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Chapitre 9

Chapitre 9 — Ce qui se passait en coulisses

26 octobre 2026 ~12 min · 2 267 mots

« Bien, ma fiancée Wermy. Tu as sans doute des questions à poser, non ? »

Après cela.

Ayant pris congé du banquet de fiançailles qui avait commencé dans la foulée, quelques personnes s'étaient réunies dans une autre pièce.

Eides et Wermy.

Puis sa sœur Iora et le prince héritier Léonir.

Le seigneur Killrain, ministre de la Justice, et maître Kratès.

Kara, fille de vicomte, et Goldrey, l'intendant de la maison Ernest.

Et enfin Orea, la servante de deux ans son aînée.

Tous ceux, sans doute, qui avaient été mêlés de près à cette affaire.

Cela dit, le seigneur Killrain n'était venu que pour faire signer le formulaire d'accord avec un témoin coopérant, et il s'était retiré aussitôt.

En se contentant de lâcher : « Je prendrai votre déposition officielle plus tard. »

« … Je n'ai rien à demander du tout. »

Wermy, assise sur le canapé, détourna le visage d'un air boudeur.

… Comme si elle n'y tenait plus, Iora se jeta à son cou par le côté.

« G-grande sœur ?

— Pardonne-moi, Wermy… ! J'ai mis tant de temps à venir te sauver… ! »

Les larmes au coin des yeux, les frêles épaules tremblantes, sa sœur avait bien meilleure mine et s'était bien mieux remplumée qu'à l'époque où elle vivait chez le comte.

Soulagée de le constater, Wermy secoua pourtant la tête, décontenancée.

« On ne m'a pas maltraitée, tu sais. »

C'était la vérité, et sa sœur n'avait pas à s'en tourmenter.

Si quelqu'un avait tardé à tirer l'autre d'une situation affreuse, c'était plutôt Wermy.

Tandis qu'elle pensait cela, sa sœur posa doucement la main sur sa joue et lui caressa le dessous des yeux, où les larmes avaient un peu fait couler son maquillage.

« Tu as des cernes terribles. Et tu as un peu maigri. … Après mon départ, tu t'es chargée avec Goldrey du travail de seigneur que cet homme ne faisait pas, n'est-ce pas ?

— … Je ne m'en suis pas aussi bien sortie que toi. »

Contrairement à sa sœur, Wermy n'avait pas un si grand talent pour administrer un domaine.

Tout au plus avait-elle réussi à régler les affaires courantes de façon à ne causer aucun tort aux habitants du domaine, et c'était déjà le maximum qu'elle pouvait faire.

Rien que cela lui avait coûté bien des heures de sommeil ; elle ne pouvait donc que s'incliner devant sa sœur, qui avait porté cette maison à bout de bras pendant des années dans un tel environnement.

« Et puis, c'est moi qui te faisais des méchancetés.

— Non, Wermy. Tu as fait pour moi tout ce que tu pouvais. … Pour que nos parents me remarquent le moins possible, tu m'as fait cacher mon apparence et tu m'as fait préparer l'annexe, n'est-ce pas ?

— …

— Et quand j'étais clouée au lit par la fièvre, c'est aussi toi qui m'as envoyé un médecin et apporté du gruau. »

N'est-ce pas, Orea ? fit sa sœur en se tournant vers la servante, la seule de la maison, avec Goldrey, en qui l'on pouvait avoir confiance ; celle-ci inclina la tête sans un mot.

« … Je te l'avais donné en disant que c'étaient des restes.

— Ce jour-là, on m'avait ordonné : "Mademoiselle Iora n'a pas besoin de repas." Et pourtant, Mademoiselle Wermy est venue lui apporter du gruau ; j'en ai été surprise. »

La servante, dont l'expression changeait rarement, esquissait aujourd'hui un léger sourire.

« Et les bijoux de la défunte mère de Mademoiselle Iora, ainsi que les autres parures de valeur… Vous les lui avez fait emporter pour qu'elle ne soit pas dans l'embarras si jamais les choses tournaient mal, n'est-ce pas ?

— C'était pour l'embêter, voilà tout !

— Pour m'embêter, tu as glissé en cachette dans mes bagages des parures gravées à mon nom ?

— J-je ne le savais pas, c'est tout ! »

Sa sœur, qui pouffait doucement, avait sans doute tout deviné depuis le début.

Même en se sachant percée à jour, une attitude cultivée pendant des années ne se change pas du jour au lendemain.

… Moi qui voulais qu'elle me déteste.

C'était vrai, elle avait fait graver exprès les marques magiques au nom de sa sœur, pour faire croire à une erreur stupide.

Mais quand on la remerciait, cela la démangeait, et elle sentait son visage rougir.

Et voilà que Goldrey, avec sa barbe blanche, mettait son grain de sel.

