[Larmes de l'Oiseau de Flamme Écarlate]
Régénère parfaitement les organes, les tissus et même les cellules nerveuses.
Inutile de s'embarrasser des explications compliquées.
Le plus simple, pour comprendre, c'était ça :
ça remettait le corps dans l'état où il était avant la blessure.
Cette potion pouvait vous ramener tant que vous respiriez encore, même avec le corps pratiquement coupé en deux.
« J'ai décroché le gros lot ! »
À ce stade, je n'aurais plus jamais à m'inquiéter pour l'argent de toute ma vie.
Mais le problème, c'était...
« Comment je suis censé refourguer ça, bordel ? »
Je n'avais jamais ne serait-ce que touché un objet aussi hors de prix.
Je n'avais aucune idée d'où ni de comment le vendre.
Pour commencer, je décidai de vérifier le prix des autres potions sur l'appli Hunter Shop.
[Potion de soin de qualité supérieure]
Arrête les saignements, soulage la douleur, soigne les blessures externes et les fractures.
Le prix du marché tournait autour de six millions de wons.
Ensuite...
[Potion de soin de qualité moyenne]
Arrête les saignements, soulage la douleur, soigne les blessures externes.
« Celle-là, c'est deux millions. »
Sept fois le prix d'une potion de qualité inférieure, qui ne faisait qu'arrêter le sang et calmer la douleur.
Les chasseurs de bas rang n'avaient pas les moyens d'avoir en stock autre chose que des potions de qualité inférieure. C'était juste beaucoup trop cher, putain.
Alors quand ils se blessaient en donjon, tout ce qu'ils pouvaient faire en urgence, c'était arrêter la douleur et le saignement avec une potion de qualité inférieure et, au mieux, se tartiner d'une pommade antiseptique.
La raison pour laquelle les potions de PV coûtaient absurdement plus cher que les potions de mana était si évidente qu'il n'y avait même pas besoin d'y réfléchir.
Les blessures touchaient directement à la survie, et la réalité n'était pas un jeu où on pouvait revenir après être mort.
C'était pour ça que l'écart de prix entre des potions de même niveau était deux fois plus grand.
« Comment je vais écouler tout ça ? »
Vivre en mort officiel, c'était une vraie plaie.
Je veux dire, je n'étais même pas en position de faire des transactions normales librement.
En plus, je ne pouvais pas expliquer d'où venaient les objets.
Je ne pouvais même pas mentir en disant que je les avais trouvés dans un donjon.
Un porteur de rang F avec des objets aussi chers, ça n'aurait aucun sens.
« Je peux rien faire du tout. Putain. »
Au final, il n'y avait qu'une seule option.
Le marché noir.
« Va falloir que je retourne à Yongsan demain. »
Ce que je comptais vendre :
17 potions de soin de qualité supérieure.
30 potions de soin de qualité moyenne.
Valeur totale sur le marché : 162 millions de wons.
Même s'ils prenaient la même commission de 15 % que la dernière fois,
il me resterait 137,7 millions de wons.
Je comptais garder le reste en réserve, au cas où.
Après ça, j'allais lancer Dungeon & Fighting et monter mon quatorzième personnage, devenu le nouveau bébé de la famille.
Ce personnage était un Grappler de niveau 65.
Je pensais le monter d'abord au niveau 70, puis décider si je me synchronisais avec lui ou non.
Comme il était de la même lignée d'artiste martial, j'avais l'impression que la synergie serait sans doute bonne aussi.
Si je faisais ça, est-ce que ma lignée de classe changerait ? Ou est-ce qu'elles s'additionneraient ?
Qu'elles s'additionnent, ça n'avait pas trop de sens... mais l'équipement, lui, était différent.
Dans tous les cas, je deviendrais forcément plus fort que maintenant.
***
Le lendemain.
À peine réveillé, je filai droit à la gare de Yongsan.
J'entrai dans ce PC bang qui avait l'air sur le point de s'effondrer, pris une place dans le coin et m'assis.
Peut-être parce que je l'avais déjà fait une fois, j'étais calme. Je n'étais même pas nerveux.
Est-ce que c'était parce que j'étais devenu plus fort ?
Sans doute pas.
Je ne m'étais encore battu contre personne.
Je ne sentais toujours pas vraiment à quel point j'étais devenu fort.
Je regardai l'heure. 11 h 23.
Une dizaine de minutes avaient dû passer.
