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Chapitre 12

Chapitre 12 - L'entrevue du seigneur mage

5 novembre 2026 ~15 min · 2 900 mots

« Voilà une interlocutrice intéressante. »

Le seigneur mage Eides Olmirage s'était pris d'intérêt pour l'auteure de cette lettre, si différente de toutes les demoiselles de bonne famille qu'il avait fréquentées jusque-là.

La résidence secondaire de la maison du marquis Olmirage.

Dans son bureau, Eides laissa tomber la lettre sur la table avec un léger bruissement, s'adossa à son fauteuil, croisa les jambes et posa les doigts de ses deux mains sur son ventre.

Il fixa le jeune homme qui se tenait devant lui, venu le trouver pour la première fois depuis longtemps afin de lui apporter cette lettre... Leonil Lionel, le prince héritier aux cheveux violets et aux yeux d'or, et un sourire étira un coin de ses lèvres.

« Et donc, que comptez-vous faire en me montrant ceci, Votre Altesse le prince héritier ? »

« Toujours aussi désagréable, Eides. Quand nous sommes seuls, Léo suffit. »

À ces mots de Léo, son cadet de huit ans qui s'était attaché à lui comme un petit frère, Eides haussa les épaules.

« Tolérer l'insolence d'un sujet, voilà qui ternit ton prestige, Léo. »

« Un sujet, hein. Je trouve vexant que tu me croies incapable de comprendre qu'on ne prend pas de grands airs en privé face à un homme qui a plus de pouvoir que la famille royale. »

Cela faisait longtemps, aussi, qu'ils n'avaient pas échangé de taquineries.

Mais Léo avait raison : nul doute que la maison du marquis Olmirage possédait une autorité que même la famille royale ne pouvait ignorer.

En réalité, loin de se contenter d'égaler les maisons ducales, elle les devançait et occupait le premier rang de la noblesse.

Cette puissance trouvait son origine dans la naissance même de la maison royale Lionel.

Avant la fondation du royaume, le chef de la maison du margrave Lionel, qui à l'époque ne possédait aucune aptitude à manier la magie, avait demandé la main d'une fille de la maison du marquis Olmirage, laquelle produisait quantité d'excellents mages, et celle-ci lui avait donné la fille aux yeux violets qui possédait la plus grande puissance magique.

La maison Lionel était une lignée de guerriers, excellente dans le commandement des troupes, mais comme elle n'était pas une lignée à forte puissance magique, elle était mal considérée dans le royaume qui avait précédé celui-ci.

La maison du marquis Olmirage, elle, avait reconnu les remarquables capacités de la maison du margrave Lionel.

Les enfants nés de cette union n'avaient pas les yeux violets, mais ils avaient des yeux d'or et d'argent, et ils avaient bien vite intégré la force de la magie à leurs propres troupes. Recrutant activement et formant tous ceux qui possédaient de la puissance magique, fussent-ils roturiers, ils avaient gagné plus de force encore.

Les circonstances qui avaient fait de cette maison Lionel une famille royale étaient telles qu'il était difficile de lui en imputer la faute.

La famille royale et les nobles de l'époque, qui jugeaient la maison du margrave Lionel dangereuse, avaient exigé que la fille des Lionel, dotée du pouvoir de guérison, devienne concubine royale.

Si les choses en étaient restées là, il ne se serait agi que d'une otage, ou d'un moyen d'acheter la loyauté des Lionel en les liant à la maison royale.

Mais la famille royale de l'époque avait sous-estimé ces Lionel qu'elle jugeait pourtant dangereux.

La reine d'alors avait maltraité la fille devenue concubine, et le roi avait fermé les yeux.

De plus, il n'avait accordé aucune faveur aux Lionel qui lui avaient offert leur fille, et avait laissé faire les nobles qui, par hostilité, les harcelaient.

Tandis que le ressentiment envers la famille royale grandissait dans les terres du margrave, une prolifération massive de bêtes magiques survint par malheur, et dans le même temps, une épidémie se répandit dans tout le royaume.

Les Lionel durent faire face à la prolifération des bêtes magiques et à l'épidémie, mais leurs pertes restèrent bien moindres que celles des autres domaines.

Car ils disposaient de troupes puissantes dotées de la force de la magie, et des mages guérisseurs qu'ils avaient formés.

La sotte famille royale ordonna à la concubine, qui possédait le pouvoir de guérison, d'enrayer l'épidémie.

