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Chapitre 6

Chapitre 6

31 octobre 2026 ~14 min · 2 800 mots

« … Donc, pour l'instant, je vous conseille simplement de vous appliquer à pratiquer avec assiduité. Cela dit, être tourmenté fait aussi partie du chemin pour surmonter les obstacles, alors je ne vous recommande pas non plus de cesser d'y penser. Si vous bloquez de nouveau et que vous ne savez plus quoi faire, revenez me voir. Nous chercherons ensemble. »

« … Je comprends. Ce jour-là, je vous serai reconnaissante de votre aide. Monsieur Kanaki. »

L'élève sourit avant de quitter la salle de consultation, rompant avec l'impassibilité qu'elle affichait jusque-là.

Elle avait beau sourire à la fin, ce sourire était littéralement fabriqué. Elle reviendrait sûrement, raisonnai-je, et je m'efforçai de garder en mémoire son visage et le détail de la consultation.

« … Entrez, je vous prie. »

« Excusez-moi. Merci de me recevoir, monsieur Kanaki. »

Après avoir frappé à la porte, Xeth, l'infirmier assistant, entra dans la salle de conseil des élèves.

« Qu'y a-t-il, Xeth ? Vous avez déjà fini votre travail ? »

« Oui. Je viens de terminer tout ce que vous m'avez demandé, monsieur Kanaki. S'il n'y a rien d'autre, j'aimerais rentrer chez moi. »

« Oui, c'est d'accord. Merci pour votre travail. »

« Merci beaucoup. Et vous ? »

« J'ai encore une consultation avec un élève. Quand j'en aurai fini, je partirai. »

« Hein, il vous reste encore un élève ! Rien qu'aujourd'hui, il y en a déjà eu trois. »

« Cela fait déjà une semaine que le nouveau semestre a commencé, vous savez. Beaucoup d'entre eux, surtout les grands, espèrent vivre un vrai tournant cette année ou passer à l'étape suivante de leur vie. »

« Hmm… Il faut dire aussi que vous êtes très apprécié des élèves. »

Xeth hocha la tête d'un air entendu. Il avait vingt-deux ans cette année, et son visage gardait encore l'innocence d'un jeune garçon, comme il sied à son âge.

« Alors je vous prends au mot et je pars le premier, mais ça vous dérangerait que je vous pose une question ? »

« Hmm, laquelle ? »

« … Le lit, au fond de la pièce : les rideaux sont toujours fermés, mais qu'est-ce qu'il y a, là-bas ? »

« Ah, vous voulez parler de celui-là. »

Un sourire se dessina sur mon visage.

« Le directeur m'a autorisé à utiliser cette partie de la pièce pour la préparation de médicaments. Mais en dehors de moi, seules certaines personnes y ont accès : composer des médicaments oblige à manipuler des substances dangereuses, c'est une question de sécurité. Alors je suis désolé, mais pourriez-vous éviter d'y aller, Xeth ? »

« Ah, c'est donc ça. Mais c'est rare, dans un établissement scolaire, de préparer des médicaments à l'infirmerie. Je comprends. Les élèves sont au courant ? »

« Ils ne le savent pas. Mais je suppose qu'il n'y a pas à craindre qu'ils y entrent par erreur, grâce à la barrière spéciale qui est installée là. »

« Je vois. En tout cas, j'ai compris. Bon, à plus tard. »

« Oui. À demain. »

Après m'être assuré que Xeth avait quitté l'infirmerie, je me dirigeai vers le lit du fond.

La fille allongée sur le lit se débattait toujours, le corps hérissé de clous.

L'effet de la drogue semblait se dissiper. Du tiroir d'un petit bureau à côté du lit, je sortis une seringue contenant un liquide vert.

« Sérieusement… J'espère que tu ne vas pas trop t'agiter en pleine journée. La pièce a beau être insonorisée a minima, il y a des limites. Même Xeth est à l'infirmerie, cette année. Enfin, par le passé, j'ai expérimenté le genre de penchant qui fait pleurer et hurler les gens tout leur soûl… »

La fille, toujours agitée, fut soumise au sort « Sommeil », qui la plongea dans l'oubli, et on lui administra la drogue à temps. Ainsi, elle serait incapable de libérer de nouveau son énergie magique pendant un certain temps.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit alors brusquement, à la volée. Le dernier visiteur de la journée semblait être arrivé.

Quand je jetai un œil derrière le rideau, une fille aux cheveux couleur pêche, Arti, m'accueillit avec un sourire.

