels et dangereux. Yuri avait parfois croisé les frères Oh dans la rue, mais il n'avait jamais vraiment osé soutenir leur regard.

« AAAAH ! Mon pied ! »

Le cadet, Oh Bong-seok, serrait sa cheville en sang et hurlait. Son aîné, Oh Bong-chun, se contentait de rester planté là à fusiller Yuri du regard.

Oh Bong-chun ne se rua pas sur lui malgré la blessure de son frère. C'était en partie parce qu'il était prudent de nature, mais aussi parce que les deux frères n'étaient pas particulièrement proches.

« Gamin, t'es quoi, toi ? »

Oh Bong-chun était lui aussi couvert de sang, mais il ne semblait pas gravement blessé. Il tira la hachette pendue à sa ceinture et sourit, dévoilant des dents jaunes.

« Bizarre... Tout le monde ici devrait être mort ou, pour les plus chanceux, incapable de tenir debout comme toi. »

« Grand frère, espèce d'enfoiré ! Ma, ma cheville ! »

Oh Bong-seok hurlait, mais Oh Bong-chun ne lui accorda pas un regard. Il plissa ses yeux déjà réduits à deux fentes et examina Yuri.

« T'es quoi, toi ? T'es pas un des hommes que j'ai amenés, donc t'es du Serpent noir. Alors pourquoi t'es pas blessé ? Hein ? Tu te planquais où ? »

Que devait-il répondre ? Non, devait-il seulement répondre ?

Yuri se contenta de garder la bouche close.

Oh Bong-seok ne pouvait pas se relever pour l'instant. La seule personne dont Yuri devait s'occuper était Oh Bong-chun.

« Gamin, t'as peur ? »

Oh Bong-chun sourit au silencieux Yuri. C'était une provocation évidente, mais Yuri ne mordit pas à l'hameçon. La situation était bien trop tendue pour qu'il se soucie de ce genre de raillerie. Il risquait de mourir moins de dix minutes après sa transmigration.

Boum. Boum. Boum.

Son cœur battait à tout rompre. Il ne pouvait s'empêcher de sentir la dague dans sa main droite.

Lee Su-hyeok n'avait jamais tenu un couteau ainsi pour en frapper quelqu'un.

Mais Yuri, c'était autre chose. Ce salaud avait menacé des gens au couteau plus d'une fois, et il en avait aussi poignardé. Pourtant, ces souvenirs ne l'aidaient pas beaucoup à se sortir de cette situation.

« Pfff... »

D'abord, la dague dans sa main lui semblait bien trop peu naturelle.

Yuri expira brièvement et la laissa tomber au sol.

« Quoi ? »

Les yeux d'Oh Bong-chun s'écarquillèrent.

« Me dis pas que tu jettes ton couteau pour te rendre ? Gamin, je suis peut-être le grand frère de cet abruti, mais tu crois que je vais épargner le type qui a rendu mon petit frère boiteux pour le restant de ses jours ? »

Yuri ne répondit toujours pas.

À la place, il leva les deux mains, poings serrés.

« Il est taré, ce salaud ? »

Oh Bong-chun éclata de rire. Jeter une dague parfaitement utilisable dépassait déjà l'entendement, mais Yuri ne suppliait même pas qu'on lui laisse la vie sauve.

« Tu comptes faire quoi avec ces mains ? T'es une sorte de maître des arts du poing ? Tu vas briser cette hache à mains nues ? »

Yuri ignora la moquerie.

Honnêtement, il aurait voulu se servir de la dague. Affronter une hache à mains nues ne semblait pas possible.

Mais il n'avait pas le choix.

L'ancien Yuri savait peut-être un peu manier une lame.

Mais le Yuri actuel connaissait bien mieux ses poings que n'importe quelle arme.

Il avait appris à se servir de ses poings en se faisant tabasser.

« Espèce d'enfoiré, tu te fous de ma gueule ?! »

Dans un cri furieux, Oh Bong-chun chargea.

Naturellement, les mouvements d'Oh Bong-chun n'avaient rien de comparable à ceux de Lorelia.