Mais vu la façon dont la concubine était traitée d'ordinaire, il était impossible qu'elle puisse coopérer avec les nobles des lignées de mages, qui la méprisaient.

La maison du marquis Olmirage, elle-même débordée par les affaires de son propre domaine, ne put guère l'aider. Lorsque la concubine, qui avait continué seule à soigner une foule de gens, s'effondra, la famille royale la traita plus mal encore.

Une bonne à rien, disait-on.

Et lorsque la famille royale en vint à ordonner aux Lionel, peu touchés, d'enrayer l'épidémie dans les autres domaines, les Lionel entrèrent enfin dans une colère noire.

Elle ne valait pas qu'on lui jure fidélité.

Ayant jugé ainsi, ils marchèrent sur la capitale.

La première à se joindre aux Lionel, qui avaient pour mot d'ordre de reprendre la concubine, et à mettre celle-ci en sûreté pour la cacher, fut la maison du marquis Olmirage.

Pour le chef de la maison Olmirage de l'époque, la concubine était la fille d'une cousine.

Il en avait depuis longtemps assez de la famille royale et des nobles de la faction royaliste.

La maison du marquis Olmirage, qui s'était déjà hissée au premier rang des lignées de mages, avait en outre bénéficié de l'instruction militaire des Lionel, et ses pertes dues à l'épidémie étaient naturellement faibles, elles aussi.

Épuisées par l'épidémie et les ravages des bêtes magiques, la famille royale et la faction royaliste n'avaient aucun moyen de résister aux deux maisons les plus puissantes par les armes et par la magie... À l'exception de la concubine et de son fils, le nouveau roi, la famille royale et la faction royaliste furent exécutées.

Ainsi naquit la maison royale Lionel, nouvelle souveraine.

La maison du marquis Olmirage aurait très bien pu devenir duc, mais la branche principale, et elle seule, gardait une distance appropriée avec la famille royale.

Cependant, en raison des circonstances de la fondation du royaume, ceux qui étaient devenus ducs avaient presque tous des liens de sang avec la maison du marquis Olmirage. Et comme celle-ci avait eu la chance d'avoir, génération après génération, des chefs talentueux, doués à la fois du sang des mages et du sens des affaires...

La maison du marquis Olmirage était devenue une famille noble dont l'influence s'étendait jusqu'aux pays étrangers.

C'est pourquoi ses liens d'amitié avec la famille royale étaient profonds, et Eides et Léo, comme il se devait, avaient passé leur enfance plus proches l'un de l'autre que de quiconque.

« Alors, l'auteure de cette lettre est bien Wermy Ernest, n'est-ce pas ? »

À la question d'Eides, Léo ouvrit de grands yeux étonnés.

« Comment le sais-tu ? »

« C'est la deuxième fois que je vois cette lettre. »

Tout en parlant, il sortit une lettre d'un tiroir et la montra à Léo.

« ... Je vois. Celle qu'elle m'a confiée était une copie de secours. »

« Elle ne devait pas être sûre qu'une lettre anonyme me parviendrait. Si elle a deviné qui tu es, tu étais pour elle un "messager" fiable. »

Les liens entre la famille royale et les Olmirage, tout habitant du royaume Lionel les connaissait.

C'était un récit célèbre, chanté dans les contes des ménestrels comme dans les pièces de théâtre, et la première ligne de l'histoire qu'apprenaient les nobles.

« La lettre précisait aussi qu'elle avait confié à une personne de confiance les preuves de la trahison de la maison du comte Ernest. Et le destinataire est lui aussi intéressant. »

« Qui donc ? »

« Kratès Riloud. »

Quand Eides le lui eut annoncé avec un sourire narquois, Léo poussa un profond soupir.

« Voilà qui est surprenant, là encore. Comment a-t-elle pu se lier au désenvoûteur de première classe Riloud... Non, vu la couleur de ses yeux, ce n'est peut-être pas si étrange, mais je n'ai jamais entendu dire que la maison du comte Ernest avait des liens de sang avec les Riloud. »

Les liens de la maison ducale Riloud avec la famille royale étaient d'une nature un peu différente de ceux de la maison du marquis Olmirage.

À l'origine, c'était une lignée d'envoûteurs, experte dans les malédictions et leur levée.

C'était la seule et unique lignée capable d'obtenir le concours des esprits non par la puissance magique, mais par la prière. Or, pour soumettre les esprits en ignorant leur libre arbitre, il fallait une quantité colossale de puissance magique.

Car, contrairement aux familiers, les esprits ne nouent pas de relation de maître à serviteur avec les humains.

