Un parfum proche de la lavande flottait dans la pièce, élégante mais vide. On m'avait même maquillée, si bien que j'avais l'air d'une poupée de porcelaine, et le miroir me renvoyait un reflet qui ne me ressemblait pas du tout.
« Haa... Ça ne me va pas du tout, hein. »
Les gentilles servantes m'apportaient de temps en temps des livres ou des friandises pour tromper mon ennui, mais... j'arrive à mes limites. Pour commencer, je n'ai jamais été du genre à rester assise sans rien faire.
« Je crois que je vais sortir de ma chambre. »
Par chance, il n'y a personne aux alentours : je peux quitter ma chambre sans que personne y trouve à redire. J'ouvris la porte et jetai un regard à gauche puis à droite.
« Ce n'est pas comme si on m'avait ordonné de ne pas me promener, donc ça va. Je vais juste faire un petit tour du château... »
Tant que je reviens dans ma chambre au bout du compte, il ne devrait pas y avoir de problème. Je décidai de faire une promenade dans le château, ce qui me permettrait au passage de repérer une voie de fuite, au cas où les choses tourneraient vraiment mal.
***
« ... Beatrix-sama ? »
« Hiii ! »
À l'instant même où je refermais la porte et faisais un pas en avant, quelqu'un m'interpella.
« ... Ah. »
C'est mauvais.
Apparemment, j'étais tombée sur Achille, l'aide de camp du prince Royce, juste au moment où il sortait de la pièce voisine. Quel mauvais timing... Est-ce qu'il va me reprocher d'avoir quitté ma chambre de mon propre chef ? Peut-être parce que ce que je sais de lui grâce au jeu passe avant tout le reste, j'ai un peu de mal avec lui.
J'avais rencontré Achille Jade à l'époque où nous étions allés dans les montagnes derrière l'école. Mais je ne me souviens pas lui avoir beaucoup parlé. À ce moment-là, il avait fort à faire à surveiller mademoiselle Camille, championne toutes catégories pour se perdre, qui était toujours sur le point de filer ailleurs. Il n'était donc pas en position de bavarder.
« Achille... -dono. »
« Achille suffira, Beatrix-sama. Vous sortez ? »
Achille me posa la question poliment, avec un sourire aimable. Mais je le sais, moi. Je sais que tu as le fond du cœur aussi noir qu'un trou noir !
« Oui, eh bien, rester toute la journée dans ma chambre serait trop ennuyeux, alors... je voulais faire une petite promenade dans le château, mais... »
« Il est vrai qu'il peut être difficile de passer toute une journée dans la même pièce. Je ne peux cependant pas vous recommander de quitter votre chambre sans prévenir personne. C'est une honte pour nous, mais des imbéciles comme ceux du jour de votre cortège nuptial pourraient bien rôder dans le château... De plus... »
« Aaachiiilleuh... »
Comme pour lui couper la parole, une jolie voix cristalline résonna de l'autre côté du couloir.
« ... »
Au même instant, Achille prit un air embarrassé.
« Hein... »
Incapable de cacher ma surprise, je contemplai cette expression rare chez Achille, qui ne quitte d'ordinaire jamais son masque impassible. Dans le jeu, pourtant, il était censé être un personnage au sourire perpétuellement plaqué sur le visage... Quel que soit le sprite ou l'illustration, il était presque toujours dessiné avec la même expression. Elle ne changeait que lorsqu'il regardait Camille, la noble burikko, avec des yeux pleins de mépris ou de dégoût. Que son expression change quand il s'agit de Camille, c'est comme dans le jeu, mais... je me sens plus proche de cet Achille à l'air embarrassé.
Derrière lui, je voyais mademoiselle Camille venir vers nous d'un pas un peu chancelant. Pourquoi est-ce qu'elle titube comme ça... ? Elle a bu, comme le jour de la cérémonie d'entrée ?
« Camille, tu peux marcher, maintenant ? »
Achille, toujours aux petits soins, se précipita vers elle ; en retour, mademoiselle Camille lui lança un regard plein de rancune.
« ... À qui la faute, à ton avis ? »
Sur ces mots, épuisée, elle s'effondra par terre. Qu'est-ce qui se passe... ? Je m'inquiète.
« Camille ! »
Achille, affolé, la souleva dans ses bras. Comme d'habitude, ces deux-là forment vraiment un couple qui détonne.
« Si tu ne peux pas marcher, retourne dans la chambre. S'il t'arrivait quelque chose dans cet état... »
« ... Je te répète : à qui la faute ? »
Elle semblait de mauvaise humeur, pour une raison ou pour une autre, mais mademoiselle Camille, pendue au cou d'Achille qui la portait comme une princesse, était vraiment adorable.
« Euh, made... Camille-sama. Si vous le voulez bien, pourquoi ne pas vous reposer dans ma chambre ? »
Achille a sans doute encore du travail ensuite. Il perdrait sûrement beaucoup de temps à ramener mademoiselle Camille dans sa chambre. Et puis, de toute façon, à ce rythme-là, je n'ai pas l'impression que je pourrai me promener dans le château.
« Hein, ça ne te dérange pas ? »
« Ce n'est rien du tout. Je m'ennuyais, de toute façon. »
« Je vois. Alors allons dans ta chambre, Beatrix. ... Achille. »
Quand mademoiselle Camille se tourna soudain vers lui, Achille, qui la portait toujours, prit de nouveau un air embarrassé. Je la trouve formidable d'arriver à lui faire faire une tête pareille.
« Ne rentre pas trop tard, d'accord ? Il y a du travail demain, non ? »
Achille finit par céder à contrecœur.
« Mm, ne t'en fais pas. »
« ... On dirait que je ne t'ai pas trop rendue inutilisable, hein ? »
« J'ai dit que ça allait. »
***
« Mm ? »
Cette scène...
Je me disais que j'avais déjà vu cette scène quelque part quand je m'aperçus qu'elle ressemblait à mes conversations avec Baka-sama. Elle lui cause sûrement bien des soucis, mais comme je voyais sa gentillesse, mes lèvres s'étirèrent malgré moi en un sourire. Vraiment. Ce n'est que mon deuxième jour au château Garnet. Et j'ai déjà le mal du pays. J'étais pareille quand je suis arrivée dans ce monde, cela dit. On dirait que je ne supporte pas les grands changements d'environnement.