Yuri vit la hache arriver.

Quelques secondes plus tôt à peine, il pensait qu'affronter une hache à mains nues ne semblait pas possible. Mais en la voyant fondre sur lui, une autre pensée lui vint.

Et alors, il comprit.

Il comprit pourquoi Lorelia avait tant insisté pour qu'il frappe un être vivant sans hésitation ni peur, avec l'intention absolue de le tuer, de toute sa force et avec précision.

C'était exactement ce dont il avait besoin à cet instant.

La hache maculée de sang le frôla. Yuri se glissa dans la minuscule ouverture et lança son poing.

Au moment où il le lança, il le sut. S'il portait ce coup, Oh Bong-chun risquait d'en mourir.

Mais s'il ne le portait pas, c'est Yuri qui mourrait.

Alors il le porta.

Il n'y avait aucune raison de s'en abstenir.

Crac.

Il sentit son poing briser la mâchoire d'Oh Bong-chun.

« G... Grand frère ? »

Oh Bong-seok, qui serrait toujours sa cheville dont le sang ne voulait pas s'arrêter, marmonna d'un air incrédule.

Boum.

Le corps d'Oh Bong-chun bascula en arrière, les yeux complètement vitreux.

'Il est mort ?'

Yuri n'en savait rien. Il avait frappé de toutes ses forces, mais il n'était pas facile de tuer quelqu'un d'un seul coup, surtout un colosse pareil.

« ... »

Une sensation indescriptible le submergea. Il n'aurait jamais cru frapper un jour quelqu'un avec l'intention de le tuer...

« Grand frère ? Grand frère ! »

Ce n'était pas le moment de s'attendrir. Yuri déglutit avec peine et baissa le poing. S'il ne l'avait pas tué, c'est lui qui serait mort.

C'était une belle justification, et elle l'apaisa.

En même temps, Yuri prit la mesure de sa situation. Transmigrateur ou pas, c'était un monde où l'on mourait si la chance tournait.

« Hé. »

Son poing lui faisait mal.

Yuri y jeta un coup d'œil. La peau de son poing gauche, celui qui avait frappé la mâchoire d'Oh Bong-chun, était écorchée à vif et saignait.

'Même après avoir distribué autant de coups dans la salle d'attente, ils n'ont jamais saigné...'

Le monde mental et la réalité étaient vraiment différents. Devrait-il aussi endurcir ses poings ? C'est ce que se dit Yuri en se tournant vers Oh Bong-seok.

« Hé. »

Son poignet l'élançait aussi. Se l'était-il foulé en frappant ?

« Pourquoi vous avez attaqué cet endroit ? »

Il devinait à peu près la raison, mais il voulait l'entendre de sa bouche.

Oh Bong-seok fixait d'un regard vide son frère à terre. À la question de Yuri, il sursauta et leva les yeux.

Les frères Oh n'avaient appris aucun art martial bien impressionnant. On les aurait tout au plus classés au troisième rang, mais avec ce niveau et leur culot inconscient, ils suffisaient largement pour une ruelle de province comme celle-ci, qui n'avait même pas de véritable secte de la Voie noire.

D'ailleurs, aujourd'hui même, les frères Oh avaient facilement anéanti le Gang du Serpent noir, qui contrôlait le quartier.

Ils avaient envoyé leurs subordonnés en premier semer la pagaille avant de s'y mettre eux-mêmes, mais il était vrai que les frères Oh étaient bien plus forts que les petites frappes du coin. Et, comme chez la plupart des frères, l'aîné des Oh était plus fort que le cadet.

'Un... un maître.'

L'esprit obtus d'Oh Bong-seok parvint à une conclusion. Son grand frère, plus fort que lui, était tombé d'un seul coup sans même pouvoir crier. Cet inconnu ne s'était même pas servi d'une arme. Il avait fracassé la mâchoire de son frère à mains nues.

'Ce salaud de Dekan... Il ne jouait pas juste aux gars de la Voie noire ? Il avait vraiment des appuis dans la Voie noire ?'

