« Que c'est déprimant. »
Depuis l'intérieur du palanquin, je contemplais le ciel qui s'assombrissait peu à peu. Ni les somptueux vêtements à la mode de Topageria préparés pour ce jour, ni les nombreux ornements que je portais n'apportaient le moindre réconfort à mon cœur.
« Pfff, au bout du compte, je n'aurai même pas pu voir le visage de Baka-sama… »
Ça, au moins, on n'y pouvait rien. Simple fille de la noblesse, je ne suis pas en position de donner mon avis une fois qu'un ordre de l'État est tombé. Baka-sama comme mon futur époux sont de sang royal, alors je pourrai peut-être le revoir.
Nous devrions bientôt arriver au château. Les alentours sont soudain devenus plus bruyants.
« Beatrix-sama, je vous en prie, ne sortez pas du palanquin. »
La servante qui m'accompagnait avait dit cela d'une voix tendue.
« Pourquoi ? Que se passe-t-il ? »
N'y tenant plus, je bondis hors du palanquin. À l'instant même, un homme tout proche se rua sur moi, une lame à la main. Un assassin ? Hélas, je ne portais pas mon épée à ce moment-là ; je me mis donc en garde pour me battre à mains nues.
« Beatrix ! Recule ! »
Au moment où j'allais faire un pas en avant, une voix familière retentit au-dessus de moi. Au même instant, un éclair frappa de plein fouet l'assassin présumé.
« Mademoiselle Camille ? »
« On dirait que tu n'es pas blessée. Désolée, un petit contretemps agaçant. Je règle ça tout de suite. »
Sur ces mots, mademoiselle Camille se posa non loin. Ses cheveux roses flottaient dans le vent de la nuit. Dans sa main gauche, elle tenait une plume agrandie. C'était sans doute grâce à elle qu'elle volait dans le ciel.
« Une partie de la Faction du Prince royal s'est mise à faire n'importe quoi, vois-tu. »
« … C'est moi, qu'on vise ? »
Cet homme avait tourné sa lame contre moi.
« Mm. Il y a des idiots qui pensent qu'en s'en prenant à toi, ils traîneront le nom de la Faction du Roi dans la boue. »
Ce sont des idiots, assurément. C'est plutôt le nom du roi de Topageria que la Faction du Prince royal risque de traîner dans la boue.
Au bout d'un moment, le calme revint autour de moi. Il semblait que tous les assassins avaient été appréhendés. Plusieurs chevaliers Garnet à la carrure imposante s'avancèrent vers moi. À leur tête se trouvait…
« Ra… »
Raiga Transbaal ! Cheveux argentés, yeux bleus : devant moi se tenait le prince que je vénérais.
« Désolé. Quelques subordonnés de mon père ont fait une bêtise. »
« O… oui… »
Le vrai Raiga, en chair et en os, venait de m'adresser la parole ! Je sais qu'il est l'époux de Mei, mais mon cœur s'emballa malgré moi.
« Tout va bien ? »
« O… oui ! »
« Franchement, Raiga-sama. Si ce sont vos subordonnés, surveillez-les un minimum, s'il vous plaît~ »
Mademoiselle Camille ose se plaindre auprès de Raiga-sama en personne !
« Quelle pipelette. Je pourrais renvoyer la remarque à Royce. »
« Grrrrrrr ! »
Mademoiselle Camille et Raiga semblaient proches. Ils se lançaient des piques en plaisantant.
« Beatrix, on y va. »
« Mademoiselle Camille ? Hein… »
Elle me tira soudain par le bras et me fit asseoir sur la plume.
« Accroche-toi bien, d'accord ? Raiga-samaaa ! Je vous laisse le resteee. »
« Ah, hé ! La femme au tatouage ! Tu comptes me refiler toutes les corvées !? »
Ignorant les cris de Raiga, mademoiselle Camille s'envola vers le château, avec moi sur son balai.
« Ne t'en fais pas. J'ai fait continuer le cortège nuptial jusqu'au château. Comme si de rien n'était, vois-tu. »
Camille eut un sourire espiègle. Il semblait qu'après mon envol, le cortège nuptial avait porté le palanquin vide jusqu'au château.
Autour de nous, tout était déjà plongé dans les ténèbres de la nuit. C'était une tenue luxueuse, mais le costume de mariée de Topageria que je portais découvrait beaucoup de peau, et le vent nocturne était froid. La tenue d'aujourd'hui servait à l'accueil de la mariée ; le jour des noces, j'en porterai une autre.
