Troisième jour d'entraînement.
Une journée s'est écoulée depuis que j'ai commencé à enseigner la magie à Haru. Grâce aux exploits de Gobuo, la leçon qui m'inquiétait s'est bien passée, même si ce n'était pas aussi fluide que pour les arts martiaux. À présent, Haru en est au point où elle peut enchaîner les sorts de niveau élémentaire. Si elle continue comme ça, son niveau de classe montera d'ici la fin de la journée.
Katsuragi Haruna, 16 ans, femme, humaine
Classe : Magicienne LV1
PV : 115/115
PM : 45/45 (+5)
Force : 22
Endurance : 22
Agilité : 22
Puissance magique : 20 (+3)
Intelligence : 9
Dextérité : 1
Chance : 1
Emplacements de compétence
◇ Combat à mains nues LV21
◆ Magie des ténèbres LV8
Ouais, c'est bien. On dirait qu'elle s'est entraînée en douce de son côté : son combat à mains nues a grimpé sans que je m'en aperçoive. Si la classe de Haru avait été bagarreuse, elle aurait pris un niveau depuis longtemps. Enfin, à condition que cette compétence soit affichée avec un ◆.
Au passage, je peux consulter le statut de Haru à tout moment grâce au pouvoir de la compétence « Maître et Disciple sans couronne », qui nous lie, elle et moi, comme maître et disciple. Adieu, ta mission est terminée, Pierre sacrée. En revanche, Haru ne peut pas voir mon statut. Cette sacrée Haru voulait voir mon statut à la seconde où je lui ai expliqué ça. La curiosité, c'est une bonne chose. Mais même un maître a droit à sa vie privée. Moi-même, je lui demande la permission avant de regarder son statut.
Cette compétence accorde aussi un autre avantage à Haru, mais je le lui expliquerai quand son niveau de classe aura augmenté.
« Vous redescendez en ville ? »
« Ouais, les choses avancent mieux que prévu. C'est bien plus tôt que ce que j'avais planifié, mais tes bases se construisent plutôt correctement. Aujourd'hui, on change un peu et on s'entraîne dehors. »
« Ah, un entraînement à l'extérieur ! »
Les yeux de Haru brillent de mille feux. Eh oui, on va s'entraîner dehors. À part quand je suis allé faire les courses, on s'est surtout entraînés autour de la maison. Je comprends qu'on puisse être curieux de découvrir une ville et un monde qu'on n'a encore jamais vus. C'est peut-être ce que ressent un jeune juste avant de partir à l'étranger ?
Le pays où nous vivons, le Royaume Magique d'Adelheit, est, comme son nom l'indique, un pays qui excelle dans le maniement de la magie. Comme il est enclavé dans les terres, il était autrefois difficile de s'y procurer des plats de poisson. Mais grâce au développement d'objets magiques très performants, la vie y est relativement plus commode que dans les autres pays. Les ressources y sont aussi assez abondantes.
C'est un pays paisible, pas assez vaste pour être qualifié de grande puissance, mais trop grand pour passer pour un petit pays, et la politique du roi est toujours neutre. Ce pays possède une armée, et cette armée est étonnamment forte. Ce sont les Chevaliers magiques, ou plutôt, c'est leur chef qui est redoutable.
Même sans être pris dans les feux de la guerre, des monstres continuent d'apparaître au-delà de la barrière de la ville. Si on les laisse faire, les routes sont détruites et les diligences attaquées : il faudra donc toujours des gens pour les mater. Le travail des Chevaliers magiques dont je parlais comprend ce nettoyage. Cependant, leur champ d'action se concentre sur la sécurité de la population. Ils ne peuvent donc pas aller dans les donjons récolter des matériaux précieux, ni se rendre dans les zones où vivent les monstres, sauf en cas d'urgence.
Ce terrain-là revient à ceux qui rêvent de faire fortune rapidement : les aventuriers. Ils s'aventurent exprès dans des zones dangereuses où rôdent des monstres féroces, prennent des risques pour abattre des monstres mis à prix, ou gagnent leur vie en récoltant les matériaux demandés. Le métier d'aventurier n'existait pas à proprement parler, mais depuis on ne sait quand, on regroupe sous ce nom les guerriers, les magiciens et compagnie.
À la guilde, leur agence de travail, ceux qui n'en ont pas encore peuvent se faire attribuer une classe adaptée. C'est l'une de nos destinations du jour. Enfin, il y a un endroit où on doit passer avant.
« Shishou, pourquoi vous avez construit votre maison au fin fond de la montagne ? Ce n'est pas pratique, si ? Dans la forêt, il n'y a presque que des sentiers de bêtes, et il faut une heure de marche rien que pour descendre en ville. »
Juste au moment où on allait partir, Haru s'est mise à parler de ce genre de choses.