Cet inconnu était-il alors un maître de la Voie noire ? Malgré l'énorme différence de niveau, il ne s'était pas montré directement. Il avait préféré lancer prudemment une attaque surprise. Vu la façon dont il avait fait le mort depuis le début en attendant son heure, c'était peut-être même un assassin.

Si c'était le cas, c'était encore pire. Les assassins étaient des gens avec qui il ne fallait jamais se mêler, même au sein de la Voie noire.

« Tu ne réponds pas ? »

La voix de Yuri se durcit. Ce n'est qu'alors qu'Oh Bong-seok sursauta et se plaqua contre le sol.

« O-Oui ? Je suis désolé, pourriez-vous répéter, s'il vous plaît... »

« Je t'ai demandé pourquoi vous avez attaqué cet endroit. »

« C-Ce n'était pas mon idée. C'est mon frère, celui que vous avez vaincu, Maître, c-c'est lui qui voulait le faire. »

« Qui t'a demandé ça ? Je t'ai demandé pourquoi vous avez attaqué. »

Il ne semblait pas disposé à parler autrement. Yuri ramassa la hache qu'Oh Bong-chun avait lâchée.

« S-Si on se débarrassait du Gang du Serpent noir, on pouvait prendre le quartier... C-C'est pour ça qu'on l'a fait ! C'est tout ! Si on avait su qu'un maître comme vous se trouvait derrière le Gang du Serpent noir, on ne serait jamais venus ici... »

C'était exactement ce que Yuri avait prévu. D'après les souvenirs qui lui revenaient, les frères Oh lorgnaient le territoire du Gang du Serpent noir depuis longtemps. Il n'aurait pas été étrange qu'une bagarre éclate à tout moment. Les frères Oh avaient simplement frappé les premiers.

« Qui vous a donné l'ordre ? »

Il le demandait parce qu'il craignait que quelqu'un se cache derrière les frères Oh. S'ils avaient attaqué cet endroit à l'instigation de quelqu'un, la position de Yuri, seul survivant, pourrait devenir gênante.

« D-Donné l'ordre ? »

Oh Bong-seok cligna des yeux, perdu. Yuri agita la hache et le foudroya du regard.

« Dis-moi la vérité, et je te laisse vivre. Mais celui qui vous a donné l'ordre mourra de ma main. Alors ? »

Oh Bong-seok appelait Yuri « Maître », peut-être parce que Yuri avait fracassé la mâchoire de son frère. Il ne semblait pas enclin à se battre et ne paraissait préoccupé que par sa propre survie. Cette menace pourrait le faire parler.

Si les frères Oh avaient vraiment quelqu'un de redoutable derrière eux, Yuri devrait d'abord fuir et ne s'inquiéter du cadeau de Lorelia qu'ensuite.

« J-Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Qui nous donnerait l'ordre de faire une chose pareille ? »

« J'ai dit que je te laisserais vivre si tu disais la vérité. »

« Oh, Maître... ! Je ne mens pas. Moi, Oh Bong-seok, je jure sur les cieux, sur les esprits du ciel et de la terre et sur mes parents qui sont au ciel que je dis la vérité. »

« T'es orphelin ? »

« Oui, je suis orphelin... ! »

« Moi aussi. »

Ce n'était pas un mensonge. Lee Su-hyeok était orphelin, et Yuri aussi.

Peut-être qu'une situation commune créerait un semblant de solidarité et le ferait parler ? C'est avec cette idée que Yuri l'avait dit, mais Oh Bong-seok se contenta de cligner des yeux, sans savoir quoi répondre.

« Ah... Oh, Maître, c'est vraiment malheureux... »

Yuri n'avait pas révélé la vérité pour recevoir de la compassion.

« Vraiment personne ? »

« Maître... ! Je vous en prie, croyez-moi. Réfléchissez. Le Gang du Serpent noir n'a rien de spécial. Ils jouent à ceux de la Voie noire, mais c'est de la racaille qui n'a même pas reçu de Plaque noire ! Pourquoi on aurait eu besoin d'appuis pour les attaquer ? »

Plaque noire.

