En ce moment, je suis dans la chambre de Beatrix.
J'avais fait de mon mieux sur mes jambes flageolantes et, par chance, j'étais arrivée jusque devant la chambre de Royce-sama, mais là, j'avais atteint ma limite et je n'arrivais plus à tenir debout. Achille se trouvait justement là et m'a portée après que je me suis effondrée. Cela dit, si j'en suis arrivée là, c'est entièrement la faute d'Achille.
Apparemment, la chambre voisine de celle de Royce-sama avait été préparée pour Beatrix, et par hasard, elle se tenait elle aussi devant sa porte. Je sais désormais pourquoi un mari et sa femme ont des chambres voisines, alors je ne vais pas y fourrer mon nez. Après tout, j'ai le sentiment que si je m'attire des ennuis, je vais encore passer un sale quart d'heure entre les mains d'Achille. Avec un corps aussi maigre, qui aurait cru qu'il avait autant d'endurance... C'est de l'escroquerie.
« Euh, ma... Camille-sama. Si cela vous convient, pourquoi ne pas vous reposer dans ma chambre ? »
Beatrix m'a fait une proposition plus que bienvenue, alors je l'ai acceptée. Écouter Achille me dire ceci, cela, et « ne rentre pas trop tard » m'a quand même épuisée... Je ne suis pas une gamine, je le sais bien. Franchement.
Depuis que je l'ai épousé, il me sermonne encore plus qu'avant. C'est presque une mère, à me mettre en garde contre ceci et contre cela. Mais il a beau dire ceci et cela, il ne renoncerait jamais à moi. Je sais que je suis partie dans des directions bizarres pour une femme, alors je veux chérir Achille, qui me dit que je suis très bien comme ça malgré tout. Je n'ai pas l'intention de changer de cap pour autant.
Et donc, pour en revenir à mon premier sujet, il a été décidé que je passerais le temps dans la chambre de Beatrix.
***
J'avais de toute façon quelque chose dont je voulais parler à Beatrix, alors c'était une bonne occasion. Je lui ai raconté dans les grandes lignes ce qu'avaient fait l'Héroïne et les extrémistes, et comment nous allions les capturer. Elle est peut-être notre future reine, alors j'ai pensé qu'il valait mieux la prévenir du danger que représentaient les extrémistes. En même temps, un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son mariage est monté en moi. D'après ce qu'Achille m'avait dit, ces fiançailles étaient nées des sentiments non partagés de Royce-sama, de la situation de l'Héroïne cachée à Topageria et de diverses autres choses. Quand j'ai essayé d'en savoir plus, Achille est resté évasif, je ne sais pas pourquoi... Pourquoi donc ?
Personnellement, j'aimerais que Beatrix finisse par aimer Royce-sama. Autrefois, j'aurais sans doute été jalouse d'elle, mais maintenant, j'ai déjà Achille pour mari. Je trouve toujours Royce-sama merveilleux, mais ce n'est plus un sentiment amoureux. Dans ce cas, j'aimerais l'encourager.
Seulement voilà. En réfléchissant à la façon de lui expliquer tout ça, plusieurs problèmes se sont posés. Comment le lui présenter ? Je ne connais pas bien la situation moi-même, alors il y a beaucoup de points que je suis incapable d'expliquer entièrement.
Royce-sama a soulevé l'affaire de l'Héroïne en disant : « Donnez-moi Beatrix en mariage et aidez-moi à capturer l'Héroïne, et je fermerai les yeux sur une partie de la responsabilité de Topageria dans cette histoire. Sinon, c'est la guerre. » ... Non, ça ne va pas. Si je dis ça, Royce-sama passe pour un méchant. Alors que penser de : « Je fais de mademoiselle Beatrix la reine de Garnet, alors aidez-nous à attraper l'Héroïne » ? ... Ça ne va pas non plus. C'est plein de l'intérêt personnel de Royce-sama.
N'ayant entendu que des bribes, mes capacités d'explication ont des limites. Ça ne va pas. Il vaudrait peut-être vraiment mieux que Royce-sama s'explique lui-même. C'est lui qui l'a choisie pour épouse, après tout. J'ai décidé de lui laisser toutes les explications. Je vous laisse le reste.