« T'es revenu ? »
Une voix familière s'éleva à côté de moi.
C'était le type de la veille. Même sweat à capuche noir, même masque.
Au moment où je regardai son visage, une petite fenêtre d'état apparut.
[Ouvrir la fenêtre d'informations]
C'est quoi, ça ?
Par curiosité, je l'ouvris.
Un panneau translucide se déploya dans les airs.
[Park Duho]
Rang : E
Lignée de classe : Roublard
Niveau : 19
« ... Waouh. »
Une seconde, j'en restai presque bouche bée.
C'est quoi ce délire ? Je peux voir les infos des gens, comme ça ?
Dans le jeu, quand on passait la souris sur un autre joueur, un bref affichage d'informations apparaissait.
Apparemment, ce système marchait aussi dans la réalité.
C'est pas complètement pété, ça ?
Pouvoir connaître d'un coup d'œil le rang, le niveau et la lignée de classe d'un adversaire, c'était un avantage d'information ridicule.
Park Duho tira une chaise, s'assit et esquissa un léger sourire.
« Je t'avais pas dit d'arrêter le boulot de porteur ? À ce rythme, il va vraiment finir par t'arriver un truc. »
« Ah, c'est pas ça. Cette fois, la quantité est un peu plus grosse... vous pouvez gérer combien ? »
Park Duho garda son air détendu.
« On travaille à une plus grande échelle que ce que les gens croient. T'inquiète pas. Dis-moi, c'est tout. »
À le voir aussi calme, j'eus l'impression d'avoir fait le bon choix en venant ici.
« Hmm... alors vous pouvez prendre 17 potions de soin de qualité supérieure et 30 de qualité moyenne ? »
Ses yeux s'écarquillèrent d'un coup.
« Q-quoi ? Qu'est-ce que t'as dit ? »
Sa voix grimpa d'une octave.
Assez fort pour que les gens autour se retournent.
Je posai un doigt sur mes lèvres, et il jeta des regards affolés autour de lui.
« Ah, pardon... mais t'as bien dit des potions de soin de qualité supérieure ? »
« Ouais. Au prix du marché, ça fait 162 millions en tout, alors vous me donnez combien ? »
« D-d'abord... je peux jeter un œil ? Faut que je vérifie que c'est des vraies. »
« Allez-y. »
J'ouvris tranquillement mon inventaire et en sortis une potion de soin de qualité supérieure.
Une fiole de cristal remplie d'un liquide rouge se posa dans ma main.
Rien qu'au dessin raffiné du flacon et à sa couleur pourpre profonde, plus sombre que le sang, il était évident que ce n'était pas une potion bas de gamme pourrie.
Park Duho ouvrit de grands yeux.
« Vous voulez voir une de qualité moyenne aussi ? »
« ... Oui. Montre. »
Je sortis une potion de soin de qualité moyenne.
Elle venait dans un flacon un peu plus petit, d'un rouge un peu moins intense.
Mais rien que son éclat et sa texture la rendaient incomparable à n'importe quelle potion de qualité inférieure.
Depuis l'endroit où je me tenais, j'entendis Park Duho déglutir bruyamment.
Et c'était peut-être mon imagination, mais la façon dont il regardait les potions sembla changer légèrement.
« Alors, vous pouvez faire combien ? »
Après un long silence, il ouvrit lentement la bouche.
« Hmm... la somme est trop grosse pour que je décide seul. »
Puis il se leva de sa chaise.
« Viens avec moi une seconde. Ce serait mieux que tu parles directement au patron. »
Pourquoi c'est si compliqué, bordel ?
En râlant intérieurement, je me levai.
D'ordinaire, j'aurais eu les jambes qui tremblaient de peur.
Suivre une organisation du marché noir jusqu'à sa base, ce n'était pas vraiment le quotidien.
Mais bizarrement, là, je n'avais pas peur du tout.
Je suis niveau 49, alors bon.
« Par ici. »
Park Duho sortit du PC bang.
Je le suivis.
On longea le couloir et on s'arrêta devant un vieil ascenseur déglingué.
La porte était si rouillée que je n'arrivais même pas à deviner sa couleur d'origine.
Quand il appuya sur le bouton, quelque chose fit un bruit de casse, et l'ascenseur se mit à descendre d'un étage supérieur.
Grrriiinnc.
Les freins étaient sûrement rouillés eux aussi.
