Merc finit par travailler jusqu'au soir, mais elle acheva le remède hémostatique. Comme l'avait dit Rousseaurumu, la fabrication n'avait rien de difficile ; c'était trouver les bons ingrédients qui lui avait donné du fil à retordre.
Des feuilles de chio, qui arrêtaient les saignements, et de la sève de fruit d'alpur, qui devenait collante au contact de l'eau. Ces deux-là, elle les avait trouvées en un rien de temps. Et, à vrai dire, rien qu'en les mélangeant, elle avait obtenu un onguent efficace.
Pourtant, son maître ne l'avait pas validé et avait refusé, encore et encore, le remède de Merc. Ce ne fut qu'au coucher du soleil que Rousseaurumu lui donna un dernier indice.
« Si je voulais un remède hémostatique ordinaire, tu aurais déjà réussi. Mais je crois te l'avoir déjà dit : même la plus petite blessure peut causer la mort d'une personne. Et ceux que tu as préparés jusqu'ici sont incapables d'éliminer la source du mal. »
« Je vois ! »
Bien appliqué, un remède hémostatique pouvait effectivement empêcher une maladie de pénétrer dans le corps. Mais en retenant le sang, il empêchait aussi les infections déjà entrées d'en ressortir. Voilà pourquoi il fallait les tuer de l'intérieur.
Suivant le conseil de Rousseaurumu, Merc s'était mise en quête d'une herbe antibactérienne à incorporer à ses autres ingrédients. Elle avait finalement choisi d'ajouter une racine d'herbe de korue à son mélange, ce qui lui avait valu d'être reçue.
« Merci beaucoup. C'est grâce à ce dernier indice que j'ai enfin pu le terminer. »
Merc s'inclina en disant cela. Rousseaurumu, elle, se contenta de lui donner une tape.
« Aie un peu plus confiance en toi. À vrai dire, je ne m'attendais pas du tout à ce que tu fabriques toute seule un remède hémostatique aux propriétés antibactériennes. »
« Hein ? »
« Tu aurais réussi même sans la racine de korue. Mais avec le temps, j'ai décidé d'y ajouter aussi la stérilisation. Comme tu as trouvé les feuilles de chio et la sève d'alpur si vite, j'ai décidé de corser un peu l'exercice. »
« Maître... »
Merc avait cru que son maître ne lui imposerait pas d'exercice absurde, mais il semblait qu'elle s'était trompée. Même si elle avait eu besoin d'aide, elle avait réussi à terminer le remède. Au bout du compte, la décision de son maître avait donc été la bonne.
« Bon, mes parents et mon petit frère doivent s'inquiéter, alors, Maître, je vais y aller. »
« Tu as raison. »
Rousseaurumu était contente de laisser partir son élève avec une note de réussite. Mais au moment où Merc allait s'en aller, Rousseaurumu se souvint de quelque chose.
« Merc. »
« Oui ? »
« Tu t'exerces à la manipulation du mana, n'est-ce pas ? »
« Hein ? »
Merc, qui s'apprêtait à se retourner, se figea sur place en entendant la question.
« D-De quoi parlez-vous donc ? »
Merc se retourna lentement avec un doux sourire, mais le visage de Rousseaurumu montrait qu'elle lisait en elle comme dans un livre ouvert.
« Inutile de faire l'innocente. Certes, je t'ai interdit d'utiliser la magie, mais je ne me souviens pas de t'avoir interdit de t'exercer à la manipulation du mana. Seulement, on dirait que tu libères le mana de ton corps. Depuis quand fais-tu ça ? »
« D-Depuis six ans. »
« Donc avant même de devenir mon élève. Voilà qui explique pourquoi la croissance quotidienne de ta réserve de mana me paraissait bizarre. Quelle imprudence. »
« ... »
« Tu fais ça depuis tes cinq ans, hein... Comme elle s'y est mise si jeune, je suppose que la maîtrise de sa puissance lui est venue naturellement... Merc ! »
« Oui ? »
« As-tu conscience que ce que tu fais est dangereux ? La manipulation du mana, passe encore. Mais libérer le mana hors de ton corps pour augmenter ta réserve pourrait te tuer à la moindre erreur... En as-tu conscience ? »
Sous le regard fixe de son maître, Merc sentit un frisson lui parcourir l'échine.
La conscience d'Estert habitait Merc. Son esprit restait donc celui d'Estert, l'épéiste le plus fort. Et pourtant, elle se sentait écrasée par le regard de Rousseaurumu, elle qui ne bronchait pas face à la plupart des créatures ou des humains.
Sous la pression, Merc déglutit sans s'en rendre compte.
« ... Ta réponse ? »
« J-Je le fais en toute connaissance des risques. Je crois savoir précisément combien de mana je peux libérer. Alors je compte continuer, même à partir de maintenant. »
La voix de Merc tremblait. C'était la voix d'un enfant qu'on gronde. La dernière fois que Merc s'était sentie ainsi, c'était dans sa vie antérieure, quand ses parents l'avaient réprimandée. Elle avait à peu près le même âge à l'époque.
Estert avait reçu une fessée après avoir servi une excuse à son père. Rousseaurumu, elle, se contenta de pouffer, au grand étonnement de Merc.
« Je vois. Alors c'est bon. À partir d'aujourd'hui, tu peux commencer à t'exercer à la magie toute seule, Merc. Et dès la prochaine fois, je t'enseignerai la magie, moi aussi. »
« Hein ? »
« Bien sûr, tu continueras tes études d'alchimie, mais les bases s'achèvent aujourd'hui. Dès la prochaine fois, je te ferai aussi t'essayer aux soins. »
« ... !!! D'ACCORD ! »
« Teruse et Oron doivent être bien inquiets à l'heure qu'il est, alors pourquoi ne rentrerais-tu pas ? Je t'attends après-demain, d'accord ? »
« D'accord ! Alors j'y vais ! »
'Dès la prochaine fois, je vais enfin pouvoir m'essayer à un vrai entraînement !'
Ces pensées se bousculaient dans l'esprit de Merc, qui avait envie de sauter de joie.
Mais comme elle ne voulait pas que Rousseaurumu la prenne pour une mauvaise disciple, elle parvint à refouler ce sentiment et s'inclina. Une fois sortie de chez Rousseaurumu, Merc ne put contenir sa joie plus longtemps et rentra chez elle en sautillant.
Le cœur de Merc débordait d'une exaltation semblable à celle qu'elle avait ressentie en achetant sa première épée, dans sa vie antérieure.
Ce sentiment ne s'estompa pas, même lorsqu'elle rentra chez elle et que ses parents la grondèrent pour son retard.
