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Chapitre 9

Chapitre 9 : Naya Everlight

24 octobre 2026 ~9 min · 1 714 mots

Daniel fut réveillé par le doux clapotis des gouttes de pluie contre la vitre.

Un moment, il resta allongé à fixer le plafond. Il cligna plusieurs fois des yeux, le temps que son esprit redémarre.

Avec un long soupir, il se leva et alla s'habiller. Quand il entra dans la cuisine, l'odeur du café et le bruit du lait qui bouillait avaient déjà envahi la pièce.

« Notre petite est matinale, comme toujours, haha ! » rit Daniel en voyant les cernes sous les yeux de sa sœur.

Alice, assise sur une chaise, les yeux encore lourds de sommeil, remuait ses céréales dans son bol d'un air las.

« La ferme », grogna-t-elle en lui lançant un regard renfrogné.

Lianna, impeccable comme toujours, se tenait près de la table dans une veste épaisse et regardait par la fenêtre.

« Couvrez-vous bien. Il pleut encore. Le sol est déjà trempé.

- Je sors pas aujourd'hui ! Pourquoi les cours peuvent pas juste passer en ligne une bonne fois pour toutes ? se plaignit Alice.

- Tu t'endormais roulée dans ta couverture à chaque fois que c'était en ligne ! » fit Lianna en fronçant les sourcils.

Daniel s'assit avec un sourire et attrapa un morceau de pain.

« Je vais à l'association aujourd'hui. J'ai un truc à suivre.

- Encore l'association ? Rien n'a changé pour l'instant. Ne te précipite pas. Laisse d'abord ce drôle de système des Éveillés s'installer un peu dans ton corps.

- Parce que le système, c'est une personne qui a besoin de "s'installer" ? marmonna Alice.

- C'est important. J'ai quelques questions à poser sur un sujet. Ça ne prendra pas longtemps, mais j'appellerai s'il y a quoi que ce soit.

- Prends soin de toi », acquiesça Lianna.

« Si tu achètes à manger, prends aussi un truc au chocolat. Ces céréales ont un goût de carton maintenant, dit Alice.

- Si tu sors, ramène un truc bon ! Les céréales, ça suffit plus ! » ajouta-t-elle.

Daniel éclata de rire, fit un signe de la main et franchit la porte.

La pluie tapotait doucement les vitres du taxi. Les rues étaient bondées, mais à l'intérieur de la voiture régnait un calme étrange, jusqu'à ce que le chauffeur, un vieil homme à l'épaisse moustache et aux sourcils broussailleux, se mette à ronchonner.

« Les Éveillés... ha ! De notre temps, quand un monstre se pointait, il se tuait tout seul tellement on lui faisait peur ! On se battait avec rien d'autre que du pain sec et des bâtons ! Et maintenant ? Des systèmes, des classes, toutes ces bêtises ! »

« ... »

Daniel esquissa un léger sourire et regarda par la fenêtre.

« Et vous avez combattu des monstres quand, exactement ? » demanda-t-il sans le regarder.

« En l'an 55, pendant la guerre des donjons de Karaka. J'y suis entré avec deux bouteilles vides et j'en suis ressorti vivant », répondit le vieil homme, soudain sérieux, comme s'il venait seulement de remarquer la présence de Daniel.

Daniel ne dit rien. Il se contenta d'un petit sourire en coin. Le vieux avait sans doute inventé les monstres aussi.

L'an 55... ça remontait à presque deux cents ans. Comment ce vieillard pouvait-il encore être en vie ? Certes, les Éveillés vivaient plus longtemps à mesure qu'ils gagnaient en puissance, mais pour atteindre cinq cents ans, il fallait être au moins de rang A.

Et Daniel doutait qu'un Éveillé de rang A conduise un taxi.

Quelques minutes plus tard, le taxi s'arrêta devant le bâtiment de l'association. Daniel paya et descendit.

L'immeuble de verre avait, comme toujours, l'air luxueux, moderne et bondé. Des Éveillés en tenues spéciales, des badges colorés sur la poitrine et parfois des armes mystérieuses à la main, entraient et sortaient sans cesse.

Daniel se dirigea vers l'accueil. Une femme aux fines lunettes et à l'uniforme strict était assise derrière le comptoir.

« Bonjour, je viens m'inscrire à l'examen d'évaluation des Éveillés », dit-il poliment.

« Le prochain examen a lieu dans six mois. La date exacte n'a pas encore été annoncée », répondit la femme après avoir consulté l'hologramme devant elle, sans même prendre la peine de sourire.

Daniel cligna des yeux. Un silence s'installa. Ses pensées se brouillaient.

Six mois ? Il ne s'y attendait pas.

« Il n'y a pas d'autre moyen ? Même pas une petite chance ? »

La femme ne leva même pas la tête.

« Non. Selon le protocole, les candidatures ne sont acceptées que pendant les périodes officielles. Bonne journée. »

Daniel tourna les talons sans rien dire. Ses pas résonnaient sur le sol brillant du hall. Quand il sortit, le ciel était gris et la pluie avait redoublé. Il n'avait pas de parapluie, il n'y avait aucun taxi, et la seule chose qu'il avait, c'était un sentiment de déception grandissant qui lui pesait sur les épaules.

Il s'apprêtait à descendre du trottoir quand...

Quelqu'un le retint par la manche.