« Ce serait dangereux si elle explosait en pleine ville. »
« C'est peut-être vrai, mais... une explosion !? Cette maison peut exploser !? »
« Ça va, ça arrive rarement. »
« Ça n'a pas l'air d'aller du tout... »
Haru regarde la maison d'un air inquiet, mais il n'y a aucun danger tant qu'on n'y fait pas de travaux risqués. Ça a plus de chances d'arriver si on met cette femme en colère, mais je préfère me taire là-dessus.
« Haru, tu as l'air de bien le vivre, même si ce n'est pas pratique. Canon a l'air de s'y être habitué maintenant, mais la première fois qu'il est venu, il était épuisé et s'est effondré devant la porte. »
« J'ai l'habitude de m'entraîner en montagne. Ça, c'est du gâteau. »
« Tu es vraiment solide. Bon, on y va. »
« Ouiii. »
Ensuite, Haru est descendue en faisant du shadow-boxing. Et le temps qu'on arrive en ville, sa compétence de combat à mains nues avait pris un niveau.
***
Diana, la ville du château d'Adelheit. Comme on peut s'y attendre d'une ville au pied du château royal, elle est vaste, et ses rues sont belles et bien aménagées. Dans le quartier commerçant surtout, les passants vont et viennent en nombre, et on entend ici et là les voix animées des marchands. Ah, je déteste la foule.
« Waouh, c'est toujours aussi animé ici ! Shishou, cette boutique vend du poisson. Mais c'est cher ! »
« Je crois qu'il nous reste des provisions de la dernière fois. Plus important, c'est par là, allez. »
Je désigne une boutique tout en attrapant par la peau du cou la petite chipie qui s'apprêtait à filer.
« Armurerie "La Barbe Hirsute"... ? »
Effet secondaire de son transfert dans un autre monde, Haru parle la langue de ce monde et sait lire son écriture. L'enseigne de la boutique aussi. Enfin, si elle n'en était pas capable, elle ne pourrait ni lire de livres ni tenir une conversation, alors il est un peu tard pour le faire remarquer.
« Cette boutique vend des armes et des armures aux aventuriers. Regarde d'abord tes vêtements et ton équipement. Continuer avec ces habits, ce n'est pas pratique, non ? »
« Héhé, ils sont confortables pour bouger, pourtant... »
Pour l'instant, Haru possède en tout et pour tout un survêtement, une tenue présentable qui semble lui avoir été fournie par le château, et deux tenues de sport où elle est à l'aise pour bouger. Comme elle s'entraîne tous les jours, elle les lave et les fait sécher chaque fois qu'ils sont sales. Elle s'est débrouillée avec tous les moyens possibles ces derniers jours, mais ce n'est pas bien.
« Shishou, c'est votre boutique préférée ? »
« Ouais, tout ce qui est en vente est de premier ordre, et on peut même y commander du sur-mesure. Et surtout, comme le patron est une tête de mule, c'est sans doute pour ça que la boutique est si calme et qu'on y entre facilement. Des armureries aussi bonnes, tenues par un forgeron de niveau 5, il n'y en a pas beaucoup. »
« Shishou, ne dites surtout pas ça dans la boutique, même par erreur. »
« Ça va. »
Cling, cling.
J'ouvre la porte sans me soucier de Haru. La clochette tinte d'un joli son. À l'intérieur, des épées, des armures et le reste sont exposés dans un espace étroit, et on aperçoit ici et là des armes plantées pêle-mêle dans de grands tonneaux. Comment dire, c'est si étroit qu'on a l'impression d'être enseveli sous la marchandise. Le passage jusqu'au comptoir est minuscule. Ils auraient pu ranger un peu.
« Bienvenue ! Mais c'est-y pas Deris-danna ? Vous avez affaire avec le patron Gan ? »
Celle qui m'accueille derrière le comptoir avec son faux accent du Kansai, c'est Anita, la vendeuse vedette de la boutique. Une drôle de fille, qui parlait normalement quand elle était petite, mais qui a changé de façon de parler dès qu'elle est devenue marchande.
« Il y a ça aussi, mais je dois acheter des vêtements pour cette fille... »
« Waouh, quelle quantité d'armures ! Elles sont toutes vraies ? »
« Elles sont vraies, alors n'y touche pas n'importe comment, d'accord ? Elles sont empilées en équilibre parfait, et tout s'écroulera si tu fais pas attention. »
« Ahaha, je ferai attention. »
« Franchement. Bon, Anita. »
« ... »
« Anita ? »
« ... Deris-danna ramène une femme !? C'est-y pas une blague, ça ! »
Hé.