« Bonjour, monsieur Kanaki ! »

« Salut, Arti. Toujours aussi en forme, aujourd'hui. »

Une fois la porte ouverte, j'invitai aussitôt Arti dans la salle de conseil des élèves.

Arti prit place sur la chaise où elle avait l'habitude de s'asseoir, tandis que je m'installais en face d'elle.

« Alors, sur quoi veux-tu des conseils aujourd'hui ? Tu as eu une mauvaise note à l'examen dont on avait parlé ? »

« Franchement, vous croyez vraiment que mes seuls problèmes, ce sont mes études ? Je ne viens pas pour ça aujourd'hui ; au contraire, je viens écouter vos soucis à vous. »

« ? Comment ça ? »

Parfois, en parlant avec Arti, je ne saisissais vraiment pas ce qu'elle voulait dire.

Arti disait ce genre de choses comme si elle donnait des instructions à un élève en difficulté.

« Ça fait déjà une semaine depuis la rentrée. Vous devez avoir du mal à tout concilier : les visites quotidiennes des élèves au bureau de conseil, vos tâches de professeur principal dont vous n'avez pas l'habitude, le travail à l'infirmerie, sans compter la présence de la princesse dans votre classe, non ? C'est pour ça qu'aujourd'hui, je vais vous offrir une consultation spéciale ! Se faire conseiller de temps en temps, ce n'est pas si terrible, si ? »

« Oui, je te remercie de ta considération, mais… »

Ou plutôt, c'était une petite gentillesse et une énorme faveur…

Il était peut-être vrai que je traversais une période difficile, mais je doutais qu'en parler à Arti arrange les choses. Cela dit, refuser tout net me pèserait sur la conscience. Après tout, j'étais au fond un enseignant vertueux.

« Je veux vous aider comme je peux, parce que vous m'avez toujours beaucoup soutenue. On dit que le simple fait d'exprimer ses soucis soulage, et je ne vous forcerai pas à le faire ! »

« Oui… Bon, puisque tu le dis, je vais te demander de m'écouter un peu. »

Finalement, je choisis de la laisser m'écouter un moment.

Le sourire d'Arti ressemblait à une journée claire et ensoleillée.

« Mm-hmm ! Voilà qui est bien ! Alors, qu'est-ce qui vous tracasse, ces temps-ci ? »

« Eh bien, en gros, ce que tu as mentionné tout à l'heure me pèse, mais… je suppose que le plus gros souci, c'est Ortesia, finalement. »

Je me demandai moi-même si j'avais le droit de parler ainsi devant mes élèves.

« Ah, je m'en doutais, que c'était lié à elle. C'est le centre de l'attention parmi les deuxièmes années. Même le premier jour de l'exercice de combat, elle a réussi à tenir tête à Rain Aldar, un élève plus âgé. »

« Oui, j'en ai entendu parler, moi aussi. »

Je portais Strait à l'infirmerie, je n'avais donc pas pu assister au match lui-même ; je n'en avais appris l'issue que plus tard. Au bout du compte, Rain avait été déclaré vainqueur. Ce match retentissant avait profondément marqué ceux qui y avaient assisté, et Rivalz rayonnait de joie.

« Un duel entre magiciens de deuxième classe ou plus, ce serait un match du plus haut niveau au tournoi des chevaliers étudiants. Si tu veux mon avis… enfin, moi, je trouve que Rain s'en est très bien sorti pour surpasser Ortesia, qui est magicienne de première classe adjointe. »

Après tout, c'était lui, semblait-il, l'élève le plus inquiétant.

J'écoutais les remarques d'Arti en me rappelant la présence du « Kaguya », qui patrouillait ces derniers temps dans la morne ville.

« Alors, monsieur Kanaki, qu'est-ce qui vous pose problème, exactement, avec Mlle Ortesia ? J'ai entendu dire que les élèves de votre classe perdaient confiance en vous. »

« Et ça s'aggrave, ces temps-ci… Chaque jour, des élèves viennent me consulter, mais pas un seul n'a jamais été de ma classe… Et le plus contrariant, c'est que les professeurs de sa classe s'en plaignent. »

« Ils se plaignent… de quoi ? »

« Son aversion pour les aristocrates est une seconde nature chez elle. Il semble qu'elle ruine tous les cours des professeurs aristocrates. »

« Comment ça… “ruine” ? »

Arti fit une tête qui montrait qu'elle ne comprenait pas. C'était effectivement difficile à se représenter.

