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Chapitre 1

Chapitre 1 — Sa fin

30 septembre 2026 ~6 min · 1 157 mots

Un monstre semblable à un Gaï, mais bien plus grand, se déplaça à toute vitesse et lança son assaut.

Frappé de plein fouet, le Grand Sage Astard fut projeté en arrière, entraînant dans sa chute la Sainte Iriem qu'il protégeait.

Un tel coup ne pouvait certes pas les tuer, mais il n'en restait pas moins que tous deux gisaient inconscients. Il était clair qu'ils ne prendraient plus part au combat.

« GROAAAAR ! »

Après les avoir mis hors de combat, le monstre poussa un rugissement féroce, puis se tourna aussitôt vers les adversaires qui restaient. Un torrent de rancœur : Falgaro. La créature portait bien son nom. L'une de ses deux cornes avait volé en éclats et du sang lui ruisselait de la gueule, mais le feu de ses yeux ne faiblissait pas. De ce regard embrasé, elle fixait les deux hommes encore debout.

« … Pff ! Regarde-moi ce gros balourd : il sait qu'il n'en a plus pour longtemps, alors il essaie de nous faire peur. À moins qu'il ne nous supplie de l'épargner ? »

Vêtu d'une armure de soldat, un bouclier tordu et une lame ébréchée à la main, Foldia souriait sans la moindre crainte. En toute autre circonstance, ce sourire aurait rassuré tout le monde ; mais à cet instant, ce n'était rien de plus qu'un bluff.

Le regard posé, Estert, l'autre homme qui se tenait aux côtés de Foldia, le reprit.

« Dis donc, le héros. Joue les durs tant que tu veux, mais on est dans le même état que lui. Au prochain assaut, on y passe sans doute. »

« Ça veut dire que c'est aussi la dernière fois que tu m'appelles comme ça ? On n'est pas sans chances, tu sais. Blague à part, ce balourd aussi n'attend plus qu'un bon coup. »

Foldia avait parlé d'un ton détaché. Sans quitter Falgaro des yeux, il abaissa sa garde.

« Je fonce et je crée une ouverture. Ensuite, tu l'achèves avec ta meilleure technique. Pour reprendre tes propres mots : "Donne tout ce que tu as". »

« … Toi, tu comptes y laisser ta peau, hein ? »

Leur ennemi avait beau être aux abois, un Falgaro restait un monstre capable de rayer un pays de la carte à lui seul. On comparait sa force à celle d'une catastrophe naturelle, et l'on disait qu'il en surgissait un tous les deux cents ans. Un véritable ennemi naturel de l'humanité.

Il était évident que Foldia, épuisé comme il l'était, aurait bien du mal à créer une ouverture. Il n'y parviendrait qu'en risquant sa vie.

Les deux hommes le comprenaient : pour assurer l'avenir, il leur fallait abattre ce monstre, ce qui revenait à courir droit à la mort.

« Estert, tu connais ce qu'on dit ? Tant qu'on reste dans le cœur de quelqu'un, on ne meurt jamais vraiment, même si notre corps tombe en cendres. »

« Garde tes jolies phrases pour la Sainte qui est étendue là-bas. Moi, je t'aurai sans doute oublié à la seconde où ton corps sera réduit en cendres. »

« T-t'es dur… »

Estert ne put retenir un soupir devant l'imperturbable légèreté de Foldia face à l'adversité.

'Il me dépasse vraiment, ce gamin…'

Estert avait une dizaine d'années de plus que Foldia. Pourtant, il ne parvenait pas à comprendre la désinvolture de ce jeune homme de vingt ans.

Il plaisantait sans cesse, mais dès qu'il s'agissait d'accomplir sa tâche, il était irréprochable.

Et si raide que fût la pente devant lui, il la gravissait le sourire aux lèvres. Sans que personne s'en aperçoive, ce jeune homme avait fini par entraîner tout le monde dans son sillage, et il ne lâchait plus les rênes.

C'est ainsi qu'Estert voyait Foldia. Voilà pourquoi, même si le jeune homme répétait qu'il y renonçait, il continuait de l'appeler « le héros ».

« GROAAAAR ! »

« Il arrive. T'es prêt ? À mon signal, je fonce et je crée une ouverture, et toi, tu le tues. »

Après avoir de nouveau posé les yeux sur eux, le Falgaro s'élança. Au même instant, Foldia tendit son épée pour l'accueillir.

'Quelle plaie. Il décide toujours tout seul. Laisse-moi au moins jouer l'aîné une dernière fois.'

Malgré sa jeunesse, Foldia était indispensable au monde. En tout cas, bien plus indispensable qu'un Estert, qui n'y changerait pas grand-chose.

« T'es prêt ? J'y vais à trois. »

« Un, deux, tr… »

Dès que Foldia commença à compter, Estert se rua sur le Falgaro.

« HEIN ? T-TOI ! »

« C'est moi qui crée l'ouverture ! Et je vais t'en faire une belle. Je te laisse le reste ! Et n'oublie pas de parler à tout le monde du plus grand épéiste du monde ! »

Estert avait lancé ces mots sans même se retourner vers Foldia. Il fonçait, ses deux épées croisées devant la poitrine.

« GROAAAR ! »

Le Falgaro ouvrit alors grand la gueule et cracha un souffle puissant, qui fila droit sur Estert…

« HYAAAAAA ! »

Arc-bouté derrière ses lames entrecroisées, Estert continua d'avancer, même si son corps ne demandait qu'à céder.

Ses muscles se déchiraient, ses os craquaient ; tout son corps hurlait. Des morceaux de lui commencèrent à se désagréger, un à un.

Et pourtant, il poussait, poussait encore.

Parce que Foldia attendait qu'il lui ouvre la voie.

Foldia luttait de toutes ses forces contre l'envie de s'élancer à son secours ; il attendait qu'Estert crée l'ouverture.

Estert le savait : il ne pouvait plus se permettre de reculer. Il n'avait d'autre choix que d'avancer.

« GROAAAR ! »

« AAAAAAAH ! »

Soudain, le souffle du Falgaro faiblit, sans doute à cause de l'épuisement. Si Estert parvenait à percer, le Falgaro serait grand ouvert.

'On a gagné ?'

Ce fut au moment précis où il entrevit une lueur d'espoir.

Ses épées, qui avaient tenu jusque-là, se fendirent enfin.

« Ah… »

Tout affaibli qu'il était, le souffle du Falgaro avait encore largement de quoi tuer Estert.

Estert baissa calmement les yeux sur le sang qui s'écoulait du trou que le souffle lui avait percé dans la poitrine.

'J'ai perdu, hein… Quand même…'

« AAAAAAAH ! »

Tandis qu'il s'effondrait, Estert aperçut du coin de l'œil l'espoir du monde, son héros, qui le dépassait en courant.

'Ça n'aura pas été pour rien, finalement.'

Estert ne verrait pas l'issue du combat, mais il était certain que Foldia vaincrait le Falgaro. C'était un héros, après tout.

Et c'était au héros d'abattre les monstres de ce monde.

« Imbécile. Un héros, ça ne pleure pas. »

Ainsi le réprimanda Estert en voyant les larmes de Foldia, juste avant que sa vue ne sombre tout entière dans le noir. Et c'est ainsi qu'Estert ferma les yeux pour la dernière fois.

Ce fut le jour où le plus grand épéiste du monde quitta ce monde pour de bon.

Du moins, c'est ce qui aurait dû se passer.

Fin du chapitre 1
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