Après une nuit à camper dehors, le réveil du lendemain matin fut presque trop vivifiant. Pour une première expérience de camping, je dirais que ça s'était bien passé.
Officiellement, une journée s'est écoulée depuis la fin de l'humanité. Pourtant, je ne me suis jamais senti aussi vivant.
Avant, chaque jour, je me réveillais déprimé, sans savoir de quoi l'avenir serait fait.
J'étais si paranoïaque que je fermais ma porte à clé de l'intérieur quand je vivais encore chez mes parents.
Parce que je n'avais plus aucune confiance en eux. Je ne leur faisais plus confiance depuis qu'ils avaient essayé de m'empoisonner. Alors je m'étais trouvé un travail à la mine.
La paie était correcte, mais le travail, un peu éprouvant. Il me fournissait tout de même un prétexte.
Je faisais des heures supplémentaires pour gagner un peu plus. Ensuite, j'allais manger dehors. La plupart du temps, je mangeais dehors.
Même mes parents étaient ravis de l'apprendre. J'avais renoncé à les convaincre de quoi que ce soit, parce qu'ils étaient tout bonnement terrifiés par moi.
Puis l'idée m'était venue de partir, de me trouver un nouveau logement et de vivre seul. Mais le destin ne s'était pas montré très clément.
Il me fallait un garant. Si je le lui avais demandé, mon père aurait sans doute accepté.
Le problème, c'est que personne ne voulait me louer quoi que ce soit. À cause de cet incident, huit ans plus tôt, mon visage était devenu célèbre.
Il y avait même eu un article spécial à mon sujet.
« Un enfant qui a poussé la légitime défense à l'extrême », c'était son titre. Une interview avait aussi été publiée.
Pour être honnête, je leur avais simplement dit ce que je pensais vraiment, et ils l'avaient publié tel quel.
Après avoir lu cet article, la plupart des gens s'étaient mis à me craindre. Certains me traitaient de monstre, d'autres de créature inhumaine.
J'étais devenu célèbre pour de mauvaises raisons. Ça avait douché mes projets. J'avais donc dû rester chez mes parents un peu plus longtemps, le temps de trouver un logement.
« Aaaah. » C'est la première chose qui sort de ma bouche.
Tout à mon monologue, je ne l'avais pas remarqué, mais des animaux sauvages se sont rassemblés.
Dans les plaines alentour, il n'y a que des animaux qu'on peut domestiquer. Rien de grave, donc.
Seulement, maintenant que l'humanité a disparu, ce sont eux les maîtres de cette planète.
Je ferais mieux de me mettre en route. Je n'ai pas envie de me faire attaquer par des bêtes.
Ce serait vraiment une mort stupide.
Je rassemble mes affaires en vitesse et je m'en vais.
Pour l'instant, je marche vers la capitale, qui est encore loin. Mais j'ai tout le temps du monde.
Personne n'est là pour me juger. Je peux donc faire tout ce que je veux.
« Attends... », dis-je à voix haute.
« Et ceux qui ont attaqué ? Ils ne nous ont sans doute pas attaqués juste parce qu'ils s'ennuyaient. Ils devraient donc revenir vérifier comment les choses se passent. Je dois rester sur mes gardes. » Je me dis ça à moi-même.
Il n'y a personne d'autre autour. Alors c'est à moi de faire la conversation. Un spectacle comique en solo, où une seule personne fait tout.
Parler et se répondre, tout ça fait par une seule personne. Ça aussi, j'en suis capable.
À marcher ainsi en monologuant, j'en avais oublié les animaux.
La plupart sont partis, mais un chien continue de me suivre.
Je m'arrête et je me retourne. Un chien au pelage brunâtre. Une race courante, sans doute un retriever. Il est assis sur son arrière-train et me regarde.
« Je n'ai rien à te donner », dis-je au chien.
Mais il continue de me fixer. La langue pendante, il essaie sans doute de me dire quelque chose.
Je m'approche donc et j'essaie de le toucher. Étonnamment, il ne s'enfuit pas. Il ne se méfie même pas de moi.
« On dirait que tu as l'habitude des humains », dis-je.
Puis je remarque le collier autour de son cou.
« Alors tu es un chien domestique », lui dis-je.
Il se met alors à marcher, puis se retourne vers moi.
« Tu veux que je te suive ? » je demande, et il se remet simplement à marcher.
Le chien m'emmène dans la forêt, où j'aperçois du matériel de camping.
Tout près, c'est un vrai carnage. Sûrement un humain.
« Ton maître est mort, alors. Tu veux que je l'enterre ? » je demande au chien, qui hoche la tête.
'Un chien intelligent', voilà ce que je pense de lui.
Je creuse ensuite une tombe et j'y enterre le corps à moitié brûlé. Il avait commencé à pourrir, c'est sans doute l'odeur qui avait fait fuir les animaux.
Imaginez un cadavre brûlé et pourrissant. Ce doit être horrible.
Je pose même une petite pierre sur la tombe, en guise de stèle.
Je ne l'avais pas remarqué pendant que je m'en occupais, mais le chien tient une fleur dans sa gueule.
« Tu as même apporté une fleur. Tu devais vraiment aimer ton maître », lui dis-je.
Le chien va déposer la fleur devant la pierre.
Je prie, moi aussi. Je ne suis quand même pas tombé assez bas pour manquer de respect aux morts.
J'ai fini, je devrais repartir. Mais le chien se remet à me suivre.
« Tu veux venir avec moi ? » je lui demande.
Je ne sais pas s'il a compris ou non, mais il fait oui de la tête.
« D'accord. Viens », lui dis-je.
Il s'approche de moi et me renifle. Pour mémoriser mon odeur, peut-être. Puis il se met à marcher à mes côtés.
Je me disais justement que voyager seul serait ennuyeux.
Avoir un chien, ça aide. J'ai un compagnon, maintenant. Continuons d'avancer, vers la capitale.
Je pourrai y trouver des données et des outils pour travailler, et si j'entre en contact avec « EUX », je dois m'y préparer aussi.
La route est encore longue, mais j'ai trouvé la paix. Une paix vague, certes, mais elle est bien là.