« Ces parures, c'est Mademoiselle Wermy elle-même qui les a achetées avec le produit de la vente de ses propres bijoux, et c'est elle qui a signé. Je me doutais bien qu'il en allait ainsi.

— … ! »

Puisque les biens de la maison seraient de toute façon confisqués à la fin, elle avait tout vendu, hormis le strict minimum de robes et de parures pour ne pas être en peine aux soirées, et l'avait converti en pierres précieuses, chères et peu encombrantes.

Elle foudroya du regard Goldrey et son bavardage inutile, sans pouvoir empêcher ses joues de chauffer de plus en plus.

L'air attendri avec lequel l'intendant la regardait ne lui plaisait pas non plus.

« Mais Son Altesse le prince héritier et sa camarade, à quel moment s'en sont-ils aperçus ? »

À la question de Goldrey, Kara et Léo échangèrent un regard.

La fille de vicomte, au visage décidé, haussa les épaules comme pour dire « À vous l'honneur, Votre Altesse », et Léo prit la parole.

« Ce qui m'a d'abord mis la puce à l'oreille, ou plutôt surpris, c'est que Wermy avait percé à jour ma véritable identité. »

Il avait sans doute saisi exactement le sens de l'insulte « un lâche comme toi ».

C'est vrai qu'à ce moment-là, il avait eu l'air surpris, sans qu'elle comprenne pourquoi.

« Après avoir découvert par hasard qu'Iora avait les yeux violets, j'ai enquêté sur sa famille et j'ai appris qu'elles étaient sœurs ; à partir de là, mon malaise n'a fait que grandir. »

Une jeune fille maigre, maladive, qui ne se faisait jamais belle et portait de vieilles robes, et une fille toujours habillée de façon tapageuse, collée à un type comme Arvine : si elles étaient sœurs, forcément.

« Elle ne fréquentait que des gens sans intérêt et des demoiselles friandes de ragots, et pourtant elle m'avait sorti ça… Mais rien n'indiquait que mon identité se soit ébruitée. C'est là que j'ai compris qu'elle avait une idée derrière la tête. »

Et, après avoir deviné la situation et en avoir discuté avec Kara, Léo et les autres s'apprêtaient à agir ; or, celle qui les en avait empêchés, c'était, contre toute attente, sa sœur.

« "Si vous agissez maintenant, Wermy sera en difficulté", m'a-t-elle dit. Alors qu'elle était dans une situation bien pire, je me suis demandé ce qu'elle racontait. »

… Voilà donc ce qui s'était passé.

Dans ce cas, l'opinion de Léo sur Wermy avait dû être bien injuste à ses yeux.

Tandis qu'elle approuvait en son for intérieur son air consterné, sa sœur répliqua, l'air embarrassé :

« Mais, Votre Altesse… J'en ai aussi parlé avec Goldrey : à ce moment-là, nous étions encore mineures, et nous n'avions ni préparatifs ni preuves suffisants… Moi seule, j'aurais pu partir en invoquant la façon dont on me traitait, mais pour Wermy, il n'y aurait rien eu à faire, n'est-ce pas ?

— Bon, c'est vrai qu'en apparence, Wermy était choyée.

— Quand j'ai découvert la double comptabilité, Wermy m'a arrêtée… J'en ai déduit qu'elle avait un plan, et qu'elle s'était arrangée pour que je m'en aperçoive. »

En tout cas, il avait été impossible pour Wermy de quitter cette maison en invoquant les mauvais traitements de leurs parents.

Si elle n'avait pas été la dénonciatrice, on aurait très bien pu la juger elle aussi, pour complicité de fraude fiscale.

« … Vous auriez très bien pu régler mon cas avec le reste.

— Certainement pas, voyons. »

Devant Wermy qui laissait voir son mécontentement, persuadée qu'on aurait pu secourir sa sœur bien plus tôt, celle-ci la reprit doucement :

« C'est parce que j'avais compris ton plan que je m'en suis servie pour te sauver, toi aussi.

— Quand elle est arrivée chez moi et m'a supplié en pleurant "Sauvez au moins ma sœur", je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir en faire. »

Eides, nonchalamment installé sur le canapé, les jambes croisées, un coude sur le dossier et la joue dans la main, glissa la remarque avec un sourire narquois, et sa sœur rougit.

Eides n'avait pas du tout la même allure que l'image qu'il donnait en public.

Elle se dit que son attitude arrogante avait au moins l'avantage d'aller bien aux beaux garçons, mais ses propos sadiques semblaient bel et bien naturels chez lui.

… Je vais donc devenir la femme de cet homme…

Elle n'arrivait pas à y croire, mais en imaginant la suite, Wermy en fut excédée d'avance.

Beau, brillant, talentueux et, apparemment, prenant plaisir à tourmenter les gens : voilà l'homme à qui elle avait dû promettre de « faire tout ce qu'il dirait ».