Ce n'était pas un terme inconnu. Il était apparu à la fois dans Seronis, le jeu qui avait entraîné Lee Su-hyeok dans ce monde, et dans les souvenirs de Yuri.

La Société du Dragon noir était une alliance de la Voie noire qui commandait des centaines d'organisations. Les groupes membres payaient un tribut en échange du droit de porter le nom de la Société du Dragon noir.

Le Gang du Serpent noir n'appartenait pas à la Société du Dragon noir. Ainsi, même s'il était soudain attaqué et détruit, la Société du Dragon noir n'avait aucune raison d'intervenir.

'Dans le jeu, le chef de la Société du Dragon noir était un vieillard qu'on appelait le Tyran monstrueux.'

Les souvenirs de Yuri disaient autre chose. Le chef actuel de la Société du Dragon noir avait tué le Tyran monstrueux dix ans plus tôt et était devenu le nouveau maître de la Société du Dragon noir.

Et ce n'avait pas été une mort propre. Le nouveau chef n'avait même pas accordé à l'ancien les égards dus à un prédécesseur. Il avait exposé les membres et la tête du Tyran monstrueux aux portes est, ouest, sud et nord d'Amyang, la ville gouvernée par la Société du Dragon noir, ainsi que sur sa place centrale.

Malgré des actes aussi choquants, l'identité du nouveau chef restait inconnue du monde. La rumeur disait qu'il pouvait s'agir d'un Transmigrateur, mais ce n'était qu'une rumeur invérifiée.

« Je n'ai fait que suivre parce que mon frère, qui est mort, me l'a dit... ! C'est vrai, croyez-moi, je vous en supplie ! »

« D'accord. »

Oh Bong-seok suppliait Yuri, qui fronçait les sourcils en réfléchissant. Il ne mentait probablement pas. Yuri hocha légèrement la tête et poursuivit.

« Tu as dit la vérité, alors je t'épargne. »

« V-Vraiment ? »

« Oui. Mais sors par la porte en rampant. »

Oh Bong-seok hésita en observant l'expression de Yuri, puis jeta un coup d'œil à ses jambes. Sa cheville droite avait été profondément entaillée, et il ne sentait plus ses orteils. Sa jambe gauche était utilisable, mais elle aurait du mal à supporter son poids.

'Putain...'

Sans personne pour le soutenir, ramper était sa seule option. Oh Bong-seok finit par poser les mains au sol et se mit à ramper. Son corps traçait une ligne sur le sol imbibé de sang, comme un pinceau.

En le regardant, Yuri s'arma de courage.

Il devait le faire.

Avec cette résolution, Yuri marcha d'un pas décidé vers Oh Bong-seok.

Le corps rampant d'Oh Bong-seok tressaillit.

« Espèce d'enfoiré... »

Oh Bong-seok cessa de ramper et cracha un juron.

« Fils de pute... Tu crois que je sais pas ce que tu penses ? Tu vas m'épargner ? Tu veux que je rampe ? Espèce, de, sale enfoiré... »

Oh Bong-seok n'était pas complètement stupide. Il savait que Yuri n'avait absolument aucune raison de le laisser vivre. Il savait aussi que, dans son état, il ne pourrait jamais battre Yuri s'il tentait de se battre.

C'était un homme habile qui avait assommé son frère d'un seul coup, tout en restant allongé au sol à faire le mort. Dire qu'il épargnerait Oh Bong-seok s'il sortait en rampant n'était sûrement qu'une ruse pour le tuer plus facilement.

« P-Putain, putain... L-La tête. Frappe-moi à la tête. Hein ? J'ai fait ce que tu as dit, alors je t'en prie... Tue-moi d'un seul coup... »

Yuri ne prit pas la peine de répondre.

Crac !

La hache du grand frère s'abattit sur la tête du petit frère. Oh Bong-seok fut secoué de spasmes saccadés, puis devint inerte au bout d'un moment.

« Pfff... »

C'était différent de donner un coup de poing. La tête lui tourna soudain, et son estomac se souleva. Yuri se couvrit la bouche et ravala son vomi.