« Hé. Je n'ai pas pu te remercier hier... tu t'es un peu volatilisé ! »

La voix de la fille était douce, mais empreinte d'une audace presque enfantine.

Daniel leva les yeux et reconnut la fille de la veille. Ses cheveux mouillés lui collaient aux épaules, et un sourire chaleureux éclairait son visage.

Ses yeux pétillaient, comme ceux de quelqu'un qui sait déjà qu'il va se passer quelque chose d'intéressant.

Daniel lui rendit un faible sourire, un peu désarçonné. Qu'est-ce que cette fille faisait là ?

« J'ai juste fait ce que j'avais à faire... ce n'était pas grand-chose.

- Moi, c'est Naya. Naya Everlight. » Elle sourit et lui tendit la main.

Everlight. Ce nom lui disait quelque chose. Ou peut-être sonnait-il simplement trop particulier pour passer inaperçu.

« Moi, c'est Daniel... Daniel Noir. »

Un bref silence s'installa entre eux, rempli seulement par le bruit de la pluie.

« Tu es revenu à l'association ? Tu cherches quoi ? » demanda Naya, curieuse.

Daniel marqua une pause. Il ne pensait pas être obligé de lui répondre, d'autant que cette fille semblait un peu bizarre.

Cela dit, la raison n'avait rien de secret.

« Pour être honnête... je cherche une clé pour entrer dans la tour. On m'a dit qu'il fallait passer l'examen d'évaluation, mais il a lieu dans six mois. »

Naya pencha la tête et afficha un sourire espiègle.

« Tu as fait tout ce chemin juste pour une clé ? Un coup de fil aurait suffi ! »

Daniel cligna des yeux. « Tu te moques de moi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Ne me sous-estime pas, d'accord ? Attends un peu... » dit Naya avec un petit rire.

Elle sortit son téléphone de son long manteau et composa rapidement un numéro. La sonnerie retentit un instant, puis la voix d'un homme, grave mais chaleureuse, se fit entendre.

« Oui ? Naya ?

- Salut, grand-père. J'ai un service à te demander... tu peux m'avoir une clé ? C'est pour un ami. »

Il y eut un silence. La voix de l'homme revint, plus basse mais toujours ferme.

« Une clé ? Tu n'en as pas déjà une ? »

Naya eut un grand sourire.

« C'est pour quelqu'un qui m'a aidée hier. Sans lui, je serais sûrement en train de chercher un dentier à l'heure qu'il est ! »

L'homme éclata de rire au bout du fil. Un rire profond, plein de noblesse.

« Bon, bon... je te l'envoie. Mais cette fois, tu m'en dois une ! »

Naya raccrocha et se tourna vers Daniel.

« Ta clé est prête. »

Daniel resta immobile un instant.

« Quoi ? Comme ça ? Mais pourquoi tu m'aides, au juste ? »

Il la dévisagea d'un œil méfiant, sur ses gardes.

Il savait combien les clés coûtaient cher. Il ne pensait pas qu'une fille rencontrée la veille lui en offrirait une pour rien.

« Eh bien, tu avais l'air pressé, non ? Et puis, vois ça comme un remerciement », fit Naya en haussant les épaules.

Les pensées de Daniel tourbillonnaient.

'Qui est cette fille, au juste ? Les clés, ça se refile comme ça ? C'est qui, son père, pour obtenir ça d'un seul coup de fil ? Et pourquoi elle m'aide ?'

Une chose aussi belle pouvait-elle seulement exister dans ce monde ?

Mais il n'en dit rien. Il baissa simplement la tête et sourit, sincèrement cette fois.

« Merci, vraiment. Je ne sais même pas quoi dire. »

Il ne s'attendait pas à obtenir une clé aussi facilement. En sortant de l'association tout à l'heure, il avait même envisagé de rejoindre sa sœur pour passer le test avec la guilde Soleil Déchu.

Six mois, c'était long, et il ne voulait pas les perdre à ruminer.

Mais qui aurait cru qu'il obtiendrait une clé aussi facilement ?

« Tu veux que je te dépose ? Il pleut toujours, et tu es bien trempé », proposa Naya en passant une main dans ses cheveux.

Daniel s'apprêtait à refuser poliment, comme toujours. Mais cette fois, il se dit : pourquoi pas ?

... Surtout qu'il n'y avait aucun taxi dans le coin, et qu'il économiserait ainsi le prix d'une autre course.

« Si ça ne te dérange pas... ça m'arrangerait vraiment. »

Naya appela un numéro d'un air détaché et annonça : « Ils viennent nous chercher. Ils seront là dans quelques minutes. »

Peu après, le doux chuintement de pneus sur la chaussée mouillée leur parvint, et une rutilante voiture noire s'arrêta devant eux. Des lumières bleu pâle brillaient le long de ses arêtes, et ses lignes anguleuses étaient rehaussées de détails dorés.

C'était le genre de voiture dont tout le pays rêvait.

Sur le capot, des lettres élégantes indiquaient : « Astra Vantaria X9 - Modèle Argent ».

Daniel monta. Le toit glissa et se referma en douceur, et la portière se ferma dans un léger clic. Le siège sous lui était en velours, avec des boutons qui faisaient sans doute le café.

Il fixa la vitre et ne put que penser : 'Je viens vraiment de monter dans une Astra Vantaria ? Mais qu'est-ce qui vient de se passer ?'

« Alors... on va où ? » demanda Naya, joyeuse et détendue, assise à côté de lui.

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