En redoutant déjà ce qu'il allait exiger, elle se dit que, oui, même sa sœur n'en aurait peut-être pas voulu…

… Enfin, il était séduisant, et elle avait eu une bonne impression dès le premier regard, alors ce n'était pas comme si ces fiançailles la répugnaient.

Pendant qu'elle se justifiait auprès de personne en particulier, sa sœur et les autres avaient poursuivi la conversation.

« Tu parles comme si tu en avais bavé, Eides, mais c'est toi qui m'as refilé toute l'affaire, à l'époque !

— Oh, Votre Altesse le prince héritier. Vous rechigniez donc, à l'époque, à vous occuper de la femme dont vous étiez épris ?

— Je n'ai jamais dit ça !

— Dans ce cas, je n'ai pas eu tort d'agir ainsi. »

Sous ce ton badin, Léo s'affolait.

Une relation familière, qui laissait penser qu'Eides l'avait vraiment pris sous son aile.

« Et vous, demoiselle Kara ?

— Moi, c'était pour des raisons semblables à celles de Son Altesse. Elle s'entourait d'enfants de nobles dont seul le titre avait un peu de poids ; je me suis approchée en me disant qu'il y avait peut-être quelque chose à y gagner. Ensuite, comme Arvine et Wermy se collaient l'un à l'autre au mépris de sa fiancée, je lui ai fait la leçon.

— Et alors ?

— Elle m'a répondu : "Si tu veux jouer les filles bien élevées, va voir ma sœur." Sur le moment, j'ai cru à une pique, mais j'ai fini par m'en rendre compte. Elle avait l'air de la mépriser, et pourtant, Wermy n'avait jamais dit une seule fois du mal d'Iora. »

C'était vrai.

Elle ignorait ce que les autres disaient de sa sœur ailleurs, mais chaque fois qu'Arvine ou leur entourage en disaient du mal, Wermy ne faisait qu'une seule chose.

Elle montrait sans le cacher son déplaisir, en disant : « Je ne veux pas entendre parler d'elle. »

Parce qu'en réalité, elle ne voulait surtout pas entendre dire du mal de sa sœur.

Et s'ils avaient continué, elle risquait d'en venir aux mains, comme avec Eides.

Arvine s'était simplement imaginé qu'elle était « jalouse parce qu'elle l'aimait », et tous les autres avaient d'eux-mêmes supposé qu'elle la détestait au point de ne pas vouloir en parler.

« Et vous, seigneur mage Olmirage, qu'en était-il ?

— Moi, quand j'ai reçu la lettre de Léo, tout était déjà en place. C'est cette fervente lettre d'amour qui a éveillé mon intérêt. »

Tout en parlant, Eides lui jeta un coup d'œil ; elle fronça les sourcils et grimaça.

« Je ne vous ai jamais envoyé de lettre d'amour.

— Vraiment ? Il me semblait pourtant y avoir lu : "Vous êtes un homme si merveilleux que j'en suis tombée amoureuse. C'est pourquoi je souhaite vous confier ma sœur, ce que j'ai de plus précieux et de plus beau." »

« … Vous vous faites des idées ! Vous seriez pas un peu narcissique ?!

— Ma foi, si tu préfères le croire, libre à toi. »

… Quel homme odieux, vraiment !

Elle s'indignait qu'il interprète tout à sa guise, mais comme, dans les grandes lignes, il n'avait pas tort, cela la mettait encore plus en colère.

À l'époque, elle avait tant cherché à éveiller son intérêt qu'elle n'avait pas eu le loisir de penser à la façon dont il le prendrait, et elle n'imaginait pas qu'Eides avait un tel caractère.

… Si j'avais su, jamais, au grand jamais je n'aurais écrit une chose pareille… !

Tandis qu'elle grognait, sa sœur lui caressait le dos, tout sourire, et le visage d'Eides se détendait de plus en plus.

« Quoi qu'il en soit, en me rendant là-bas pour ces raisons, j'ai été surpris d'y trouver Kratès. Je me suis demandé quel genre de relations avait donc Wermy, et dès ce moment, j'ai trouvé ça amusant.

— … Eh bien, c'est ma fille. »

Sans doute parce qu'il avait quitté la maison du duc, puis été trahi presque aussitôt par Mère.

Plus âgé qu'Eides, mais encore trop jeune pour être un vieillard, maître Kratès avait la moitié des cheveux mêlés de blanc, comme pour témoigner de ses épreuves.

Wermy tourna les yeux vers lui, qui souriait avec amertume.

… Mon vrai père.

Et le maître qui lui avait enseigné la magie de désenvoûtement.

Maintenant que ce qu'elle soupçonnait vaguement s'avérait vrai, Wermy ne savait pas quel regard porter sur lui, et elle en restait déconcertée.

Fin du chapitre 9
Fiche de l'œuvre

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