À cause de son caractère trop direct, je poursuis mes explications, le cœur meurtri par le venin qui sort de la bouche de Haru. Je ne me laisserai pas abattre, je ne me laisserai pas abattre !
« La classe de Haru, c'est magicienne, mais tu as remarqué l'indication de niveau à côté de la classe ? »
« Oui, le vieux avait l'air de mesurer la force d'après ce niveau, lui aussi. »
« Bien vu, oui. À partir de là, c'est important, alors prends des notes. La classe et les compétences ont chacune leur niveau, et ce n'est pas parce que tu bats un monstre qu'il va monter. Le niveau de classe, surtout, monte rarement. Le petit Héros et la fille du karaté dont tu parlais en racontant tes malheurs étaient apparemment niveau 5, mais si leur niveau augmente, ils pourraient atteindre une puissance de tout premier ordre pour des êtres humains. Évidemment, le prochain niveau sera long à venir. »
« Hum hum. »
« Et puis, plus le niveau de classe est élevé, plus ton statut reçoit de bonus. Dans ton cas, tes PM et ta puissance magique vont un peu augmenter. »
« H-hum hum… Maître, j'ai une question ! »
Haru lève la main avec autant de soin que d'habitude. Moi qui ai le dos voûté, j'aimerais bien apprendre à faire ça.
« Oui, quoi ? »
« Vous venez de dire que le niveau ne monte pas même quand on bat un monstre. Alors comment on fait monter le niveau ? »
« Question évidente, hein. Mais avant ça, parlons des compétences. Tout en bas de ton statut, il y a une rubrique "emplacements de compétences", non ? »
« Voyons voir… il y en a deux qui ne sont pas attribués. »
« Essaie d'appuyer dessus doucement du doigt. »
Haru incline la tête, fait ce qu'on lui dit et mime avec l'index le geste d'appuyer sur un bouton dans le vide.
« Maître, il y a un nombre énorme de lettres qui s'alignent, je ne sais pas comment… »
« L'écran affiche les choix de compétences. Il devrait contenir celles que tu as déjà pratiquées. Si tu faisais des arts martiaux, il devrait y avoir [Combat à mains nues], [Maniement de l'épée] et [Esquive], non ? »
« Ah, oui. Hein ? Une magicienne peut apprendre des compétences d'arts martiaux ? »
« C'est ça qui est intéressant, oui. Mais pour faire monter le niveau de classe, il faut faire monter le niveau des compétences liées à cette classe. Autrement dit, si tu fais monter les compétences liées jusqu'à un certain niveau, le niveau de classe augmente. Pour une magicienne, ce sont des compétences du genre [Magie du feu] ou [Magie de l'eau]. »
« Attendez une minute. Je fais de mon mieux pour prendre des notes, là ! »
Haru résume désespérément ce qu'on vient de dire. Bah, au début, ce passage est difficile. La fumée qui lui sort de la tête commence à virer un peu au noir. Elle va bien ?
« Au fait, tu as déjà utilisé de la magie ? »
« Non ! »
« Oui, l'honnêteté, c'est bien. Il y a une compétence de magie dans tes choix de compétences ? »
« Non ! … Ah, non !? Maître, je fais face à une crise : ma compétence de classe ne montera jamais ! Je vais rester niveau 1 toute ma vie ! »
Le cerveau de Haru a atteint sa limite : en plus de la fumée, de la vapeur s'en échappe. Je devrais m'arrêter là ? J'ai faim, moi aussi.
« Calme-toi. Même si tu ne l'as pas maintenant, elle apparaîtra quand tu auras appris les bases. Pour l'instant, mets au propre ce que je viens de t'expliquer et sers le repas. Après manger, je t'entraînerai de la façon qui te convient le mieux. Toi, tu apprendras sûrement mieux en passant à la pratique. »
« O-oui… »
… Je devrais au moins mettre la table, je suppose.
***
Le déjeuner se compose de riz sauté et de soupe aux œufs. Il y a du riz dans ce monde ; je l'ai acheté quand je suis allé faire les courses. Visiblement, j'ai bien fait de donner à Haru, qui ne connaissait encore rien à la valeur de l'argent ici, le minimum de connaissances et de lui confier une semaine de budget nourriture. Elle a négocié une remise avec le tonton du magasin et a rapporté assez de provisions, plus de la monnaie. On dirait que sa débrouillardise est celle d'une mère de famille.
