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Chapitre 8

Chapitre 8 : Étoile Noire [2]

19 octobre 2026 ~9 min · 1 621 mots

« Le match est terminé ! La victoire revient à Aoife Kell Megrail. »

Wooo !

La foule explosa en acclamations. Elles se déversèrent sur l'estrade où se tenait une silhouette impassible.

Elle captait tous les regards, subjuguant l'assistance par sa seule présence.

Ses cheveux roux, qui lui tombaient en cascade dans le dos, mettaient en valeur son trait le plus saisissant : ses pupilles jaunes.

... Aoife Kell Megrail.

La future Étoile Noire, et l'une des nouvelles recrues les plus prometteuses de Haven.

Indifférente aux acclamations, Aoife baissa les yeux sur son adversaire, Jordana. Une chevalière prometteuse de la famille.

« ... Décevant. »

Sa voix glaciale tomba sur la jeune fille, lui livrant son verdict.

Jordana baissa la tête, honteuse.

« Je vous demande pardon. »

« Inutile. »

Aoife lui tendit la main, que Jordana saisit.

« C'était le résultat attendu. »

« J'ai fait de mon mieux, mais il semble que même moi, je ne sois pas à votre hauteur. Je crains qu'avec votre force actuelle, vous ne trouviez aucun adversaire de votre âge. Pas même à Haven. »

« ... »

Aoife n'avait rien à répondre.

C'était la dure vérité.

Son talent, ajouté aux années d'entraînement qu'elle avait d'avance, la plaçait à un niveau que les cadets ordinaires ne pouvaient atteindre.

C'était ce qu'elle croyait, et ce que tout le monde croyait.

Et pourtant,

『Lettre d'admission』

Nous félicitons la cadette Aoife Kell Megrail pour son admission à l'Institut Haven.

Nous sommes fiers et ravis de vous accueillir dans notre programme.

C'est un grand honneur pour nous de vous inviter à nous rejoindre.

■ [Rang de cadet : 3]

『Lettre d'admission』

« Troisième rang ? »

Qu'est-ce que cela signifiait ?

« ... Est-ce une erreur ? »

Lorsqu'elle interrogea son cousin, Atlas, celui-ci lui répondit sans détour :

« Non. »

Il feuilletait nonchalamment le livre qu'il tenait à la main, sans même lui accorder un regard.

« Il y a deux cadets que nous avons jugés plus talentueux que toi. »

« Plus talentueux ? Alors... moi ? »

Pour la première fois depuis bien longtemps, l'expression composée d'Aoife se fissura. Elle ouvrit la bouche, mais les mots refusèrent d'en sortir.

Comme si quelque chose les bloquait, elle ne put que remuer les lèvres.

Jusqu'à ce que,

« Julien Dacre Evenus. »

On lui donna un nom.

Un nom qu'elle grava profondément dans son esprit.

« C'est lui, l'Étoile Noire. »

Et.

« Celui que nous jugeons plus digne de ce rôle que toi. »

***

« ... Un discours, hein. »

Je regardai la lettre posée devant moi. Un membre du personnel de l'Institut Haven me l'avait remise ce matin.

On pouvait y lire : « Félicitations pour votre admission à Haven. Nous sommes fiers d'annoncer votre entrée à l'institut... »

C'était une longue lettre.

Mais les points essentiels se résumaient à,

« Étoile Noire, et discours. »

Une semaine s'était écoulée depuis l'examen. J'en savais désormais beaucoup plus sur ma situation.

C'est pourquoi,

« ... Hah. »

Je savais exactement ce que symbolisait « l'Étoile Noire ».

L'excellence et la perfection. Un modèle à suivre pour les autres cadets. Tout ce que je n'étais pas.

Je tendis la main, et un faible cercle magique violet se forma.

Tzz...

Il vola en éclats quelques secondes à peine après que je l'eus activé.

« Toujours rien... »

La magie existait dans ce monde. Je m'en étais rendu compte assez tôt. Et apparemment, j'étais doué pour la magie de malédiction.

Julien, plutôt.

Moi... ?

« On dirait que vous n'avez toujours pas compris comment utiliser correctement le mana. »

Je continuai de fixer ma main en ignorant la voix qui me parvenait du fond de la pièce.

Je concentrai toute mon attention sur ma main.

Un courant chaud jaillit du centre de mon abdomen. Je le guidai jusqu'au bout de mes doigts.

Dans mon esprit, une image nette prit forme, et des runes étranges flottèrent dans l'air, s'agençant peu à peu à l'intérieur du cercle violet qui planait au-dessus du bout de mes doigts.

Presque...

De la sueur perla sur mon front.

Elle coula le long de mon nez.

Et s'arrêta à son extrémité.

Les runes se mirent en place dans le cercle. Une faible lueur apparut sur ses bords.

Oui... Encore un peu...

J'y étais presque.

Je le sentais.

J'étais...

Tzz...

« Ah. »

Le cercle se brisa.

Tous mes progrès disparurent en un instant.

[Mains du Mal] EXP + 0,01 %

Ce n'était pas un résultat inattendu. Il en avait été ainsi toute la semaine.

Mais.

« ... C'est frustrant. »

Essayer encore et encore et encore, sans presque aucun progrès.

