'Euh… je suis encore en vie ?'
C'était impossible. Et pourtant… je commençais à en douter. Alors même que j'avais eu la certitude de rendre mon dernier souffle.
C'était la seule conclusion logique, puisque je me trouvais debout sur les restes d'une ville.
Mes sinus se bouchaient à cause de la fumée qui flottait dans l'air, et un tintement sourd et régulier résonnait dans ma tête. Un peu comme le bourdonnement d'un moustique, en beaucoup plus agaçant.
Tout bien considéré, j'étais certain que quelque chose clochait. Je me sentais là, et en même temps pas là.
Si ça voulait dire quelque chose ?
Sans doute une de ces hallucinations qu'on a avant de mourir.
Forcément.
J'en fus encore plus convaincu en me découvrant au milieu des ruines d'une ville inconnue, déconcerté par l'architecture singulière de ses bâtiments. Ils semblaient appartenir à une autre époque, sans rien de commun avec ce que je connaissais.
Bizarre.
Toute la situation était bizarre, et j'avais du mal à m'y retrouver.
J'avais beau brûler de comprendre ce qui m'arrivait et ce qu'était cette ville autour de moi, je n'y arrivais pas.
J'étais coincé là où j'étais.
Ou plutôt, j'étais prisonnier.
Je voyais, je sentais, j'entendais, je goûtais et je touchais sans problème. Simplement, je n'avais aucun contrôle sur mon corps. J'avais l'impression d'être une marionnette, manœuvrée par une force extérieure.
Grondement ! Grondement !
Un grondement lointain attira mon attention, et ma tête se tourna vers l'origine du bruit. Une voix que je ne connaissais pas s'éleva, coulant de mes lèvres.
« Il était temps… Je les croyais plus lents. »
Cette voix avait quelque chose. Elle sonnait faux. Presque mécanique à mes oreilles, mais je n'aurais pas su dire.
Mais qu'est-ce qui se passe ?
J'étais décontenancé, mais que pouvais-je faire d'autre ? Il n'y avait aucune issue, et je ne pouvais qu'observer.
BOOOUM !
Un bâtiment au loin se désagrégea, et de ses ruines surgit une silhouette.
Nos regards se croisèrent, et je sentis aussitôt un poids écrasant peser sur mon corps, m'étouffer.
« Je… t'ai enfin trouvé ! »
Une voix stridente se répercuta dans l'air, et le ciel vira à l'écarlate.
La pression qui m'écrasait s'accentua, et bientôt elle apparut juste devant moi.
Elle était… à couper le souffle.
Plus que quiconque j'avais pu voir dans ma vie, au point que je doutais encore davantage de la réalité de ce que je voyais.
Une chevelure d'un roux ardent ruisselait le long de son dos et dansait dans la lumière du soleil, déployant des reflets cramoisis, cuivrés et dorés, comme si des flammes avaient été savamment tissées dans chacun de ses cheveux.
Mais ce furent ses yeux qui retinrent vraiment mon attention. Brillants comme deux orbes dorés, ils avaient une profondeur et un éclat qui semblaient refléter le soleil lointain.
'Mais qu'est-ce qui se passe ?… Et pourquoi elle me regarde comme ça ?'
Elle me semblait étrangement familière, et en même temps pas du tout. Je savais plus ou moins que je l'avais déjà vue, sans parvenir à me rappeler quand.
« C'est tout ce que tu as à me dire ? »
Son regard contenait quelque chose. Je n'arrivais pas bien à saisir quoi… du désir ? De la déception ? Je n'en étais pas sûr.
« J… »
Ma bouche venait à peine de s'entrouvrir quand, tout à coup, le ciel jusque-là teinté de rouge prit une nuance violacée, et la foudre se mit à crépiter en s'abattant.
Crac ! Crac !
Elle déchirait tout ce qui se trouvait en dessous, détruisant bâtiments et infrastructures avec une puissance que rien n'arrêtait.
En quelques instants, les nuages se déchirèrent et dévoilèrent la silhouette d'une femme. Ses cheveux d'un violet éclatant ondulaient avec grâce dans l'immensité du ciel, tandis que son regard perçant, débordant d'une hostilité écrasante, se fixait sur moi.
Crac ! Crac !
Le ciel continuait d'être ravagé par une foudre implacable, accentuant la pression qui oppressait chaque parcelle de mon être. Une force si redoutable que mes jambes faillirent se dérober sous moi.
Et pourtant, inexplicablement, l'individu que je « possédais » faisait preuve d'une obstination inébranlable. Mes os craquaient, et j'avais du mal à respirer sous cette pression extrême.
Et pourtant.
Comme si ce que je subissais ne comptait pas.
Je restai debout là où j'étais.
« Alors… te voilà enfin, toi aussi. »
Sa voix porta dans l'air jusqu'à la femme aux cheveux violets et lustrés, suspendue dans le vide.
La foudre qui l'entourait crépita de plus belle, et son regard bouillonna d'une haine redoublée. Pourtant, elle restait immobile, comme incapable de faire le moindre geste.
C'est alors que je sentis mes lèvres s'étirer, et le monde changea une fois de plus.
Du Rouge au Violet… puis au Noir.
Brusquement, les ténèbres envahirent ma vue et la ville au loin disparut entièrement. Le ciel se dissipa, tout ce qui m'entourait s'évanouit, et il ne resta que les deux femmes devant moi.
Surgissant des profondeurs de cet abîme d'encre, une silhouette prit forme au loin. Ses yeux, d'un cramoisi vif, rayonnaient d'une luminosité intense qui perçait l'obscurité et révélait une cascade de cheveux blancs comme la neige qui coulait sur ses épaules.