Pourquoi ça fait le bruit d'un accident de voiture ?
La porte rouillée s'ouvrit.
À l'intérieur, le néon clignotait.
On aurait dit qu'il pouvait plonger d'un coup vers le bas à tout moment sans que personne s'en étonne.
Le truc le plus flippant ici, c'est l'ascenseur...
Il appuya sur le bouton du dernier étage, le cinquième.
L'antique ascenseur grimpa à une vitesse d'une lenteur gênante.
« Et tu trouves ce genre de trucs où, au juste ? »
La veille, il avait fait comme si ça lui était égal.
Faut croire que maintenant, ça l'intéressait.
« ... Si je pouvais le dire, je serais pas là à payer des commissions de malade, non ? »
Je n'étais plus le petit minable recroquevillé qui s'était pointé ici deux jours plus tôt.
Mon ton déborda d'assurance.
Les mots sortirent tout seuls.
Park Duho baissa la tête.
« Ah, mes excuses. J'étais tellement épaté que j'ai demandé un truc que j'aurais pas dû. Je ferai plus attention. »
« Il y a une chose que je peux dire à coup sûr... je les ai pas volées. Je les ai obtenues légalement. »
« Légalement ? »
« Ouais. Donc aucun risque que quelqu'un les trace, et aucune chance d'avoir des problèmes plus tard. »
« Hmm... »
Il n'avait toujours pas l'air convaincu.
En même temps, qui viendrait dans un endroit pareil pour dire : Ouais, je les ai volées dans un endroit hyper dangereux ! Ça va être l'enfer pour les tracer !
Tout le monde devait leur raconter que c'était parfaitement propre.
L'ascenseur arriva au cinquième étage.
Quand la porte s'ouvrit, une porte en fer rouillée bien fermée se dressait devant nous.
La peinture s'écaillait, la surface était gondolée et bosselée, parfaitement assortie à l'ascenseur.
Un bout de papier usé où était écrit FERMÉ était scotché au-dessus de la porte.
Park Duho s'approcha de la porte en fer.
Puis il pencha la tête et leva les yeux vers le plafond.
Un minuscule truc qui ressemblait à une caméra y était fixé.
Un instant plus tard...
Clac.
Le bruit de la serrure qui se déverrouillait retentit.
« Entre. »
Park Duho ouvrit la porte et entra.
Derrière, trois hommes à l'air peu commode fumaient, assis sur un canapé.
J'examinai leurs fenêtres d'informations une par une.
Tous de rang E.
Je me détendis et regardai autour de moi.
Le bureau était vieux, mais assez bien rangé.
Plusieurs écrans étaient fixés à un mur et diffusaient les images des caméras de surveillance en temps réel.
Puis...
La porte d'une minuscule salle de bain au fond s'ouvrit, et un éléphant en sortit.
Enfin, pas littéralement un éléphant.
Juste un homme bâti comme un éléphant.
Il faisait largement plus de deux mètres, avait des épaules aussi larges qu'une porte et, en gros, pas de cou.
Non, en fait il en avait un, c'était juste qu'il était enfoui si profond sous le gras de sa mâchoire qu'on ne le voyait pas.
[Oh Taesan]
Rang : D
Lignée de classe : Bouclier
Niveau : 49
Même niveau. Et un tank, en plus...
Malgré ça, je n'avais pas l'impression que j'allais perdre.
L'écart d'équipement est ridicule.
Tout l'équipement que je portais était de grade Rare.
Même la plupart des chasseurs de rang A auraient du mal à réunir un ensemble complet d'objets Rares, alors quelle chance avait un chasseur de rang D ?
S'il possédait ne serait-ce qu'un seul objet magique de qualité moyenne, il pouvait sans doute déjà se considérer comme arrivé, pour un rang D.
L'homme s'avança vers moi d'un pas lourd, sur des jambes comme des troncs d'arbre.
« Je suis le directeur Oh Taesan. »
Son ton était autoritaire.
Pas de salut. Pas de sourire.
Il me regarda de haut et le lâcha, c'est tout.
« Oui. Bonjour. »
« J'ai entendu l'histoire. Voyons ces potions. »
Quelle histoire il avait entendue ?
On venait juste de se rencontrer.
Puis je le vis.
Debout à côté de lui, Park Duho sortit de ses vêtements un petit objet et le posa sur le bureau.
Un dictaphone miniature.
Ah. Voilà comment il avait entendu.