« Vous n'avez pas froid, mademoiselle Camille ? »
Sous sa robe de mage, elle portait un gilet, un chemisier et une jupe : la tenue ordinaire des magiciennes de ce pays.
« Hmm, il fait froid, mais j'ai l'habitude, je crois. Ah, tu as froid, toi, hein ? Mets ça. »
Sur ce, elle voulut me donner sa robe.
« Pas question. Vous allez prendre froid, mademoiselle Camille. »
« Je vois. »
Cela dit, mademoiselle Camille alluma coup sur coup plusieurs flammes autour de la plume. Les voir flotter dans la nuit noire avait quelque chose d'un peu féerique.
« Tu as moins froid ? »
« Hein… oui. »
Il fait effectivement bon autour des flammes.
« J'ai bien de la magie pour souffler de l'air chaud et tout ça, mais elle a l'inconvénient de dessécher la peau. Je devrais essayer d'y mélanger de la vapeur ? »
« Non… C'est largement suffisant. »
J'ai grandi dans le désert, alors je ne suis pas si sensible au froid.
Après avoir pénétré dans l'enceinte du château, elle se dirigea vers la fenêtre d'une tour particulièrement haute.
« Tout va bien. Les assassins sont tous hors d'état de nuire, après tout. »
« Ce n'est pas ça qui m'inquiétait. »
Tous ces assassins, ou quoi qu'ils soient, avaient sans doute été pris là-bas.
« Dis, Beatrix ? »
« Oui ? »
« C'est peut-être bizarre venant de moi, mais… »
Mademoiselle Camille semblait avoir du mal à trouver ses mots, mais ses petites lèvres jolies finirent par s'entrouvrir.
« Royce-sama est quelqu'un de bien, tu sais. Entendez-vous bien, d'accord ? »
« … »
Royce Garnet. Mon plus grand souci du moment. L'homme détesté qui, en gros, m'avait fait épouser la maison Garnet par une attaque en traître. Désolée pour mademoiselle Camille, mais je n'avais pas la moindre envie de m'entendre avec lui, alors je lui adressai un vague sourire. Toujours sur le balai, elle franchit la fenêtre et entra dans le bâtiment.
***
« Je suis rentréeee ! J'ai croisé Beatrix-sama, alors je l'ai un peu ramenée aussi ! »
« Merci, Camille. »
À côté de Son Altesse Royce, qui remerciait Camille avec un large sourire, se tenait Achille, qui dégageait une aura incroyablement sombre. Effrayant ! Comme je savais comment il était dans le jeu, c'était terriblement effrayant !
« Achille, je suis rentrée~ »
Je regardai avec respect mademoiselle Camille, qui ignora son aura et courut vers lui.
« Tu m'avais dit que tu ne te mêlerais d'aucun combat, n'est-ce pas ? Alors pourquoi as-tu attaqué l'ennemi ? »
« Mm~ ? De quoi tu parles~ ? »
« Inutile d'essayer de me berner. Grâce à cette bague, je sais tout ce dont tu t'es rendue coupable. »
« Glups ! Tu peux savoir tout ça ? »
Alors que mademoiselle Camille tentait de prendre la fuite, Achille l'attrapa par la peau du cou…
« Tu as rompu notre promesse, n'est-ce pas ? »
Achille, qui murmurait d'une voix élégante et sensuelle, avait l'air plutôt ravi, contrairement à ce que laissaient entendre ses paroles.
« P… pardon ! Je suis vraiment désolééée ! Je ne le referai pluuus ! »
À l'inverse, les yeux de mademoiselle Camille s'embuaient de plus en plus, allez savoir pourquoi.
« On y va ? »
Et c'est ainsi que mademoiselle Camille fut traînée dehors par la porte…
« Attends, Achille. Je t'avais bien dit que j'empruntais Camille pour la soirée, non ? »
« Vous l'avez empruntée. Le délai est écoulé. Débrouillez-vous seul pour la suite, je vous prie. »
Achille ignorait les ordres de son seigneur… Comme cela aussi différait du jeu, c'était rafraîchissant.
« R… ROYCE-SAM… »
BANG ! … La porte qui claqua coupa net la fin de l'appel au secours de mademoiselle Camille.
« Eh bien, eh bien, Camille risque d'être bonne à rien jusqu'à demain soir, maintenant. »
C'est ce que marmonna Son Altesse Royce en regardant la porte d'un air complexe.