Elle aussi…
Ne me regardait qu'avec de la haine.
Ah… je comprends, maintenant.
Il avait fallu qu'elle apparaisse pour que je comprenne.
Que je comprenne pourquoi elles m'avaient semblé si familières.
'Ce sont les filles du jeu que mon frère m'a montré.'
Juste avant ma mort. Il y avait un jeu dont mon frère n'arrêtait pas de parler. « L'Essor des Trois Calamités ».
Je n'en savais pas grand-chose, faute d'avoir eu l'occasion d'y jouer, mais mon frère en était passionné.
Il n'arrêtait pas d'en parler…
Les pièces du puzzle se mirent en place dès que les trois furent devant moi, réveillant le souvenir de la jaquette du jeu. Je ne l'avais aperçue que brièvement, sans y prêter attention, et il m'avait fallu un moment pour rafraîchir ma mémoire.
Mais maintenant, j'en étais certain.
Les trois femmes qui se dressaient devant moi… qui me fusillaient du regard avec une haine à me faire palpiter le cœur, étaient les Trois Calamités du jeu que mon frère m'avait montré juste avant ma mort.
Ou avant ce que je croyais être ma mort. Étais-je toujours mort ? Je n'en étais plus très sûr.
C'étaient sans doute les versions plus âgées des filles à l'arrière-plan de la jaquette.
Contrairement à leur représentation juvénile sur la jaquette, les femmes devant moi paraissaient nettement plus âgées.
Leurs regards n'avaient plus rien du portrait espiègle de la jaquette : ils irradiaient une soif de sang implacable qui semblait vouloir me dévorer vivant.
« Depuis combien de temps n'avions-nous pas été réunis ? »
Ma bouche s'entrouvrit. Cette fois, j'entendis la voix plus distinctement. Elle paraissait étrangement calme, vu la situation dans laquelle il se trouvait.
Aucune des filles ne répondit. Elles se contentaient de me fixer, avec la même expression.
Mes lèvres s'étirèrent davantage.
« J'aime ces expressions. »
Ma main se tendit soudain, et un calice noir se matérialisa, comme sorti du néant, pour se poser fermement dans ma paume. À l'intérieur reposait un étrange liquide noir.
Grondement ! Grondement !
L'apparition du calice sembla déclencher quelque chose, car le monde se mit brusquement à trembler violemment.
L'expression des filles changea du tout au tout, et la pression qui pesait sur moi s'intensifia.
Et pourtant, malgré tout. « Je » restai là où j'étais.
« A-arrête ! »
« Putain, arrêtez ce salaud ! »
Des chapelets d'injures fusèrent vers moi, mais la seule réponse fut une légère élévation de la coupe.
« Nooon ! »
Tandis que le calice approchait de mes lèvres, un bref instant me permit d'entrevoir mon propre visage, reflété dans les profondeurs du liquide sombre.
Beau.
Ce fut tout ce que je parvins à penser en fixant l'homme qui se reflétait dans le liquide du calice.
'C'est moi, ça ?'
Il émanait de lui une assurance et un charme qui s'accordaient parfaitement avec l'attitude qu'il affichait.
Ses yeux noisette, intenses, avaient une profondeur fascinante et chatoyaient sous la noirceur du liquide, assortis à ses cheveux d'un noir lustré. Les traits forts et ciselés de son visage étaient soulignés par une mâchoire bien dessinée et un nez aux proportions parfaites.
Jamais de ma vie je n'avais vu quelqu'un d'aussi beau.
'Ha, je dois vraiment être mort…'
Grondement ! Grondement !
Le monde autour de moi sembla s'effondrer complètement. Avant que je m'en rende compte, les trois filles étaient déjà sur moi. De tous les côtés.
Leur puissance me glaça l'échine.
Mais malgré tout. « Je » restai là où j'étais, sentant le coin de mes lèvres s'étirer légèrement tandis que le calice atteignait ma bouche et que j'en buvais une gorgée.
'C'est amer.'
Pfft !
À cet instant précis, alors que la première gorgée touchait mes lèvres, une douleur fulgurante me transperça.
Je sentis quelque chose couler au coin de ma bouche tandis que ma tête s'abaissait lentement. C'est là que j'aperçus une grande épée.
Elle me traversait la poitrine de part en part.
Goutte… Goutte…
Le rouge maculait la pointe de l'épée, gouttant du coin de ma bouche.
Lentement, ma tête se tourna, et c'est là que j'aperçus deux yeux d'un gris terne qui me fixaient.
« C'est vrai. Je t'avais oublié. »
Les mots sortirent de ma bouche sans le moindre accroc. Comme s'il ne s'était rien passé. Mais je le savais. Je savais mieux que quiconque qu'il était à bout de forces.
Et pourtant.
Je restai debout. Fièrement. Devant tout le monde.
Glouc !
Et d'une gorgée, le monde autour de moi s'assombrit.
L'instant d'après, en me réveillant, je trouvai un grand écran flottant juste devant mes yeux.
— ●[Julien D. Evenus]● —
Niveau : 17 [Magicien de Palier 1]
Exp : [0%—[16%]———————100%]
Profession : Magicien
﹂ Type : Élémentaire [Malédiction]
﹂ Type : Esprit [Émotif]
Sorts :
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Colère
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Tristesse
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Peur
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Joie
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Dégoût
﹂ Sort de type débutant [Émotif] : Surprise
﹂ Sort de type débutant [Malédiction] : Chaînes d'Alakantria
﹂ Sort de type débutant [Malédiction] : Mains du Mal
Compétences :
[Innée] - Prescience
— ●[Julien D. Evenus]● —