« Ça te plaît ? »
« … C'est délicieux. »
Ça fait longtemps que je n'avais pas mangé de riz sauté depuis que je suis arrivé dans ce monde, mais celui-là est vraiment délicieux. Il devait y avoir plein d'ingrédients qu'elle voyait pour la première fois, et pourtant elle a réussi à faire ce riz sauté avec ce qu'offre cet autre monde. J'en suis vraiment surpris. La soupe aux œufs aussi a du caractère : les œufs moelleux s'enroulent dans un bouillon plein de saveur. Une gorgée de soupe donne envie de reprendre du riz. Une bouchée de riz donne envie de reprendre de la soupe…
« … Merci pour le repas. »
« Merci à vous. »
J'ai tout mangé. Quand je m'en suis rendu compte, il ne restait plus rien. Ahh, dire que viendrait le jour où un riz sauté m'émouvrait à ce point. J'avais sous-estimé Haru. Une culture culinaire où l'on mange bien, c'est une chose merveilleuse.
« Pour être honnête, je ne pensais pas que tu saurais aussi bien tenir une maison. C'est parfait. »
« Q-qu'est-ce qui vous prend ? »
« Non, mise à part cette histoire de disciple, j'aurais envie de t'embaucher comme aide ménagère, en temps normal. Haru, si tu as des soucis avec ta classe, tu peux travailler chez moi. Je t'accueillerai avec un salaire plus élevé que celui des domestiques du château. Ou plutôt, installe-toi ici. »
« Euh, vous ne plaisantez pas, vous le dites sérieusement ? »
« Puisque je te le dis. Je suis tout à fait sérieux. »
« J-je vais y réfléchir… »
Elle porte du riz à sa bouche en rougissant légèrement ; elle est peut-être gênée que je l'aie complimentée. Hmm, on n'avait peut-être pas besoin de période d'essai. Si on regarde sa situation de disciple, elle remplit plus qu'assez les conditions… et surtout, c'est amusant de la regarder.
« Haru, après avoir mangé et fait la vaisselle, mets la tenue de sport que Canon t'a apportée et viens dans le jardin. C'est l'entraînement tant attendu. »
***
Ma maison est à bonne distance de la ville la plus proche. Elle a été construite au milieu d'une forêt dense, sur une montagne déserte qu'il faut gravir. Canon et les autres font sans cesse l'aller-retour entre la ville et le château, ces temps-ci, et rien que ça, ça fait un sacré exercice. C'est aussi pour ça que je n'ai pas trop envie de descendre en ville. Ça peut sembler peu pratique à première vue, mais ici, il y a des choses que je peux faire. Si je pose une petite barrière autour, une petite explosion ne s'entendra pas dehors et ne dérangera personne. Bref, ça veut aussi dire que je peux me permettre des trucs plus ou moins délirants.
« Bon, étudions les compétences dans ce jardin. »
« Hein !? Étudier… ? »
« Ne fais pas cette tête de chien à qui on dit "Pas bouger"… C'est juste une façon de parler. En fait, ce qu'on va faire, c'est faire monter ton niveau et te le faire vivre. Dans ton cas, c'est mieux que des explications, non ? »
« C'est beaucoup mieux ! Allons-y ! »
Tu es désespérée, hein ?
« Haru, si tu devais choisir une compétence d'arts martiaux, tu prendrais laquelle ? »
« D'arts martiaux ? Hmm, d'après ce que j'ai vu tout à l'heure, le combat à mains nues, je pense ? J'ai pas mal confiance en moi pour ça. »
Haru se met en garde en disant cela. C'est une posture d'arts martiaux, ça ? Je suis un amateur en la matière, je n'en sais rien. Mais ça a de l'allure.
« D'accord, prenons ça. »
« C'est bon ? Il n'y a que deux emplacements de compétences, pourtant ? »
« Même si tu l'apprends, il t'en reste un. Utilise-le pour une compétence de magie. D'abord, mieux vaut apprendre dans ton domaine de prédilection, ça te donnera confiance. Choisis-la sans hésiter, on discutera après. »
« Ossu, compris ! »
Haru me fait ce salut à la manière des arts martiaux et se met à configurer sa compétence avec enthousiasme. Elle était contente, finalement. On dirait que la compétence de combat à mains nues a été attribuée avec succès.
« Alors, essaie de pratiquer tes arts martiaux. Concentre-toi au maximum, et à fond. »
« Euh, alors je vais faire une technique de coup droit. Fuu… »
On fait monter le niveau d'une compétence en effectuant les actions qui s'y rattachent. Pour [Cuisine], il monte à force de cuisiner ; pour [Maniement de l'épée], ce sont les coups dans le vide ou les combats simulés. Cela dit, il ne suffit pas de le faire. Plus on y met de passion, plus le niveau monte vite. À l'inverse, le faire mollement en bâclant le travail mène à la pire des issues. On ne peut pas mentir à une compétence. Pour les arts martiaux, le plus efficace, c'est la concentration la plus intense, mais il faudrait un combat où l'on risque sa vie… Bah, tant que son niveau est bas, de simples exercices de forme suffiront…
« Maître ! Le niveau a monté quand j'ai fait un seul direct ! »
… Non, ça, c'est beaucoup trop rapide, quoi qu'on en pense.