Seules une rétribution et leur bonne volonté pouvaient les faire agir.

Le pouvoir de lever les malédictions était, à l'origine, un pouvoir propre aux esprits.

Et ce qui révélait ce talent, c'étaient des yeux vermillon.

Jamais encore ce talent ne s'était manifesté chez quelqu'un qui n'était pas des Riloud ou d'une branche apparentée.

« Les Riloud cachent ce fait à tous, sauf à une poignée de gens. Même au sein de la maison ducale, seules quelques personnes proches du chef de famille le savent. La plupart des nobles trouveront peut-être cela curieux, mais ils n'iront pas jusqu'à se poser des questions. »

Cela aussi avait éveillé l'intérêt d'Eides.

« J'ai d'abord pensé que cela venait du côté de sa mère, mais il paraît qu'elle était à l'origine une orpheline roturière. La probabilité est infime. Dans ce cas... »

« ... Une infidélité de la mère, hein. »

« Il pourrait être amusant de creuser de ce côté-là. S'il existe un lien entre Wermy et la maison ducale Riloud, on verra apparaître l'amant. »

Kratès avait un jour quitté les siens pour se fondre dans le peuple, redevenant un temps roturier.

Au vu de son lien avec Wermy, l'hypothèse qu'il soit son véritable père était plausible.

Léo fit la grimace.

S'il se montrait un peu pudibond pour un membre de la famille royale, cela tenait sans doute aux origines de la maison royale Lionel, mais aussi au fait que le roi actuel et la reine s'entendaient à merveille, et que le roi n'avait pas de concubine.

Léo avait quatre frères et sœurs cadets, l'héritier ne manquait pas de suppléants, et une concubine n'avait donc pas été nécessaire.

« Plus j'en entends, plus ces parents me paraissent être des ordures. »

« Tu connais la situation ? »

« Je suis proche de la sœur de Wermy, Iora. Elle est maltraitée. J'ai voulu l'aider, mais elle m'en a empêché. "Je ne veux pas que l'affaire éclate au grand jour tant que je n'aurai pas trouvé le moyen de sauver Wermy aussi", m'a-t-elle dit. »

« Je vois. »

En dehors de ce qui était écrit dans la lettre, Eides avait déjà fait enquêter sur la maison du comte Ernest.

Il avait aussi entendu dire que la sœur aînée vivait dans un pavillon séparé.

On lui avait rapporté que la cadette, elle, était choyée, mais il ne semblait pas y avoir de rancœur entre les deux sœurs.

« Et toi, qui sembles ne pas porter la cadette dans ton cœur, pourquoi m'as-tu apporté cette lettre ? »

« Parce que j'ai pensé que ce n'était pas à moi de trancher. Son comportement habituel et ce qu'Iora me raconte de leur vie sont beaucoup trop différents. Je n'arrive même pas à savoir si c'est de la comédie. Elle est incroyablement douée pour cacher ce qu'elle pense vraiment. »

« Oh ? »

« Au début, je me suis même demandé si Iora n'était pas manipulée par quelque élixir secret. Mais elle a toute sa raison. ... Et puis, Wermy me déteste franchement. »

« Pourquoi donc ? »

« ... Elle dit que je suis un lâche. »

Devant l'air renfrogné de Léo, Eides ne put retenir un petit rire de gorge.

« Ne ris pas. Elle croit que j'ai trop peur de mon père, que je cache mon rang et que je ne lève pas le petit doigt pour Iora. »

« Tiens donc. Elle sait que tu es le prince héritier, et elle se montre pourtant bien hardie. »

De plus en plus intrigué, Eides lança à Léo un dossier posé sur le bureau.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Le mémoire de Wermy, que j'ai fait venir de l'école. ... Mais l'écriture n'est pas la même que celle de la lettre. J'ai aussi regardé le mémoire d'Iora : c'est lui dont l'écriture correspond à la lettre. »

« ... C'est bizarre. Le contenu correspond au sujet de recherche dont elle m'a parlé, et l'écriture a l'air identique. »

« Alors voici le mémoire censé avoir été écrit par Iora. »

« ... Ils se ressemblent tellement qu'il faut regarder de très près pour voir la différence. On les a fait se ressembler, peut-être ? »

« Qui sait. Comment vois-tu la situation ? »

Normalement, on en conclurait que la lettre avait été écrite par Iora.

Mais une partie de la lettre affirmait justement que les mémoires de l'aînée et de la cadette avaient été échangés.

