Bonjour, ici Ren.
À vrai dire... quelques jours plus tôt, je crois que j'avais eu mes règles. Mes toutes premières. Le choc avait été... assez rude.
Et comment dire ? Mon corps était tout engourdi à cause des symptômes. Pendant un moment, je n'avais pas pu bouger.
Ah, je m'étais quand même servie des connaissances de ma vie antérieure pour fabriquer des antidouleurs avec [Magie de création], alors maintenant je pouvais me déplacer. Mais il m'avait fallu un moment avant que l'idée me vienne. Non, je n'y pouvais rien, j'étais toute chamboulée.
Bref, grâce aux antidouleurs, je pouvais bouger, mais je n'avais pas l'énergie de faire quoi que ce soit. Alors je restais allongée sur mon lit toute la journée.
Du coup, j'envisageais de m'efforcer de mener une vie saine. Recommençons donc depuis le début : je suis Ren, enchantée de faire votre connaissance.
Hein ? Ma façon de parler n'est plus la même qu'avant ?
Ah, c'est à cause de ça. Mes pensées devenaient plus féminines.
Sans doute à cause des règles. Je pense que c'est la raison, alors je suppose que mon état d'esprit est influencé par mon corps.
Pour l'instant, j'acceptais la situation, puisque mon corps était féminin. Le socle de ma personnalité actuelle, c'étaient dix ans de vie accumulés dans ce monde. Mais malgré tout, je ne pouvais pas effacer les valeurs et les souvenirs de l'homme d'âge mûr que j'avais été dans l'autre monde. Mes pensées masculines refaisaient surface de temps en temps.
En tout cas, un corps de fille, c'était vraiment compliqué.
... Enfin, ce n'est pas de ma faute, hein !
Mais passons.
Pour être honnête, je n'avais rien d'autre à faire. Et je n'avais pas envie d'aller chasser, vu que je ne me sentais pas bien. Alors à la place, je prenais simplement le soleil dans le jardin. Ça, c'est sain !
Hein ? Je ne m'efforce pas vraiment de vivre sainement ? Ahh...
Mais vivre paisiblement, ça compte quand même comme une vie saine, c'est vrai, d'accord ?
... Hmm, [Détection] réagissait à quelque chose. ... Qu'est-ce que c'est ? Un loup ? Mais il n'a pas l'air de beaucoup bouger... C'est un peu bizarre qu'il reste immobile.
Et puis d'abord, qu'est-ce qu'un monstre faisait si près, au point d'entrer dans le rayon de ma [Détection] ?
« Hm, ça ne sert à rien de réfléchir ici, allons voir ce qui se passe. »
Bon, préparons-nous ! Mais je ne pris qu'un chapeau de paille. Et une faucille aussi !
... Non, laissons tomber la faucille. Ce serait un peu trop...
Bref, j'arrivai sur le lieu du crime. Enfin, ce n'était pas vraiment un lieu du crime.
Voyons voir, deux loups ? Qu'est-ce qu'ils font là... ah, c'est une louve blessée et son petit.
Ah, je vois. J'avais posé des répulsifs à monstres tout autour de cette zone, alors les deux loups étaient sans doute venus ici parce qu'ils savaient qu'aucun monstre n'y apparaîtrait. Hmm, qu'est-ce que je fais maintenant... Je pourrais les laisser tranquilles, ou les tuer pour leur fourrure. Je suis libre de faire ce que je veux, après tout...
... Alors, je devrais les aider ?
Pff, on dirait que la morale de mon ancien monde déteint sur moi... Sinon, je les aurais sans doute laissés là.
Mais comment les aider ? Ce serait plus simple si je savais utiliser la magie de soin, mais mes seuls moyens de guérison, ce sont des potions. Est-ce qu'ils les boiraient ? Les animaux sauvages ne boivent généralement pas ce qu'un humain leur donne. La louve gronda d'un air menaçant quand je m'approchai. Évidemment.
« Tu as peur ? »
« Grrrrrr. »
Oui, je m'en doutais. Mais ça m'a quand même un peu vexée.
Bon, ce n'est pas grave, la potion devrait faire effet même si je la verse simplement sur la blessure. Alors je pourrais la verser d'ici. Voilà, faisons comme ça.
Ahh, elle aboya pas mal pendant que je les aspergeais de potion. Mais la potion sembla faire effet. Le louveteau bondit soudain vers moi, tout excité. Son corps était bien chaud.
On dirait que le louveteau a compris que j'essayais de les aider. Mais asperger des animaux, ça ne passerait pas normalement pour de la maltraitance ?
Pendant que je pensais à n'importe quoi, je regardai les blessures de la louve guérir peu à peu. La louve qui grondait se calma aussitôt. Une fois ses blessures complètement refermées, elle se leva et me fixa.
Ah, est-ce qu'elle comprend que c'est moi qui l'ai soignée ?
La louve continua de me fixer un moment, puis fit demi-tour et s'en alla avec son petit.
Comme prévu, ce n'est pas comme si elle allait me remercier, dommage. Bon, je les ai aspergés, alors...
Du moins, c'est ce que j'avais pensé au début.
Mais maintenant, les loups dormaient dans mon jardin. Alors comment on en est arrivés là ?
Eh bien, quelques jours plus tôt, j'étais allée chasser parce que je me sentais beaucoup mieux. Les loups m'avaient suivie, pour je ne sais quelle raison. Alors j'avais partagé une partie de mon butin avec eux.
Ensuite, chaque fois que j'allais chasser, je partageais mes prises avec eux, et ils avaient compris que je les nourrirais.
Je mentirais si je disais que je ne me sentais pas seule, à vivre dans cette forêt sans personne. Alors, pour être honnête, j'étais très heureuse.
J'avais aussi décidé de leur donner des noms. La louve au pelage gris argenté, c'est Norn. Et le louveteau blanc argenté, c'est Bell. Est-ce que je me suis inspirée de quelque chose ? Ahh, eh bien... oui. Ç'aurait été parfait s'il y avait eu trois loups. J'aurais pu utiliser le mot qui vient après.
Mais avec ça, j'en avais fini avec ma vie de solitaire. Hein ? Mais ils ne savent pas parler ? Ça, c'est une autre histoire.
... Et puis, je peux caresser leur fourrure toute douce !