Je sortis de mon inventaire une potion de qualité supérieure et une de qualité moyenne, et les posai sur le bureau.
L'éléphant les prit.
Dans son énorme main, les flacons avaient l'air de jouets.
Il les examina attentivement en les levant à la lumière.
Je restai debout à attendre.
Un instant plus tard, il reposa les potions et dit :
« Vous en vendez combien ? »
« 17 de qualité supérieure. 30 de qualité moyenne. »
L'éléphant sembla réfléchir un moment, puis ouvrit lentement la bouche.
« Quarante pour cent de commission. »
« Quoi ? »
Une seconde, je crus avoir mal entendu.
« Quarante pour cent. »
Sa façon de le dire était agaçante au possible.
« ... La dernière fois, vous n'avez pris que quinze. »
« Ça, c'était la dernière fois. Les transactions de grosse valeur ont une commission plus élevée. Nos risques augmentent aussi. »
« Je vous ai dit clairement qu'elles n'étaient pas volées... pas besoin de vous inquiéter qu'on les trace. »
L'éléphant découvrit des dents jaunes dans un sourire.
« Quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent des gens qui viennent ici disent ça. Pourquoi diable je vous croirais ? »
Quelle que soit la façon de voir les choses, quarante pour cent, c'était du vol pur et simple.
Je fusillai du regard Park Duho, debout en face de moi.
Il évita mes yeux et fit mine de ne rien remarquer.
Ces enfoirés, sérieux.
Commencer par une petite affaire pour gagner la confiance.
Puis t'arnaquer sur la grosse.
La tactique classique des ordures du marché noir.
Quoi, ils croient que j'ai pris une balle dans la tête ?
À quarante pour cent, ils empocheraient plus de soixante millions.
Ces salauds de criminels ne tenaient pas une œuvre de charité.
J'étais sur le point de partir sans rien vendre.
« Ah... alors laissez tomber. Je ne vends pas. Merci de m'avoir reçu. »
Je repris les potions sur le bureau.
Puis je me retournai pour partir...
Boum.
Quelque chose de lourd, comme un quartier de viande, s'abattit sur mon épaule.
Je jetai un œil et vis l'épaisse main de cet enfoiré d'éléphant qui me serrait fort.
C'était censé être quoi, ça ?
L'éléphant marmonna d'une voix basse à mon oreille, presque dans un murmure.
« Cher client, je ne peux pas vous laisser partir aussi facilement. »
Je le sentis mettre de la force dans la main qui me serrait l'épaule.
Je le sentis, littéralement, et c'est tout.
Ça ne faisait pas mal.
Au contraire, c'était plutôt agréable.
Ah... c'est carrément pas mal, en fait ?
Ça soulageait tellement que je restai immobile un moment.
Oh Taesan sembla croire que j'étais pétrifié par la douleur.
Les coins de sa bouche se retroussèrent en un sourire mauvais.
« On ne monte pas jusqu'ici pour repartir comme ça. »
Sa voix était basse et lente.
Le genre de ton manifestement habitué à menacer les gens.
« On vous a traité en client et on vous a amené jusqu'au bureau. Si vous faites ça, vous nous mettez dans une position délicate. C'est un endroit secret. »
Mon cœur se mit à battre la chamade.
Pas de peur.
D'excitation. De curiosité.
Enfin quelqu'un sur qui tester mes compétences.
Même niveau, et un tank en plus. Parfait.
Je décidai de jouer un peu les durs.
Je baissai la voix.
Et passai au tutoiement.
« Et maintenant, quoi ? »
L'air du bureau s'alourdit.
Les yeux d'Oh Taesan changèrent.
Ne voulant pas perdre la face devant moi, il me répondit lui aussi sur un ton familier.
« Tu vends la marchandise. À moins que tu veuilles crever salement et qu'on récupère tout ton inventaire avec ton cadavre. »
« Crever ? »
Je ricanai.
« Tu parles de toi ? »
« Petit merdeux... »
Son visage se tordit.
Plus la peine de parler.
Ça me démangeait déjà de tester mes compétences.
Je baissai les yeux. La cuisse d'Oh Taesan, épaisse comme une patte d'éléphant, entra dans mon champ de vision.
Je fis passer mon poids sur mon pied droit.
Pliai légèrement le genou.
Je sentis le mana s'accumuler dans ma jambe gauche.
Brise-Os.