« Ah, c'est vrai, la prochaine fois, j'inviterai aussi Mei-chan. Elle est au château, elle aussi. Comme elle est enceinte, elle ne doit pas faire d'efforts, cela dit. »
« Hein... ? Enceinte ? »
Surprise, Beatrix a relevé la tête et m'a regardée droit dans les yeux.
« Oui, de l'enfant de Raiga-sama. »
« ... Je, vois. »
Les yeux de Beatrix flottaient dans le vague. Elle était fan de Raiga, alors le choc a dû être rude.
En regardant par la fenêtre, j'ai constaté que le soleil était déjà couché. Je m'en serais voulu de m'attarder trop longtemps dans la chambre de Beatrix, alors je me suis levée. Je sens un peu plus de force dans mes jambes qu'avant.
« On dirait que vous avez encore du mal à tenir debout, est-ce que ça va ? Vous ne vous sentez pas mal ? »
« ... Ça va. C'est que, euh. »
Les mots me sont restés en travers de la gorge. Mes joues se sont aussitôt mises à brûler. Je, je ne peux pas le dire... C'est parce qu'Achille m'a fait ceci et cela que je n'arrive plus à marcher correctement.
« Regardez-vous, on dirait même que vous avez de la fièvre. »
« C-ce n'est pas ça. C'est que, je, je n'ai juste plus de force dans les jambes... Euh, la nuit dernière. »
« Hein ? Heeein, ne me dites pas que... Ah, AAAH ! »
Beatrix avait enfin compris, semble-t-il. Son visage aussi est devenu écarlate en un éclair. Le mien a brûlé de plus belle... Q-quelle honte. J'avais tellement honte que je n'arrivais pas à relever la tête, et je me suis simplement affalée sur le canapé. C'est un peu un manquement aux bonnes manières, mais nous ne sommes que toutes les deux, alors ça ne devrait pas poser de problème.
« ... B-bon, vous êtes jeunes mariés, après tout. »
Beatrix a tenté une remarque censée rattraper les choses, qui ne rattrapait pas grand-chose.
« Uuuh... »
« Achille n'est pas du tout comme il en a l'air, hein ! »
Par pitié, arrêtez de parler...
« Uuuuuh... »
Après être restée recroquevillée quelques minutes, j'ai réussi tant bien que mal à calmer mes rougeurs. Bien. Il est temps de me retirer.
« Beatrix, euh, voilà où on en est, alors dans la mesure du possible, je serais heureuse que tu coopères avec nous. Je sais bien que ce n'est pas à moi de te le demander après tout ce qui s'est passé. »
« O-oui. Tant que c'est dans mes moyens, je coopérerai avec vous, mademoiselle Camille. »
« Merci. »
Comme il me restait un peu de la gêne de tout à l'heure, c'est encore un peu maladroit entre nous.
« C'est mon avis personnel, mais si vous comptez affronter directement l'Héroïne, je pense qu'au bout du compte, faire intervenir le personnage secret serait efficace. »
« Le personnage secret ? »
« Vous ne le connaissez pas ? »
J'ai essayé de fouiller dans mes souvenirs. Maintenant qu'elle le dit, il y avait peut-être bien quelque chose de ce genre, mais... Je me suis retrouvée ici sans avoir découvert de qui il s'agissait. Et j'avais complètement oublié son existence pendant tout ce temps. À l'époque, même les sites de soluce n'avaient encore publié aucune information sur le personnage secret...
« Désolée, je me suis retrouvée ici alors que j'étais encore en train de jouer, alors... Je ne connais que les quatre routes romance et amitié. Tu as terminé la route du personnage secret, Beatrix ? »
« Oui, il apparaît une fois qu'on a terminé les quatre routes romance et amitié, ainsi que toutes les mauvaises fins de l'héroïne. »
C'était donc ça ? Je me suis retrouvée ici en plein milieu des mauvaises fins, justement. Les mauvaises fins étaient éprouvantes, alors pour une âme sensible comme moi, c'était vraiment dur. Forcément, ma vitesse de progression a chuté. Il faut dire que l'Héroïne n'arrêtait pas de mourir, et de mourir, et de mourir.
« Et donc, ce personnage secret... il est fort ? »
« Il a un mana comparable à celui de l'Héroïne. »
Il existait quelqu'un d'aussi incroyable... ? Quel angle mort. Bien vu, Beatrix.
« Au fait, c'est quel genre de personne ? »
« Quel genre de personne, hein... ? C'est simplement le directeur de l'académie. »