Je pensais qu'avec assez de temps et d'entraînement, je finirais par m'améliorer, mais en une semaine d'exercice, le seul résultat que j'avais obtenu était l'échec.

Ploc...

Quelque chose d'humide coula de mon nez.

Je l'essuyai avec ma manche. Elle se tacha de rouge.

C'est alors que je compris.

« Du sang... »

« Vous vous surmenez. »

Enfin, je levai les yeux. Là, debout sur le seuil de ma chambre, se tenait Leon. Ses yeux gris étaient toujours aussi intenses.

« Vous essayez d'apprendre la magie de malédiction, n'est-ce pas ? Pour ne pas paraître suspect le moment venu. »

« ... C'est ça. »

Non, pas vraiment.

C'était en partie la raison. Mais surtout, apprendre une autre magie aurait été une tâche bien trop ardue pour moi.

Pour le moi actuel, du moins.

« Tenez. »

Leon s'approcha et me tendit une feuille de papier.

« Voici le discours que je vous ai préparé. Inutile de vous entraîner, il est assez simple. Et puis... personne ne se doutera de rien si vous le lisez exactement tel qu'il est écrit. »

« Je vois. »

Je tendis la main pour le prendre, mais il recula le papier. Je restai interdit.

« ... Qu'est-ce que tu fais ? »

« Réflexion faite, je vous le donnerai plus tard. »

« Hm ? »

Il désigna mon nez.

« Arrangez-vous un peu. Vous n'êtes pas en état de penser au discours. »

« Ah. »

C'est vrai.

J'attrapai le mouchoir le plus proche pour m'essuyer le nez. Il saignait encore. Comme je m'y attendais, je m'étais un peu trop acharné.

Leon resta silencieux à côté de moi.

À m'observer attentivement.

Jusqu'à ce que,

« Je vais prendre congé. Nous nous retrouverons avant le discours. »

Il décida de partir.

« Attends. Le discours... ! »

Il s'en alla avant que j'aie eu le temps de lui réclamer le papier.

« ... Merde. »

Je m'enfonçai un mouchoir dans la narine.

« Il se méfie toujours de moi. »

Durant la semaine passée avec Leon, il avait toujours paru sur ses gardes en ma présence. Je savais exactement pourquoi, et j'en profitais pleinement.

« Je n'ai pas beaucoup de temps. »

Mais je savais aussi que je ne pourrais plus garder cette façade très longtemps.

Il ne lui faudrait pas longtemps pour comprendre qu'il pouvait me tuer d'une simple pensée. C'est pour cela que je cherchais si désespérément à progresser.

Seule la puissance me permettrait de rester en vie.

« ... Je devrais y aller. »

Je consultai ma montre.

L'heure de mon discours approchait. Ce n'était pas que j'étais nerveux. Loin de là.

Mais.

« Et ensuite... ? »

Mon but était de trouver des réponses. Et pourtant, une semaine plus tard, je n'avais récolté que davantage de questions.

C'était bel et bien le monde de L'Essor des Trois Calamités.

Je n'avais jamais joué au jeu, mais la situation m'était apparue clairement après une semaine passée dans ce monde.

Pendant cette semaine, je n'avais cessé de songer à quitter cet endroit.

La vision qui avait précédé mon arrivée ici me montrait mourir sous une longue lame, trois femmes à mes trousses.

Cette vision était-elle celle du Julien du futur, ou celle de mon moi futur... ?

Et même si c'était le cas, combien de temps me restait-il avant que Leon ne me tue ?

« ... Quoi qu'il arrive, on dirait que chacun de mes gestes me mène à la mort. »

Face à un tel avenir, la réponse la plus sensée n'était-elle pas de fuir ? De quitter cet endroit. Je pourrais sûrement mener une belle vie si je le faisais.

« ... Tu parles. »

Ne pas savoir pourquoi j'étais ici me rongeait davantage que mon désir de vivre.

J'imagine qu'étant déjà mort une fois, j'accordais moins d'importance à ma vie qu'à la vérité.

« Et ce n'est pas tout... »

Mon regard revint à mon bras.

En le tournant, un trèfle à quatre feuilles apparut dans mon champ de vision.

« ... »

L'une des feuilles s'illumina.

Un sentiment d'effroi monta du plus profond de mon esprit tandis que je gardais les yeux rivés sur la feuille. C'était la même feuille que la dernière fois.

Elle me rappelait ce qui s'était passé pendant l'examen.

Cette feuille était la raison pour laquelle j'avais pu devenir l'Étoile Noire.

Je ne savais toujours pas ce qu'elle faisait.

Le lendemain, à mon réveil, elle s'était de nouveau illuminée. Je n'y avais plus touché depuis. Les séquelles de cette expérience me pesaient encore. Mon esprit était-il seulement capable de supporter à nouveau des émotions aussi intenses... ?

Je n'en étais pas sûr.

Mais s'il y avait une chose que je savais...

« Les émotions. »

La colère, la tristesse, la joie, l'amour, la surprise, la peur...

« ... Je ne me laisserai pas consumer. »

Froufrou...

J'enfilai un blazer noir et des gants de cuir noir pour cacher les blessures de mes mains. Après m'être assuré que tout m'allait, je franchis la porte.

Ni maintenant, ni jamais.

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