'Je fais quoi, maintenant ?'

Le Gang du Serpent noir était mort, et les hommes qui l'avaient attaqué l'étaient aussi. Les frères Oh n'avaient aucun appui.

Yuri, lui, était vivant. Devait-il simplement s'enfuir et passer pour mort ? Heureusement, Yuri avait si peu de relations que s'enfuir ne poserait aucun problème.

Mais il ne pouvait pas encore fuir. Maintenant qu'il savait que les frères Oh n'avaient aucun appui, il devait attendre le cadeau de Lorelia, censé arriver dans le mois.

Yuri sortit de la poche de son pantalon la clé marquée « 203 ».

« ... »

Il parvint à une conclusion.

Pour l'instant, il vivrait en tant que Yuri et évaluerait la situation. Même dans un monde pareil, avoir une identité qu'on pouvait prouver était trop précieux pour s'en débarrasser. Il pouvait s'en procurer une nouvelle auprès d'un trafiquant du marché noir, mais cela coûtait bien trop cher.

Heureusement, Yuri était un orphelin avec peu de relations. C'était un point commun entre Lee Su-hyeok et Yuri.

Il se retourna et regarda Oh Bong-chun.

Il était encore vivant.

Le chef du Gang du Serpent noir, Dekan, se servait d'un grand marteau de guerre. Yuri leva le marteau de guerre au-dessus de sa tête.

Il n'y aurait pas d'enquête sérieuse sur la mort de voyous de ruelle dans une guerre de territoire. Ils avaient sans doute graissé la patte de quelqu'un avant de lancer l'attaque. Dans ce monde, la mort des gens qui n'avaient rien n'était pas considérée comme importante.

Crac !

Il abattit le marteau sur la tête d'Oh Bong-chun. Une fois ne semblait pas suffire, alors il frappa encore plusieurs fois.

Puis vint le tour d'Oh Bong-seok.

Yuri ramassa une grande machette qui traînait non loin et frappa à plusieurs reprises la cheville qu'il avait entaillée avec la dague. Puis il planta plusieurs dagues dans le dos relativement intact d'Oh Bong-seok.

« Putain... Qu'est-ce que je suis en train de foutre ? »

Un rire creux lui échappa tandis qu'il s'y employait. Comment fallait-il appeler ce sentiment ? Écœurant, et complètement tordu...

Yuri eut un faible sourire et s'affaissa sur place.

Tout cela, c'était pour survivre.

Il avait transmigré dans un jeu tordu et se retrouvait à mener une vie tordue, mais Yuri ne voulait pas mourir.

Peut-être qu'un jour, vivre deviendrait si dur qu'il penserait que la mort valait mieux.

Mais ce jour n'était pas aujourd'hui.

Il survivrait, d'une manière ou d'une autre.

S'il tuait le Dieu du Chaos, les Transmigrateurs pourraient retourner sur Terre. À vrai dire, il ne tenait pas particulièrement à rentrer sur Terre, mais en regardant les cadavres éparpillés autour de lui, il ressentait un mal du pays qu'il n'avait jamais connu.

Et apparemment, la Déesse de l'Ordre exaucerait un vœu du Transmigrateur qui tuerait de ses propres mains le Dieu du Chaos.

'Lee Su-hyeok, SpammeurDeTaMère, vous pouvez le faire !'

Qu'y avait-il de si impressionnant chez un type qui avait simplement joué sérieusement à un jeu ?

La voix de Lorelia résonnait à ses oreilles. Elle avait souri de toutes ses dents, serré le poing et crié, portée par un espoir sans le moindre fondement.

Yuri laissa échapper un autre rire creux et empoigna la dague.

Comme il l'avait vu dans les films et les séries, il arracha une bande de ses vêtements et mordit dedans. Il ne savait pas exactement à quoi ça servait, mais si les gens le faisaient, il devait bien y avoir une raison.

Le Gang du Serpent noir et le gang des frères Oh s'étaient affrontés, et tout le monde était mort.