« En bref, avec les professeurs aristocrates, elle ne prête jamais attention à leur enseignement. Elle a l'air d'étudier seule, assise sur sa chaise. »

« Ça veut dire qu'elle fait ses devoirs de son côté », répondit Arti, qui semblait comprendre.

« Eh bien, si une seule élève faisait ses devoirs, il n'y aurait pas de quoi en faire une histoire. Mais elle est déjà le centre de la classe, non, elle devient même un objet d'idolâtrie. Si elle boycottait ouvertement un cours, il ne serait pas surprenant que tout le monde autour d'elle l'imite. En plus, j'ai entendu dire qu'à cause des cours qu'elle donne après la classe, d'autres élèves disaient : “La façon d'enseigner de Dame Karen est bien plus claire”, ou “Le cours du professeur ne vaut même pas la peine d'être écouté”. Enfin, personnellement, je pense que le professeur a aussi sa part de responsabilité. »

Non que j'aie l'intention de défendre Ortesia, mais l'aristocratie était effectivement corrompue de nos jours. Même les professeurs aristocrates de cette école, recrutés pour la plupart grâce à leurs relations, ne menaient aucune recherche sur les méthodes d'enseignement et n'avaient aucune envie d'améliorer le niveau de leurs cours, ce qui expliquait sans doute leur incapacité à se rendre populaires auprès des élèves.

En réalité, j'avais entendu dire que même les professeurs aristocrates qui avaient la confiance des élèves n'étaient pas boycottés par Ortesia.

« Hmm. Alors, monsieur Kanaki, vous devez vous sentir un peu mal à l'aise en salle des professeurs, en ce moment. »

« Tu dis tellement clairement des choses difficiles à dire à voix haute. Enfin, c'est vrai. Ces jours-ci, même quand j'ai à faire en salle des professeurs, je demande à Xeth d'y aller à ma place. »

Devant mon sourire amer, Arti croisa soudain les bras et se mit à grogner.

Elle semblait réfléchir sincèrement à une solution.

« Ouais… Au fond, demander à Mlle Ortesia d'arrêter le boycott, ce ne serait pas la solution la plus rapide ? Vous n'êtes pas aristocrate, et elle ne vous déteste pas vraiment, non ? »

« Non, non, non, tu as oublié comment elle m'a sermonné à la cérémonie d'entrée ? Elle est tout aussi glaciale avec les professeurs peu compétents. »

À vrai dire, elle ne m'avait pas adressé la parole une seule fois depuis.

« Alors… c'est impossible ! »

« Tu n'abandonnes pas un peu vite ? Enfin, je ne m'attendais à rien, alors ça va. »

« C'est quoi, ce ton~ ! Moi aussi, je me suis creusé la tête désespérément ! »

« Je dois avouer que je n'avais encore jamais vu une fille de seize ans gonfler vraiment les joues de colère. »

Je me levai et allai jusqu'à mon bureau, dans l'infirmerie. En me voyant m'habiller, Arti se mit à crier ses reproches.

« Hein, monsieur, vous partez déjà ! On n'a même pas encore parlé trois heures. »

« Ouais, je me demande combien de temps tu comptais rester. À moins que tu aies quelque chose d'important à dire, j'aimerais rentrer. Je reste tard ces derniers temps, alors j'aimerais partir tôt aujourd'hui. »

« Alors, rentrons ensemble ! »

« Désolé. J'ai une petite affaire à régler aujourd'hui, alors ce sera pour une autre fois. »

***

Après avoir semé Arti, je rentrais chez moi à pied quand j'aperçus enfin le dos de la personne que je cherchais.

Fina Trinity. Elle était élève dans ma classe et suivante de Karen Ortesia. Ces derniers temps, j'avais consacré une bonne partie de mon temps à cerner ses habitudes quotidiennes.

Comme prévu, ce jour-là, elle semblait quitter l'école seule. Elle s'entraînait apparemment de son côté. Son cartable habituel et le sac à dos qu'elle portait en plus contenaient sans doute sa tenue de sport.

Gardant une distance raisonnable, je me mis à la suivre. En tant que suivante de Karen, Fina était très sensible à l'hostilité et à la soif de sang dirigées contre elle par son entourage. C'était l'une des choses que j'avais comprises en observant ses mouvements et ses gestes dans notre vie scolaire de tous les jours.

