« Ne meurs pas ! »
Un cri déchirant résonna dans la pièce ; il venait d'une enfant elfe. La fillette était agenouillée contre la poitrine d'un homme à terre, ses petites mains pareilles à des feuilles d'érable plaquées sur une énorme entaille, entre le ventre et la poitrine, d'où le sang jaillissait sans fin et laissait voir les entrailles. Ses petites mains luttaient pour refermer la plaie, tandis que ses yeux pleuraient, que son nez coulait et qu'elle bavait. « S-s'il te plaît, ne meurs pas… Seigneur Reid ! »
Le jeune homme tenta en vain d'essuyer ses larmes de la main gauche, mais il y renonça vite : incapable du moindre geste de son bras gauche, il dut se servir de l'autre pour essuyer les larmes sur ses joues, y laissant des traînées de sang, celui de son ennemi et le sien. Dans un coin de son champ de vision gisait le cadavre de son ennemi : un Diable. Et non loin, à l'autre bord de son champ de vision, se trouvait un groupe d'enfants destinés au sacrifice, paralysés par la peur. Ils faisaient au départ partie d'un groupe bien plus nombreux, mais le Diable et un prêtre les avaient séparés. C'étaient les seuls survivants de la cérémonie de cette nuit. La fillette était au départ parmi eux, mais elle avait couru vers l'homme pour l'aider.
« Ne… Ne pleure pas… ça va… aller… »
L'homme savait parfaitement que c'était un mensonge. Peu lui importait, cela dit : il était prêt à mourir. S'il mentait, c'était à cause de sa compagne, une fille qui suivait toujours le droit chemin et qu'on appelait souvent la sage. Elle avait pu s'enfuir, mais pas par égoïsme : il lui avait ordonné d'aller chercher de l'aide.
Elle n'avait pas un grand talent pour la magie, sauf comparée au magicien moyen, qu'elle surpassait largement. Même ainsi, elle n'avait pas le pouvoir de lui sauver la vie alors que la Faucheuse le talonnait. C'est pourquoi elle était partie : pour appeler à l'aide, chargée de s'échapper.
« Alors… ça va aller… d'accord ? »
Il parvint péniblement à le dire, crachant du sang, les poumons emplis de sang. Bien que ses cinq sens l'aient déjà abandonné, il s'efforçait de réconforter la petite elfe.
'Je vais sûrement mourir. Tout ce que je peux faire, c'est réconforter cette petite. Même si mon amie fait de son mieux pour ramener de l'aide, ce sera sans doute trop tard.'
« Je… ne mourrai… pas… »
Le jeune homme, un héros en vérité, connu sous le nom de Reid la Lame d'Ombre, fit cette promesse.
***
Une promesse que je n'ai pas pu tenir : peu après, j'ai laissé la fillette derrière moi et je suis mort.