Yuri, le benjamin de vingt ans, avait eu la chance de survivre au chaos.

Survivre sans la moindre blessure, c'était une histoire bien trop commode. Yuri serra le tissu entre ses dents et baissa les yeux sur son corps.

Il se dit qu'entailler vaudrait mieux que poignarder.

« Nnngh... »

Contrairement à la violence déguisée en entraînement, cette fois, c'était de l'automutilation. Il s'entaillait lui-même.

Il comprit aussitôt pourquoi, dans les films et les séries, les gens mordaient quelque chose pendant les scènes de torture.

***

Gordon, de l'épicerie.

C'était l'une des rares personnes bienveillantes dans la vie pauvre en relations de Yuri.

Même quand les marchandises restaient invendues, vieilles et couvertes de poussière, il en faisait régulièrement don à l'orphelinat d'Oldor. Chaque fois que les affaires semblaient marcher un peu, il envoyait aussi des dons, si modestes soient-ils.

Yuri l'avait rencontré plusieurs fois du temps où il était à l'orphelinat.

Déjà à l'époque, Gordon sermonnait souvent Yuri, qui était un fauteur de troubles.

Après que Yuri eut quitté l'orphelinat et commencé à faire de mauvais coups, comme voler à la tire dans les ruelles, Gordon l'avait de nouveau sermonné. Il lui avait dit que, s'il comptait vivre comme ça, autant venir travailler à l'épicerie.

Quand Yuri avait fini par entrer au Gang du Serpent noir et commencé sa vie de voyou, Gordon n'avait pu que soupirer encore et encore.

Chaque fois que Yuri, le benjamin, venait percevoir le tribut, Gordon ne lui rendait pas la tâche difficile en invoquant leurs liens d'autrefois. Au contraire, il lui demandait s'il mangeait correctement et prenait de ses nouvelles.

« Yuri... ? »

Gordon était assis dans l'épicerie calme et vide, en train de bâiller. Quand il vit Yuri entrer en titubant, couvert de sang, il se leva d'un bond.

« Yuri, Yuri ?! Petit morveux ! Qu'est-ce qui s'est passé, bon sang ? »

« Ah... M'sieur. »

Yuri appela Gordon d'une voix faible. Gordon se précipita vers lui, le soutint et grimaça.

« Tout ce sang... ! Hé, ne parle pas. Ne bouge pas. »

La chemise de Yuri était imbibée du sang des entailles qui couvraient tout son corps. Elle tenait plus du chiffon que du vêtement. Gordon lui retira le chiffon et examina son corps.

« Toi... »

De vieilles cicatrices et des traces de brûlures. Et, par-dessus, de nouvelles blessures.

Les lèvres de Gordon tremblèrent, incapables de poursuivre.

« Si Elena... te voyait dans cet état... Qu'est-ce qu'elle penserait ? »

La joue de Yuri tressaillit à ce nom.

Elena.

Son amie d'enfance du même âge, de l'orphelinat d'Oldor.

Mais tous les orphelins n'avaient pas le même destin. Yuri n'avait pas vu Elena une seule fois en dix ans.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est-ce que tu as récolté ces blessures ? »

« Le Gang du Serpent noir, c'est fini. »

Yuri donna la réponse qu'il avait préparée à l'avance.

« Les frères Oh. Ces, ces salauds. Ils ont amené un gang et attaqué le bureau. Et... et tout le monde est mort. Les grands, les frères Oh, tous. »

« Tout le monde ? Tout le monde est mort ? Comment ça ? »

« J-Je sais pas. Je me cachais... »

Il n'avait pas besoin de finir sa phrase. Il s'interrompit au milieu et se mordit la lèvre.

Gordon fixa Yuri d'un regard vide avant de fermer très fort les yeux.

« Quel soulagement. »

Après un bref silence, Gordon poussa un long soupir.

« C'est un soulagement que ces salauds soient tous morts... et c'est un soulagement que tu sois vivant. »

Yuri ne put s'empêcher de se sentir partagé en entendant ces mots.

Fin du chapitre 4
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