Elle finit par quitter la grande rue au détour d'un coin et s'engagea dans une ruelle, où elle heurta l'un des hommes qui passaient.

« Hé, hé, ça fait mal, ça. Qu'est-ce que tu fabriques, gamine ? »

« … »

« Hé, attends une seconde ! »

Fina allait passer son chemin en ignorant les grands airs de l'homme, quand il l'empoigna par sa frêle épaule.

« Pourriez-vous me lâcher, s'il vous plaît ? »

« Heh, ta jolie petite frimousse ne me fait pas peur. Et surtout, à cause de toi, j'ai les os brisés. Donne-moi un dédommagement. »

« Hahaha ! T'as pas les os un peu trop fragiles ! »

Fina fronça les sourcils, visiblement irritée, tandis que les hommes qui l'entouraient lâchaient de gros ricanements. Membre de la maison royale, elle laissait voir dans ses manières habituelles qu'elle abhorrait quiconque manquait du moindre soupçon de culture.

« Je vais le dire encore une fois. Pourriez-vous me lâcher, s'il vous plaît ? »

« Tiens, tu crois que tu peux parler comme ça ? Laisse tomber, allons d'abord dans un coin moins fréquenté… »

Les mots de l'homme furent interrompus au milieu de sa phrase.

Fina lui avait asséné un magnifique uppercut dans la mâchoire.

Ses yeux se révulsèrent et il s'effondra, ce qui fit sursauter ses compagnons. Fina n'était pas assez naïve pour laisser passer cette occasion.

C'était grisant de la regarder, elle qui mesurait près d'un mètre quatre-vingts, mettre à terre des types plus âgés l'un après l'autre. J'avais néanmoins une certaine compassion pour ces hommes qu'on abattait l'un après l'autre.

Après tout, c'était moi qui leur avais demandé d'attaquer Fina.

Une fois le dernier homme mis à terre, ce fut à mon tour d'entrer en scène. Je criai depuis derrière elle : « Qu'est-ce que vous faites ! »

« … ! »

« Vous… Fina ! Que s'est-il passé ici, au juste ! »

Elle parut d'abord stupéfaite par ma voix inhabituellement irritée, mais peu après, elle lâcha d'un air déçu : « Ce n'est rien. Ces types m'ont attaquée. »

« Ce n'est pas une raison pour en faire autant. Vous êtes forte. Même sans en arriver là, vous auriez pu régler la situation un peu plus à l'amiable, non ? »

« Pourquoi devrais-je faire preuve de clémence envers quelqu'un qui m'a attaquée ? D'ailleurs, si vous étiez intervenu plus tôt, je n'aurais pas eu à aller aussi loin. »

« Oui… c'est vrai, c'est ma faute d'être arrivé si tard. Je suis désolé. »

En baissant la tête, je sentis le désarroi de Fina au-dessus de moi.

« … Non, c'était assez blessant de ma part. Oubliez ça, je vous prie. »

« … Fina, vous êtes très gentille. Merci de dire ça. »

« Non, j'ai dépassé les bornes, moi aussi… »

Au fond, c'était quelqu'un de bien intentionné. Je savais qu'elle était consciencieuse et droite, et qu'elle se sentirait naturellement coupable si je disais quelque chose de ce genre.

Si bien que la suite était elle aussi une chose qu'elle aurait du mal à refuser.

« … En tout cas, si l'école l'apprend, ça va devenir compliqué. Dépêchez-vous de partir d'ici. Suivez-moi ! »

« Je… je ne pense pas avoir besoin de vous suivre ! »

« Écoutez, je sais que vous ne m'aimez pas, mais là, il faut m'écouter. Vous voulez vous faire suspendre et causer des ennuis à Ortesia, aussi ? »

« … ! Ça… »

« Puisque vous comprenez, dépêchez-vous de partir ! »

« … Oui. »

Je saisis la main de Fina dès que je la vis acquiescer à contrecœur.

« Attendez, qu'est-ce que vous… ! »

« Allons-y ! »

Je me mis simplement à courir, sans me soucier de la voix réprobatrice de Fina derrière moi.

Malgré tout, je trouvais vraiment que les hommes battus par Fina n'avaient pas de chance.

… Après tout, ces hommes blessés par Fina, je les tuerais plus tard pour les faire taire.

À ce moment-là, il faudrait que je me débarrasse du talisman qui éloignait les passants.

Mon plan se déroulant comme prévu, un mince sourire se dessina sur mon visage tandis que je courais.

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