« Il est impossible qu'Iora dénonce Wermy dans une lettre. Si c'était elle, elle me l'aurait remise directement... »

« Exactement. Autrement dit, on peut lire sans risque d'erreur que, comme le disait Iora, Wermy est passée à l'action. Il n'y a pas de fissure entre elles deux, n'est-ce pas ? »

« Si l'on en croit Iora, non. Et Wermy n'est pas allée crier partout qui je suis. »

... Intéressant.

Repensant à la jeune fille qu'il n'avait rencontrée qu'une seule fois autrefois, Eides sourit plus largement encore.

Ces yeux vermillon qui scrutaient.

À bien y réfléchir, c'était la première fois qu'Eides s'intéressait de lui-même à une demoiselle de bonne famille.

« Je commence à me dire que je pourrais bien entrer dans son jeu. Cela dépendra aussi du contenu des preuves. »

Il n'était pas encore allé voir Kratès.

Comme la lettre indiquait que les preuves avaient été déposées à l'adresse de sa maison de soins, il ne faisait presque aucun doute que c'était bien lui le dépositaire.

« Mais la lettre posait comme condition à la remise des preuves que tu te fiances avec Iora et que tu la fasses sortir de cette maison, non ? »

« Qu... ! »

Eides observa avec amusement Léo, qui avait laissé échapper un cri affolé, et poursuivit avec un sourire narquois.

« Allons, je ne suis pas assez ignoble pour te voler la femme que tu aimes. Si j'entre dans son jeu, j'ai l'intention d'en modifier un peu le scénario. »

« ... De quelle façon ? »

Léo avait rougi, preuve qu'Eides avait vu juste et qu'il était épris d'Iora. Eides plissa les yeux.

« Si Wermy est bien la femme que je crois, et si elle agit dans le sens de ce qu'Iora t'a confié, c'est moi qui prendrai Wermy. »

« ............ Hein ? »

Laissant Léo bouche bée, Eides tourna les yeux vers la fenêtre, incapable de réprimer sa bonne humeur.

« Il faudra sans doute, une fois, des fiançailles pour faire sortir Iora. Mais c'est Wermy que je veux, elle qui a le cran de vouloir se servir de moi pour sa sœur. »

« ... Dans ce cas, des fiançailles entre Iora et moi pourraient aussi... »

« Elle ne te reconnaît pas. Si j'entre dans son jeu, je n'ai pas l'intention de revenir là-dessus. Si tu as toi-même un moyen de sauver jusqu'à Wermy, propose-le. »

... Montre-lui ta propre force, et non le prestige de la famille royale.

Devant ce message implicite, Léo prit un air dépité.

Eides pensa qu'il ne trouverait aucun moyen d'y parvenir sans demander son aide ni recourir au pouvoir de la famille royale, mais...

« ... Je ferai d'elle un témoin, avec Wermy, pour établir les faits. Ainsi, son innocence sera reconnue. ... Je ne pourrai pas faire autrement que de me servir de ma position de prince, mais... »

... Bah, exiger davantage serait cruel.

Tant qu'il ne s'agissait pas de faire intervenir Sa Majesté en personne, Eides n'avait pas l'intention de se montrer si pointilleux.

« De cette façon, elle redeviendra roturière, avec Iora. Un mariage avec toi ou avec moi deviendrait impossible. ... Peux-tu aller jusqu'à faire reconnaître Iora comme comtesse jusqu'à la passation ? Si tu y parviens, je veux bien glisser un mot en faveur de Wermy. »

Satisfait de voir son petit frère de cœur proposer aussitôt un plan, Eides ajouta encore une condition.

« Je le ferai. C'est pour elle. Je convaincrai moi-même le seigneur Killrain, ministre de la Justice. »

« Tu as la moyenne. Alors agis en ce sens. Moi, une fois la rupture des fiançailles prononcée, j'enverrai à Iora une demande en mariage. »

Quand Eides eut acquiescé, Léo laissa échapper un soupir de soulagement.

Il avait encore bien du mal, pour un membre de la famille royale, à dissimuler ses émotions, mais Eides estimait ce Léo qui grandissait en sagesse.

... Et cette jeune fille d'alors, comment a-t-elle grandi, je me le demande.

J'espère qu'elle est devenue noble et fière, sans perdre cette lumière.

Sur cette pensée, Eides commença à écrire une lettre pour solliciter une entrevue avec Kratès.

Ce fut environ six mois plus tard qu'Eides, accompagné d'Iora en feignant le hasard, aperçut Wermy dans les rues de la ville.

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